ACTUALITÉS

Avec l'apparition des premiers cas de Covid-19 en France, en janvier dernier, et la mise en place, à partir du 17 mars, du confinement de la population décidé par les autorités, la vie des entreprises a été largement bousculée.
Comment poursuivre l'activité en garantissant la protection de la santé des salariés et éviter la propagation de la maladie ? Télétravail, chômage partiel, réorganisation des flux, port d'EPI, changements de rythme, nettoyage ou désinfection répétés des locaux et ateliers… des entreprises ont dû redoubler d'imagination pour s'adapter à la situation.

Une infirmière du service des urgences prodigue des soins à un patient atteint du Covid. (21 avril 2020)

Une infirmière du service des urgences prodigue des soins à un patient atteint du Covid. (21 avril 2020)

► HÔPITAL

 Jean-Philippe Sabathé, responsable du département de la prévention des risques professionnels au groupement hospitalier Paris Saint-Joseph (GHPSJ). Le GHPSJ compte
3 500 salariés sur deux sites.

« L’épidémie de Covid-19 a très vite mobilisé la plus grande partie de l’établissement. Nous fonctionnons comme toute autre entreprise. On se réajuste en permanence, par rapport à nos contraintes matérielles et humaines, en nous adaptant constamment. À l’activation du plan blanc, une cellule de crise a immédiatement été mise en place par la direction. Elle communique tous les jours par mail, avec un compte-rendu détaillé de la situation : statistiques diverses, suivi… Cette communication est très importante dans le quotidien des équipes.

Avant le début de la crise sanitaire, nous avions 12 lits en réanimation. En quelques jours, pour répondre aux demandes de l’ARS, le GHPSJ a porté sa capacité à 39 lits de réanimation et réservé 270 lits pour la prise en charge des cas de Covid, en réorganisant tous les services : les unités de soins intensifs, les plateaux techniques… Des salles de réveil ont été transformées en réanimation pour des patients non Covid. Cela a impliqué une réorganisation totale de tout l’espace et modifié tous nos repères. Les services ont tous changé de place ou temporairement disparu. Il n’y a par exemple plus qu’un seul service de chirurgie, avec toutes les spécialités. Seule la maternité est restée en place. C’est pourquoi on réalise une cartographie quotidienne de l’établissement pour permettre de localiser les services.

Les urgences ont aussi été réorganisées, en deux flux : un Covid et un non-Covid. Les prises en charge se font ensuite dans des locaux séparés. On se préoccupe de limiter les croisements de flux, mais ce n’est pas toujours simple avec les locaux tels qu’ils sont conçus.

Le plus compliqué a été d’organiser l’activité au niveau de la réanimation. Il a fallu trouver les compétences, en réaffecter certaines. Des tutorats se sont mis sur pied entre des infirmières seniors et celles qui avaient travaillé en réa mais changé de service ensuite. Les infirmières qui partaient de zéro sur la discipline ont été positionnées sur des postes d’aides-soignantes afin de maintenir un niveau de compétences global. Les médecins se sont mis à disposition, ont refait des soins, des astreintes ont été organisées. Tout le monde s’est mobilisé.

Notre service stérilisation s’est organisé pour fabriquer des masques à partir de textiles de pyjamas.

Concernant la prévention des risques pour le personnel, ça a été très tendu au départ : nous avions des stocks de masques chirurgicaux et de solutions hydroalcooliques pour moins d’une semaine. Nous avons néanmoins toujours pu fournir des masques chirurgicaux ou FFP2. Les parents pauvres dans les premiers temps étaient les personnels des services supports (administration, logistique…). Quand le travail à distance était possible, il a été organisé.

Créativité

Notre service stérilisation s’est organisé pour fabriquer des masques à partir de textiles de pyjamas. Cela a permis une dotation de 1 000 masques par semaine pour le personnel non soignant et les patients. La créativité est largement développée par tous dans cette période ! Début avril, nous avions plus d’un mois de stock de matériel. Comme dans les autres établissements hospitaliers, la tension a duré sur la fourniture des surblouses.

Les actions de prévention en cours au sein de l’établissement ont été utiles : le port de lunettes de protection est désormais adopté et appliqué par tous! Le travail de sensibilisation qui était déjà mené ici pour rendre obligatoire le port des lunettes afin de prévenir le risque d’accident par exposition au sang (AES) paye. Les AES par projection ont d’ailleurs quasiment disparu. Et notre positionnement de longue date en matière de manutentions des patients, en particulier la mise en décubitus ventral à l’aide de draps de glisse pour les personnes en détresse respiratoire aiguë, a été conforté.

Globalement, les moyens de prévention sont à disposition, le personnel est accompagné, les consignes respectées. Néanmoins, des recadrages sont nécessaires pour ne pas se relâcher. Des minutes sécurité, habituellement hebdomadaires, sont instaurées maintenant quotidiennement dans les services sensibles. Nous vivons une situation exceptionnelle qui marque les équipes. C’est pourquoi une cellule de soutien et d’accompagnement a aussi été mise en place. Il s’agit d’une équipe pluridisciplinaire mobile qui se rend là où des demandes sont exprimées. Ça va laisser des traces durables à tous les niveaux. » 

Propos recueillis par C. R.

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