ACTUALITÉS

Confinement, déconfinement. Arrêt des activités, reprise. Télétravail, retour sur site… Depuis le début de la pandémie liée au Covid-19 et les mesures de restrictions de déplacements et de fermetures d'établissements, l'activité du pays évolue selon les entreprises, leur activité et leurs capacités à assurer la sécurité de leurs salariés. Si peu à peu la vie reprend un rythme plus classique, les manières d'aborder le retour à la normale sont multiples.

Repères

Les témoignages qui suivent ont été recueillis par la rédaction de Travail & Sécurité, entre le 14 avril et le 2 juin 2020, essentiellement par téléphone. Ils ont pour vocation d'apporter des éclairages pratiques, émanant du terrain.

 

1er témoignage

► MÉTALLURGIE

Laurent Combet, directeur du site d’Ugitech Imphy (Nièvre), spécialisé dans le tréfilage d’acier inoxydable. Le site, qui compte 115 salariés, a été mis à l’arrêt du 18 mars au 9 avril.

« Nous avons cessé notre activité le 18 mars à 13 h et ce fut un soulagement pour les salariés. L’arrêt de nos installations lourdes (fours, présence de gaz…) a pris deux jours, les 19 et 20, en équipes réduites.

Très rapidement, nous avons lancé une évaluation des risques professionnels en vue de la reprise. Six groupes pluridisciplinaires ont passé en revue 150 postes ou situations de travail. Cela a abouti à plus de 200 « fiches réflexes » définissant les bonnes pratiques : marquages au sol, nombre maximal de personnes dans une salle, circulations internes… Des supports vidéo et un flyer ont présenté ces actions. Les mesures ont été déclinées à tous niveaux : organisation du télétravail lorsque c’était possible, phasage des heures d’arrivée pour limiter à cinq le nombre de personnes présentes dans les vestiaires, désinfection des communs en 3 x 8 avec affichage des horaires de passage, fourniture d’équipements individuels (casques avec visière) quand les distances de sécurité ne pouvaient être tenues aux postes, de kits de désinfection, covoiturage limité à deux. Une personne a été dédiée aux équipements en commun (engins de manutention). Idem au magasin auquel seule une personne a accès.

Pour les visiteurs et prestataires, les badges ont été désactivés, puis réactivés uniquement après l'envoi d'une information, dont un film de 15 minutes, sur les nouvelles règles du site. Au début, l’approvisionnement en équipements individuels et en gel hydroalcoolique a été compliqué. Heureusement, nous avons un centre de R&D qui a fabriqué du gel. Nous avons aussi échangé avec la Direccte, la Carsat, pour nous assurer de faire les choses bien.

La reprise a été une vraie victoire, en grande partie due à la mobilisation et à la réactivité des équipes 

Durant la période de fermeture, nous avons veillé à rester en lien avec les salariés, via notre site intranet notamment. Certains n’ayant pas d’accès informatique, nous avons adressé deux courriers postaux à l’ensemble des salariés. Les managers prenaient aussi des nouvelles par téléphone.

Nous envisagions une reprise le 2 avril, mais les services en amont qui nous fournissent l’acier n’étaient pas prêts. Nous avons donc rouvert le 9 avril, sur la base du volontariat. Deux journées d’accueil sécurité ont été organisées les 7 et 8 avril, par groupes de cinq. Une première heure en salle revenait sur les bonnes pratiques, permettait de répondre aux questions. La présence de l’infirmière du travail et les réponses qu’elle a apportées ont grandement rassuré. Nous avons rappelé que cette période était inédite pour tout le monde, qu’il fallait être agile car on n’avait pas de certitudes, et qu’on avançait au fur et à mesure. Puis était organisé un tour des locaux, pour que chacun voie les aménagements et retrouve son poste. La reprise s’est déroulée avec l’ensemble des salariés prévus. Ça a été une vraie victoire, en grande partie due à la mobilisation et à la réactivité de l’ensemble des équipes. Et on constate une grande responsabilisation de chacun pour suivre les consignes. » 

Propos recueillis par C. R.

 

2ème témoignage

► COIFFURE

Christophe Leduc, coiffeur et gérant de la SARL L.C. « En Aparté » à Perpignan. Le salon compte 9 collaborateurs.

« Le 11 mai, à 7 h 30, j’ai rouvert mon salon de coiffure, après huit semaines de fermeture. Cela faisait deux semaines que je préparais cet instant, après avoir échangé avec les coiffeuses seniors de l’équipe afin de m’assurer que les nouvelles mesures étaient adaptées. La fiche métier a été publiée sur le site du gouvernement la veille de l’ouverture seulement, je me suis donc inspiré de ce qui se faisait en Suisse et des projets de fiches proposés par les organisations professionnelles avant leur validation.

Reprise d'activité au salon Barclub, à Marseille. (12 juin 2020)

Reprise d'activité au salon Barclub, à Marseille. (12 juin 2020)

Mon salon peut accueillir jusqu’à 21 personnes, personnel compris. Nous pouvons fonctionner au complet : les quatre coiffeurs, l’hôtesse d’accueil et les trois apprentis. Mais il faut pouvoir nous répartir dans le salon pour garder un mètre de distance entre chaque personne, clients comme coiffeurs.

Afin d’éviter de condamner des postes techniques, j’avais commandé des plexiglas et des fixations. Malheureusement, je ne les ai pas reçus à temps. Cela ne nous empêche pas de travailler en sécurité, mais cela limite le nombre de clients. Nous avons élargi l’amplitude horaire du salon pour les quinze premiers jours de reprise. Nous ne proposons plus de taille de barbe : c’est une activité très minoritaire et contraignante en termes de prévention du risque de Covid-19.

En tant que coiffeur, nous devons porter un masque puisqu’on ne peut garder un mètre de distance avec un client lors des prestations : j’ai réussi à m’approvisionner en masques jetables, pour les salariés et les clients. C’est plus simple et plus sûr pour nous, car on ne connaît pas la qualité de celui apporté par le client. J’ai aussi réussi à me procurer des masques de type FFP2, pour les salariés qui le souhaitent. Et ceux-ci doivent aussi porter des lunettes : c’est le petit hic car il est difficile de porter un masque et des lunettes sans avoir de buée sur les verres ! Nous avons pourtant essayé quatre modèles de lunettes et deux types de visières… Neuf distributeurs de gel hydroalcoolique sont à la disposition des salariés et des clients. Et pour nettoyer les surfaces après chaque client, plusieurs sprays désinfectants et nettoyants multisurfaces sont à disposition. Les ustensiles de travail sont désinfectés après chaque client avec un spray qui agit en trente secondes : je l’utilisais déjà avant, donc j’en avais en stock. L’aération des locaux se fait via la ventilation mécanique contrôlée, installée au-dessus des postes techniques en 2018 afin de prévenir le risque chimique. L’air extrait du salon n’est pas recyclé et le renouvellement d’air se fait à un débit supérieur à 6 volumes par heure, avec de l’air de l’extérieur. Cela permet de limiter les aérosols potentiellement porteurs du virus tout en continuant à prendre en compte le risque chimique.

J’ai aussi investi dans deux tenues de travail par salarié. Toutes ces mesures ont servi à la mise à jour les process du salon en matière de prévention des risques professionnels. » 

Propos recueillis par K. D.

 

3ème témoignage

► DÉCOLLETAGE

Yannick Robichon, président de DDLG, spécialisée dans le décolletage. L’entreprise, située à Ornans, dans le Doubs, emploie 35 salariés.

« Nous travaillons essentiellement pour des industriels locaux, des horlogers et le secteur médical. Nous n’avons jamais cessé de produire et lorsque le 30 mars, un client m’a demandé si je pouvais fabriquer 8 000 pièces en urgence, pour des respirateurs, nous avons très vite pu lui donner des prix et des délais. Nous sommes accompagnés depuis plusieurs années par la Carsat pour prévenir les risques professionnels. Nous avons déjà travaillé ensemble notamment au choix d’une huile végétale, à l’aspiration au plus près des machines, au nettoyage des pièces… donc les risques professionnels étaient déjà bien appréhendés. De plus, on a un service méthodes qui est particulièrement doué, et à partir du moment où nous avions les outils et la matière, il nous a fallu deux jours pour nous mettre en ordre de marche. Étant donné qu'il s'agit de produire un élément de connectique très sensible, il nous a fallu déployer pas mal d’imagination pour que celui-ci ne subisse pas de chocs : nous avons créé un toboggan pour que la pièce glisse en douceur jusqu’à un bain d’huile. Entre le secteur médical et le secteur horloger, nous avons développé une rigueur et une vigilance extrêmes, pour éviter toute pollution avec des éléments non compatibles… tout cela en respectant les gestes barrières. Nos machines prenant de la place, la distanciation sociale était facile à instaurer. Nous utilisons beaucoup d’huile, il y a donc des éviers partout, équipés de "pousse-mousse", il est donc aisé de se laver fréquemment les mains. Chaque personne dispose de lingettes désinfectantes, et notre produit de nettoyage est virucide.

Je dois dire que ce changement d’activité, provisoire, n’a pas modifié fondamentalement nos process. Nous sommes cependant restés très vigilants et le sommes encore. Il ne faut surtout pas se relâcher. » 

Propos recueillis par D. V.

 

4ème témoignage

► CULTURE

Valérie Amate,DRH du musée Grévin, à Paris. Le musée compte 70 équivalents temps-plein.

« Nous avons totalement fermé le musée et le café le 15 mars et mis tout le monde au chômage partiel. Certains services supports ont cependant été amenés à travailler et, dans ce cas, leurs heures étaient défalquées du chômage partiel.

Au musée Grévin, la réouverture se prépare. Les salariés reçoivent leur kit. (10 juin 2020)

Au musée Grévin, la réouverture se prépare. Les salariés reçoivent leur kit. (10 juin 2020)

Nous avons rouvert le 18 juin : nous avons travaillé donc sur toutes les mesures de sécurité à mettre en œuvre à la fois pour les salariés et les visiteurs, afin de valider le plan de reprise. Pour cela, nous avons mis à jour le document unique d’évaluation des risques, en tenant compte des problématiques liées à la pandémie. Nous avons nommé un référent Covid-19 et, pendant toute la période de fermeture, nous avons maintenu le lien avec les salariés, à travers des notes, des mails, des appels téléphoniques.

Nous serons attentifs aux risques psychosociaux que cette situation a pu générer.

Depuis le 18 juin, nous privilégions le télétravail lorsque c’est possible. Pour chaque personne revenant sur site, un kit lui est remis quotidiennement. Il comprend des gants, trois masques, du gel hydroalcoolique et une visière. Les managers doivent établir des plannings d’arrivée et nous décalons les horaires d’ouverture pour que ni les salariés ni les visiteurs ne se retrouvent dans les heures de rush des transports en commun. Chaque manager forme ses équipes aux postes et à leurs contraintes nouvelles. Les visiteurs ont des masques et ne font le parcours qu’en sens unique. Les salles où les visiteurs avaient tendance à se regrouper sont en accès libre et on veille à ce qu’il n’y ait pas de "stagnation". Un marquage au sol délimite les distances imposées dans les files d’attente. Du gel hydroalcoolique est disponible sur le parcours, le nettoyage est renforcé, notamment aux points de contacts. De plus, la grande majorité du personnel est polyvalente et certaines prestations – ne permettant pas de respecter les mesures barrières – ne sont plus proposées.

En outre, afin de pouvoir laver les vêtements du personnel à 60 °C, nous avons adapté les uniformes en remplaçant les vestes et chemises par des polos à manches longues.

Pour ma part, je suis régulièrement sur site pour accompagner les salariés et voir comment cela se passe. En effet, certains peuvent ne pas être complètement rassurés malgré toutes ces mesures, et ils doivent adopter le juste ton pour contraindre les visiteurs à respecter les règles instaurées sans que cela génère de conflit. Nous allons être attentifs aux risques psychosociaux que cette situation de déconfinement a pu générer. Confiants sur les conditions de réouverture, nous souhaitons que la visite soit sereine pour nos visiteurs du fait de la distanciation physique organisée sur le parcours.

Un bilan sera établi pour évaluer l’organisation et l’adapter aux mesures sanitaires gouvernementales qui ont vocation à s’alléger dans le futur. » 

Propos recueillis par D. V.


5ème témoignage

► MENUISERIE

Vincent Bernier, directeur industriel d’Atlantem, fabricant de menuiseries extérieures et de fermetures en bois, aluminium et PVC. 800 salariés sur 9 sites de production, avec une forte présence sur la Bretagne et le grand Ouest.

« Rien ne nous préparait au risque biologique. Le 17 mars à midi, nous avons mis à l’arrêt nos sites de production. Très vite, les directions d’usines ont été mobilisées pour élaborer un protocole de sécurité pour la reprise, en concertation avec nos fournisseurs et clients. Un travail de fond devait s’opérer pour réactiver l’activité industrielle. De nombreux échanges ont eu lieu avec la Carsat, les médecins du travail, d’autres industriels... Nous avons consulté les protocoles proposés par les syndicats professionnels. Un projet a été discuté avec la Carsat, soumis aux représentants du personnel et validé à l’unanimité. En parallèle, nous avons contacté les entreprises de nettoyage pour renforcer les prestations. Dès la fermeture, les directeurs d’usine ont été chargés de maintenir le lien social avec les salariés, en instaurant des rituels de communication tous les trois jours. Ça a permis de rassurer et, lorsque nous étions prêts, d’avoir 80 % de volontaires pour la reprise.

Les masques ont été la clé de la reprise. Si la distanciation physique est plus ou moins facile à appliquer selon les postes, il était inenvisageable, en termes de management, d’équiper certains salariés et pas d’autres. Pas question non plus, compte tenu de la situation de pénurie, de se positionner sur des masques réservés en priorité au corps médical. Nous avons donc opté pour des masques en tissu. Le jour de la reprise, le 14 avril, les salariés étaient tous équipés.

Les sites ont redémarré à 30 % de leur capacité de production, en une équipe sur un module de 6 heures, de 7 h à 13 h, avec un roulement entre salariés volontaires. Nous avons fermé la restauration, les salles de pause et les machines à café, les vestiaires et supprimé le badgeage. Il a été demandé aux salariés de ne plus pratiquer le covoiturage.

Dans le protocole, nous avons détaillé la journée de travail poste par poste, en insistant sur des rituels : lavage des mains à l’arrivée, désinfection des gants de protection toutes les heures… Le maintien de toutes les protections collectives et individuelles a été rappelé, car la pandémie ne doit pas occulter les autres risques. Une pause de 12 minutes a été maintenue sans regroupement. Affichages, marquages au sol et vidéos ont été utilisés pour repérer les points de nettoyage et rappeler les règles de distanciation physique. Nous avons réorganisé l’occupation des bureaux, quand le télétravail n’était pas possible. Les sites ont été confinés : visites extérieures interdites, ouvertures uniquement aux livraisons-expéditions, et protocoles adressés aux prestataires. Ils doivent livrer dans la cour, sans mise à quai. Nous avons ouvert un bloc sanitaire pour nos transporteurs sur l’usine de Saint-Sauveur-des Landes (Ille-et-Vilaine).

Ce plan de reprise, élaboré en confinement, a ainsi été mis à l’épreuve de la réalité. Après 15 jours (NDLR : l’entretien a eu lieu fin avril), nous passons à deux équipes de six heures, sans chevauchement. La restauration restera fermée. Puis, si tout se passe bien, au bout de deux semaines, nous rebasculerons en 2 x 8 avec effectif restreint. Les personnes fragiles ne reprendront pas immédiatement. La réouverture des espaces communs s’accompagnera de nouvelles règles. Nous allons devoir vivre dans le temps avec ce protocole évolutif, sans baisser la garde. Sur chaque site, des audits ont été effectués afin de s’assurer du respect des rituels, des approvisionnements en matériel… Un référent circule dans les usines pour recueillir les inquiétudes autant que les idées. Une cellule psychologique avec numéro vert est ouverte. » 

Propos recueillis par G. B.

 

6ème témoignage

► TRAVAUX PUBLICS

Julie Romac dirige plusieurs structures de travaux publics : Agri TP (travaux spécifiques  sur pipelines), LBTP (travaux de désamiantage sur pipelines en milieu non confiné) et AGI PC (bureau d’études, protections cathodiques). L’ensemble compte 40 salariés et le siège est à Lunéville, en Meurthe-et-Moselle.

« Entre le 13 et le 17 mars, à la demande de nos clients, nous avons arrêté l’ensemble de nos chantiers. Chaque salarié a soldé ses congés. Puis, en avril, 90 % d’entre eux ont été placés en chômage partiel. Début avril, l’un de nos clients est revenu vers nous pour reprendre les activités de protections de canalisations, réalisées en pleine nature, par des personnes seules. Nous avons accepté les chantiers à proximité des domiciles de nos salariés. Pour cette reprise, ils ont été dotés de gel hydroalcoolique, gants jetables, masques, et visières. À la demande d’un autre client, nous avons mis en place une équipe de deux salariés. Nous avons veillé à ce que chacun arrive avec son propre véhicule, ses outils et respecte la distanciation sociale. 

Nous avons réalisé l’analyse des risques par situation de travail.

Pour les travaux réalisés par Agri TP et LBTP, nous avons mis à jour nos modes opératoires et réfléchi à notre plan de continuité d’activité (PCA), avec l’aide de la Carsat Nord-Est. Nous nous sommes appuyés sur les prescriptions gouvernementales et avons réalisé l’analyse des risques par situation de travail. En échangeant avec nos clients sur les processus, nous avons entièrement réorganisé nos interventions pour le transport des équipes, la base vie : vestiaire et coin repas, réunions, accueils sécurité, interventions du SST en cas d’accident, partage du matériel et d’outils, contacts avec les riverains, échanges de signatures des documents…

Les avenants des plans de prévention intégrant le risque Covid-19 ont été commentés en visioconférence et signés électroniquement. Avec le PCA, ils ont été présentés à toutes les équipes lors d’une réunion en plein air, le 7 mai, et des packs EPI (masques, gel, gants, visière compatible avec les casques, lingettes désinfectantes, etc.) ont été remis aux salariés. Des fiches audits risque Covid-19 ont été réalisées.

Les déplacements se font désormais par équipe de trois dans un véhicule de sept places avec ajout d’un plexiglas pour séparer l’avant de l’arrière des camionnettes. Le chef d’équipe est le référent Covid : il veille à la désinfection du véhicule après chaque usage et à l’application des gestes barrières.

L’organisation de la base vie a également été revue pour éviter que les compagnons se croisent. Il est demandé à chacun d’apporter son repas et de garder une distanciation physique pendant ce moment convivial. Nous privilégions les chantiers de proximité et n’avons pas encore envoyé nos équipes en grand déplacement. » 

Propos recueillis par D. V.

 

7ème témoignage

► HÔTELLERIE

Gersende Delcourt, DRH de l’hôtel Paris Marriott Opéra Ambassador. L’hôtel, classé 4 étoiles, est doté de 297 chambres et emploie 160 salariés permanents.

« Le 16 mars, nous avons fermé l’hôtel et mis tout le monde au chômage partiel. Tous les 15 jours, nous informons nos salariés de la décision du propriétaire qui, pour l’instant, est de maintenir l’hôtel fermé. Il faut dire que notre clientèle est composée à 60 % d’Américains et 15 % d’Asiatiques, et que l’hôtel ne rouvrira que si nous sommes assurés d’avoir des clients. Pour garder le lien, tous les jours, notre directeur envoie un mail avec une information, une photo aux salariés.

Dans l'hôtellerie comme dans les entreprises, les points de contacts comme les boutons d'ascenseurs doivent être très régulièrement nettoyés. Ici, un salarié de la société de services Arcade. (7 mai 2020)

Dans l'hôtellerie comme dans les entreprises, les points de contacts comme les boutons d'ascenseurs doivent être très régulièrement nettoyés. Ici, un salarié de la société de services Arcade. (7 mai 2020)

Pendant cette période d’attente, nous avons travaillé sur de nouvelles organisations qui ont été avalisées par le médecin du travail et le CSE. En tant que référente Covid de l’établissement, j’ai préparé, en m’aidant d’informations émanant du gouvernement, de nos fédérations et syndicats, de la Cramif, de la Direccte… toute une gamme de documents qui seront à la disposition du personnel, à des endroits stratégiques. Cela concerne par exemple le lavage des mains, le port du masque, l’accès à la cafétéria… L’objectif étant de faire en sorte que l’information sur les gestes barrières et les règles de distanciation physique soit omniprésente. De plus, le jour de la réouverture, tous les salariés seront formés à leur poste et informés des nouvelles contraintes (sens de circulation, horaires d’accès aux vestiaires, aux pauses, process de nettoyage...). L’hôtel fonctionnera différemment et les premières semaines, nous ferons des contrôles quotidiens pour nous assurer que les consignes sont respectées.

On estime qu'une chambre ne sera plus refaite en 30 mais en 50 minutes environ.

Il y aura 24 points de distribution de gel hydroalcoolique et tous les points de contact importants seront nettoyés toutes les heures. Par chambre, le personnel disposera de deux paires de gants, de masques, de gel hydroalcoolique et il devra respecter une phase d’aération, de nettoyage, de finition avec du produit virucide… cela prendra plus de temps – on estime qu’une chambre ne sera plus refaite en 30 mais en 50 minutes environ –, chaque femme de chambre fera donc moins de chambres par jour. Et il y aura toujours un contrôle très strict de chaque chambre. Nous n’ouvrirons certainement pas tout l’hôtel d’un seul coup, mais par étage. Ce qui signifie que 2 ou 3 femmes de chambre travailleraient chaque jour. Nous n’avons pas encore décidé qui viendrait, mais nous sommes attentifs à ne pas créer de frustration ou d’incompréhension : nous allons donc en discuter avec le CSE. Tout le personnel sera masqué et le personnel de réception sera protégé par une vitre en plexiglas. Une affichette reprenant les gestes barrières et destinée aux clients est prête, et chaque client recevra une brochure expliquant les règles en vigueur dans l’établissement. Des masques seront à disposition et nous allons réorganiser le hall d’accueil pour éviter les stagnations de clients. Des informations seront prises en amont, quant aux horaires d’arrivée et de départ, et transmises à la réception. Pour limiter le paiement en liquide, une notification de facture sera envoyée en chambre, via la télévision. Et dans un premier temps, le petit déjeuner ne sera plus proposé sous forme de buffet, mais en chambre. Nous avons essayé d’anticiper au maximum, mais il est évident qu’il y aura des ajustements à faire, avec les salariés, lorsque l’hôtel ouvrira de nouveau ses portes. » 

Propos recueillis par D. L.

 

8ème témoignage

► DISTRIBUTION

Kevin Trannoy, directeur du Leroy Merlin d’Isneauville en Normandie. Le magasin compte 200 salariés.

« À l’annonce du confinement, tous les magasins Leroy Merlin ont fermé. Puis, à la suite de la publication de la liste des commerces autorisés à accueillir du public, les 140 magasins ont relancé en partie leur activité. Notre direction nationale a défini la stratégie de réouverture par étape. Chaque établissement a pu la mettre en œuvre en tenant compte de ses caractéristiques.

Dans le quartier de la Madeleine, à Paris, le magasin Leroy Merlin a mis en place un système de drive piétons qui permet au client de récupérer à l'entrée du magasin ses achats  effectués préalablement sur internet. (10 avril 2020)

Dans le quartier de la Madeleine, à Paris, le magasin Leroy Merlin a mis en place un système de drive piétons qui permet au client de récupérer à l'entrée du magasin ses achats effectués préalablement sur internet. (10 avril 2020)

Celui que je dirige a redémarré avec des équipes réduites de 15 à 20 salariés, volontaires : un drive a été organisé pour proposer des produits de première nécessité, pour réparer un ballon d’eau chaude ou une fuite en toiture, par exemple. 6 500 de nos 260 000 références ont été rendues disponibles et payables en ligne. À l’arrivée du client à l’entrée du parking, un agent vérifie à travers la vitre de la voiture le numéro de commande ainsi que la date et l’horaire de retrait avant de le laisser entrer. Les colis sont ensuite déposés à côté du véhicule et récupérés par le client.

Ce dispositif ayant démontré son efficacité, nous avons rapidement pu élargir notre offre à 30 000 références. La seconde étape a été de restaurer l’accès à notre cour des matériaux. Son fonctionnement est proche de celui du drive puisque le client s’y rend avec son véhicule et charge lui-même la marchandise. L’entrée n’est possible que sur rendez-vous et un agent régule le flux de manière à ce qu’il n’y ait pas plus de sept voitures dans la cour. En revanche, le paiement par carte doit se faire sur place. Le client ouvre donc son coffre et s’éloigne pour qu’un salarié scanne les produits.

Le succès de notre démarche de réouverture tient beaucoup à sa progressivité.

Les caisses ont été équipées de plexiglas. Pour conseiller nos clients, nous avons développé un système de chat et de téléphone. Cela a entraîné une augmentation des effectifs dans nos bureaux : nous avons ainsi fixé deux plages horaires de travail, de 6 heures à 13 heures et de 13 heures à 20 heures, ce qui évite les déjeuners sur place.

Le 23 avril, nous avons recommencé à accueillir le public dans le magasin. La mise en rayon et le picking des commandes drive étaient faits de 6 à 9 h, afin de laisser le champ libre aux clients à l’ouverture. Il n’y avait pas d’employés dans les rayons et si un client avait besoin d’un renseignement, des numéros de téléphone étaient indiqués aux points conseils. Même si la jauge officielle autorise jusqu’à 800 clients, nous ne laissions alors entrer que 100 personnes à la fois pour ne pas surcharger les équipes réduites en caisse. Un protocole a été mis en place pour éviter les contacts. Le client s’écarte de son chariot pour laisser l’hôtesse scanner les achats puis retourner derrière le plexiglas.

Fort de cette organisation, depuis le 11 mai, le retour des équipes s’est accéléré. Le 18 mai, nous étions quasiment tous revenus. Les salariés étant à nouveau présents dans les rayons aux heures d’ouverture, les points conseils ont été équipés de plexiglas. Pour se déplacer dans les allées, des gants et des visières sont à disposition. Le port du masque est obligatoire et nous incitons nos clients à faire de même.

Le succès de notre démarche de réouverture tient beaucoup à sa progressivité qui a permis les retours d’expérience, aussi bien internes qu’en provenance d’autres magasins. » 

Propos recueillis par D. L.

 

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