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La Recommandation R 478, destinée à prévenir les risques liés aux manutentions manuelles lors de la mise en rayon dans la grande distribution, a été publiée il y a un an et demi. Le point avec Vincent Corlier, référent national grande distribution pour le réseau Assurance maladie-risques professionnels.

© Patrick Delapierre pour l’INRS

Travail & Sécurité. Qu’est-ce que la recommandation R 478 ?
Vincent Corlier
. Il s’agit d’une recommandation nationale adoptée par le CTN D (services, commerces et industries de l’alimentation) en avril 2015. Elle propose des mesures de prévention visant à réduire les risques liés à la manutention lors de la mise en rayon, en hyper et supermarchés. Parmi ces risques, on peut citer les chutes, de hauteur et de plain-pied, les risques psychosociaux et, surtout, les troubles musculosquelettiques, dus aux sollicitations et aux efforts musculaires importants lors de ces opérations.

Qui est concerné ?
V. C.
Les 517 525 salariés des 12 542 magasins (hyper et super) en France. En 2015, on a enregistré 30 085 accidents du travail (AT) dans ce secteur, dont 57 % liés à la manutention. Cela représente 2 790 000 journées perdues.

Un an et demi après sa publication, comment est appliquée la R 478 ?
V. C.
Dans leur grande majorité à l’exception de l’interdiction de la dépote au sol, les mesures techniques, comme la limitation de la hauteur des palettes à 1,80 m, l’adéquation des équipements de manutention ou l’implantation des gondoles… sont plutôt bien intégrées. Il y a bien sûr quelques enseignes en retard, mais la tendance globale est plutôt positive. En revanche, il subsiste encore d’importantes marges de progrès pour l’intégration de la prévention dans les organisations du travail.

Qu’est-ce que la dépote au sol ?
V. C.
Cela consiste à décharger au sol dans les rayons les marchandises livrées sur palettes/rolls. On a mesuré que lors de la reprise des produits posés au sol, l’effort au niveau du bas du dos peut atteindre jusqu’à 15 fois la charge portée. C’est beaucoup, et source de nombreux accidents du travail. Les maladies professionnelles  (MP) sont compliquées à mettre en évidence à ce poste, car souvent les personnes fragilisées passent à l’encaissement où d’autres facteurs entrent en ligne de compte.

Comment limiter  cette opération ?
V. C. L’une des solutions consiste à livrer en place les produits sur des supports dédiés. Il est aussi possible de dépoter à l’avancement, lors de la mise en rayon. Plusieurs tests sont en cours, mais cela modifie aussi une partie de la chaîne logistique... Il est possible aussi d’utiliser le mobilier existant, comme cela se voit dans les rayons surgelés sur les coffres de congélateurs. Nous avons fixé comme objectif aux enseignes de ne plus réaliser de dépote au sol à partir du 1er janvier 2018.

Quelles sont vos prochaines pistes de travail ?
V. C. Nous continuons de travailler sur la conception du mobilier de vente en général. On souhaite notamment davantage intégrer le stockage dynamique. On poursuit aussi le travail sur les aspects liés au merchandising, au conditionnement, à l’adéquation des volumes, ou la diminution des manipulations et du nombre de reprises… Aujourd’hui encore, un produit peut être repris dix fois avant d’être vendu (ou mis au rebut). C’est beaucoup trop.

Les choses avancent, mais les chiffres de sinistralité baissent lentement…
V. C.
Oui, c’est l’un des paradoxes de cette action : nous suivons ce secteur depuis longtemps, des actions sont mises en œuvre, il y a une vraie prise de conscience sur ce sujet dans les enseignes, mais les chiffres de sinistralité restent élevés. Notamment les indices de fréquence (AT et MP) qui sont, en moyenne, deux fois plus élevés dans ce secteur que la moyenne nationale. En dix ans, l’indice de fréquence des AT n’a baissé que de 7 % dans les supermarchés et de 9 % dans les hyper. Malgré tout, j’ai bon espoir que la démarche de prévention proposée par la R 478 porte enfin ses fruits.

LE CHIFFRE

3 %

des hyper et des supermarchés à l’arrêt. C’est ce que représentent les arrêts de travail dans ce secteur.

Delphine Vaudoux

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