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À l’occasion de la Journée nationale de l’audition, Nicolas Trompette, expert d’assistance-conseil à l’INRS, et Stéphane Tirlemont, contrôleur de sécurité au Centre de mesures physiques de la Carsat Nord-Picardie, font le point sur le bruit au travail et les risques qu’il représente pour les salariés.

© Gael Kerbaol /INRS

© Gael Kerbaol /INRS

Combien y a-t-il de cas de surdité professionnelle reconnus en France ?
Stéphane Tirlemont.
En 2016, il y a eu 704 reconnaissances de surdité professionnelle sous les conditions du tableau 42 des maladies professionnelles (MP). À cela, on peut ajouter les reconnaissances par le système de reconnaissance complémentaire, ce qui fait de la surdité la 4e MP en nombre de reconnaissances. Depuis 2012, on observe toutefois une baisse régulière du nombre de reconnaissances passant de 1 012 à 704 entre 2012 et 2016. Une analyse des reconnaissances des MP « surdités professionnelles » (NDLR : Réalisée par un regroupement de statistiques régionales par le groupe « bruit » Carsat-INRS-Cramif pour les années 2012-2013-2014) montre que leur coût moyen est de 96 896 €. L’âge moyen des victimes se situe à 59 ans et demi.

Comment mesure-t-on le bruit au travail ?
Nicolas Trompette.
La réglementation demande d’évaluer le risque d’exposition au bruit qui, lui, ne doit être mesuré que si nécessaire. Le cas échéant, la norme de mesure ISO 9612 demande de répartir les salariés exposés en groupes homogènes d’exposition, puis propose plusieurs approches pour la mesure : « par journée entière » ; « par tâche » – on mesure le bruit pour chaque tâche et pour un certain quota du groupe, et on les cumule pour obtenir l’exposition quotidienne au bruit ; ou statistique – on relève un certain nombre de mesures de bruit aléatoirement sur le groupe, approche dite « par fonction ». La mesure se fait avec des exposimètres acoustiques, éventuellement avec un sonomètre.

S. T. En plus d’être dangereux pour la santé à des niveaux élevés, le bruit peut, à des niveaux plus faibles, occasionner d’autres effets : difficulté à percevoir certains signaux d’alerte ou de danger, à communiquer, difficulté de concentration pour certaines tâches délicates, fatigue, stress... Cette gêne peut être une cause d’incident, voire d’accident. La prise en compte de ces autres effets est aussi nécessaire dans le cadre de l’évaluation des risques.

Quels sont les métiers les plus touchés ?
N. T.
Les métiers les plus touchés sont ceux de la métallurgie : tôliers, chaudronniers, soudeurs, ébarbeurs, assembleurs, conducteurs de ligne ; ensuite ce sont ceux du BTP : maçons, plombiers, charpentiers, électriciens, ouvriers du bâtiment, gros œuvre, conducteurs d’engins et certains métiers connexes : conducteurs de machine, réparateurs, ajusteurs sur machine outils ; et à la 3e place les métiers du bois : les menuisiers.

S. T. Les surdités professionnelles touchent majoritairement les ouvriers. Ces derniers rassemblent 95 % des MP liées au bruit, alors qu’ils ne représentent que 23 % de la population active en emploi. Il est également remarquable que les ouvriers de plus de 45 ans regroupent 93 % des MP qui touchent l’appareil auditif pour encore seulement 10 % de la population active en emploi.

À partir de quel niveau de bruit est-il nécessaire d’agir ?
N. T.
Dès qu’il y a exposition. Le risque est avéré à partir de 85 dB(A)/8h. La loi impose d’agir dès qu’on atteint 80 dB(A)/8h, mais en tant que préventeurs, nous préconisons la mise en place de mesures de prévention à partir du moment où il y a exposition.

Quels sont les moyens de prévention ?
N. T. Il faut privilégier les moyens collectifs, beaucoup plus efficaces que les protections individuelles. Les solutions sont, dans l’ordre d’efficacité, de diminuer le bruit à la source, notamment en privilégiant les outils et machines les moins bruyants, d’encoffrer les machines, d’interposer des panneaux isolants entre la source et la personne exposée tout en traitant acoustiquement le local de travail de façon à supprimer la réverbération ou enfin de créer des zones calmes, par exemple au moyen de cabines insonorisées. Si toutes ces solutions ne suffisent pas, ou en attendant leur mise en œuvre, il faut fournir une protection auditive individuelle adaptée aux salariés, les former à son utilisation et vérifier régulièrement son efficacité.

LE CHIFFRE

80 dB(A)/8 h

est le seuil à partir duquel la loi impose à l’employeur de prendre des mesures de prévention.

 

Propos recueillis par Delphine Vaudoux

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