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Des signaux d’alarme ont été tirés au début du mois de juillet au sujet d’une possible recrudescence des accidents du travail dans le BTP, notamment pendant la période de reprise d’activité. Si la vigilance reste de mise, il est, semble-t-il, prématuré de tirer des conclusions sur le lien entre redémarrage des chantiers et accroissement réel de la sinistralité.

 © Gaël Kerbaol/INRS/2019

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

Besoin de rattraper le retard pris avec le confinement, attention principalement portée sur le risque lié à la Covid, recrudescence du recours à une main-d’œuvre intérimaire et/ou peu qualifiée… Avec le redémarrage des chantiers dans le cadre du déconfinement, un accroissement de la sinistralité a, semble-t-il, été observé en différents points de l’Hexagone. L’alerte a été donnée au début du mois de juillet par la Direccte des Hauts-de-France qui, dans un communiqué de presse, annonçait un chiffre pour le moins alarmant : six accidents du travail (AT) graves dans la région, dont trois mortels, dus essentiellement aux chutes de hauteur, pour le seul mois de juin. Contre huit accidents mortels liés au travail en hauteur sur l’ensemble de l’année 2019.

Signe d’une réelle tendance nationale ou simple particularité locale ? S’il admet une situation similaire en Pays-de-la-Loire, avec plusieurs décès et accidents du travail graves depuis la reprise d’activité, Jean-Michel Bachelot, ingénieur-conseil BTP à la Carsat Pays-de-la-Loire, n’en tire pas pour autant de conclusions hâtives : « Je pense que la hausse de la sinistralité ponctuelle est un ressenti provenant du contraste avec une longue période sans accident. Toutefois, nous n’avons aucun élément chiffré permettant d’étayer cette perception qui peut être erronée », déclare-t-il. Même son de cloche auprès de la mission statistique nationale de la Direction des risques professionnels qui estime que « compte tenu des délais de reconnaissance des accidents du travail (3 à 6 mois), [ l’analyse des AT liés au confinement et au déconfinement ] est un travail intéressant mais un peu précoce à ce stade ».

Intérim et accidents du travail

Néanmoins, la vigilance demeure intacte chez les professionnels de la santé et de la sécurité au travail. Pour rappel, en 2018, en France, 1 141 décès liés au travail ont été déplorés , selon la Cnam. Et pour la deuxième année consécutive, le nombre d’AT était reparti à la hausse, une progression en partie en lien avec un contexte de reprise économique. Le danger est grand que la prévention des risques liés à la Covid-19 et la situation financière des entreprises viennent faire oublier les risques habituellement rencontrés dans les activités des salariés, notamment dans le BTP (les manutentions manuelles représentent la cause de près d’un accident sur 2, les chutes 31 % et l’utilisation d’un outillage à main 15 %). « Ce qui est certain, avance un responsable de l’OPPBTP, c’est que les entreprises sont préoccupées par le maintien et la recherche d’activité pour pallier les difficultés financières auxquelles elles font face, ce qui induit des comportements irrationnels sur les chantiers. »

Un recours massif à du personnel temporaire pour rattraper le retard pris lors du confinement est également un facteur de risque accru d’accidents du travail. Des études ont démontré le lien entre l’accroissement de l’activité additionné à un usage plus intensif d’une main d’œuvre intérimaire et la hausse de la sinistralité. Chaque année, les statistiques de l’Assurance maladie-risques professionnels laissent penser à un risque accru chez le personnel temporaire, particulièrement dans le BTP : en 2018, 42 % des accidents graves et 49 % des décès chez les personnels intérimaires étaient survenus dans des entreprises utilisatrices du secteur BTP. Mais, là encore, il faudra attendre quelques mois avant de connaître avec exactitude la réalité des choses. Pour l’instant, selon Jean-Michel Bachelot, dans un grand nombre de Carsat, « on constate que le confinement aura eu le mérite d’améliorer l’hygiène sur les chantiers et notamment le nettoyage des bases vie ». Et de conclure : « Quant aux autres risques, les conditions de travail préexistantes se sont poursuivies sans améliorations ni détériorations notables à ce jour ». 

Alexis Carlier

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