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Forte de son importante façade maritime et des courants marins propices, la France a décidé d’investir dans les énergies renouvelables en mer. Parmi ses objectifs : créer une nouvelle filière, avec des milliers d’emplois à la clé, notamment en Normandie, où plusieurs projets d’usine sont sur la table. La Carsat Normandie s’est organisée afin d’intervenir le plus tôt possible dans la conception de ces projets.

Une des pales de 107 m de long fabriquées à Cherbourg.

Une des pales de 107 m de long fabriquées à Cherbourg.

Travail & Sécurité. Pourquoi avoir créé à la Carsat Normandie un programme intitulé « Énergies renouvelables marines » ?
Jean-Claude Poulain, ingénieur-conseil à la Carsat et pilote régional du programme
. Depuis quelques années, des projets autour de l’éolien offshore et de l’hydrolien sont annoncés. La Normandie va être fortement impactée. Nous avons donc décidé de proposer, en lien avec nos instances paritaires, ce programme, « Énergies marines renouvelables », pour comprendre et accompagner cette filière en matière de santé et sécurité au travail.  Trois axes de travail ont été identifiés :

  • l’intervention dès la conception des usines de fabrication et des bases d’exploitation-maintenance (intégration des principes de prévention) ;
  • l’accompagnement des opérations d’exploitation et maintenance (évaluation des risques et analyse des mesures de prévention) ;
  • l’identification des métiers spécifiques à cette filière et des organismes de formation afin de favoriser l’intégration de la prévention dans les cursus.

Comment est organisée cette filière ?
J.-C. P.
C’est une filière en construction avec un calendrier assez glissant, qui doit tenir compte des reports, contestations, recours juridiques… avec des interlocuteurs nationaux voire internationaux, ce qui ne nous facilite pas la tâche. D’autant que les enjeux sont à la fois économiques et politiques. Pour la filière la plus avancée de l’éolien offshore, des nacelles sont déjà fabriquées à Saint-Nazaire (pour cela, on travaille étroitement avec la Carsat Pays-de-la-Loire), des pales sont construites à Cherbourg et un projet d’usine au Havre est à l’étude pour produire pales et nacelles. Un champ d’éoliennes offshore comprend entre 70 et 80 turbines. Trois parcs devraient voir le jour en Normandie : à Fécamp, au Tréport et à Courseulles-sur-mer. Pour chaque site, il y aura une base à terre avec une centaine de salariés pour assurer l’exploitation et la maintenance en mer. Nous avons là des métiers très spécifiques. Sans oublier les opérations d’installation en mer.

C’est un sujet assez nouveau, comment l’appréhendez-vous ?
Laurent Boudet,
contrôleur de sécurité. Il a en effet fallu comprendre l’éolien offshore et l’hydrolien, d’un point de vue technique, mais aussi leurs enjeux politiques et économiques. Nous réalisons une veille permanente sur ces sujets très changeants, notamment du côté des acteurs publics et privés. Nous alimentons ainsi les agents de la Carsat impactés par ces sujets. Les analyses qui découlent de nos travaux nous permettent d’élaborer des fiches prospectives et des fiches projets. C’est indispensable pour comprendre les projets et identifier les risques potentiels.

Où en êtes-vous ?
J.-C. P.
L’usine de fabrication de pales General Electric/LM Wind Power à Cherbourg est en activité. Elle a déjà fabriqué cinq pales de 107 m de long, les plus grandes du monde. Nous sommes intervenus au niveau de la conception de l’usine et nous continuerons d’intervenir pendant la montée en production. General Electric a dès à présent remporté trois marchés avec l’Haliade X, soit un total de 1 200 pales à fabriquer. À Cherbourg toujours, il y a deux projets liés à la fabrication d’hydroliennes, mais les choses sont plutôt en devenir. Au Havre, une usine de pales et nacelles doit être implantée en 2020-2021. Mais il faut d’abord réaliser des aménagements portuaires. Enfin, pour ce qui est des bases exploitation-maintenance, nous avons fait des revues de projet avec l’objectif de monter en compétence pour pouvoir intervenir lors de l’exploitation des sites offshore.

En quelques mots, quels sont les risques identifiés ?
L. B.
Ils sont nombreux ! Pour ne citer que les principaux : transport des personnels en mer, phase d’accostage, levage et manutention de charges, postures de travail, risques électriques, chutes de hauteur, risque chimique, travail isolé, en horaires atypiques… C’est un chantier immense. 

Propos recueillis par K.D

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