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Comment augmenter la surface de ses espaces verts, sans embaucher et tout en réduisant l’utilisation de produits phytosanitaires ? C’est un peu le défi auquel a été confrontée la ville de Rennes. La gestion différenciée s’est avérée une bonne solution, associée à la formation de ses agents. Avec pour maître-mot : l’anticipation.

© Gaël Kerbaol / l’INRS

Zéro phyto. Depuis le 1er janvier 2017, une loi votée début 2014 interdit l’utilisation de phytosanitaires dans les parcs, jardins, promenades, forêts et autres voiries publiques. Une affaire de santé publique avant tout, mais qui a des répercussions positives sur la santé des agents. À Rennes, en Ille-et-Vilaine, cette ville de 5 000 hectares dont 870 d’espaces verts publics, n’utilise plus de produits phyto­sanitaires depuis 2012. C’est l’aboutissement de décisions prises il y a plusieurs dizaines d’années.

« Entre 1960 et 1980, la ville est passée de 60 à 600 hectares d’espaces verts, remarque Cyrille Lomet, directeur des jardins et de la biodiversité de la ville de Rennes. Avec 400 agents pour s’en occuper, il a fallu faire des choix. Si la tendance était bien d’étendre les espaces verts, elle n’était pas de continuer à embaucher des agents pour les entretenir. » La ville cherche alors des solutions à cette problématique avant tout économique. Dans le même temps, des études sont réalisées sur la qualité de l’eau de la Vilaine, en amont, en aval et dans la ville de Rennes. Les résultats des analyses font apparaître la présence de nombreuses molécules en aval, provenant des particuliers et des collectivités.

« Tout le monde est tombé d’accord sur le fait qu’il fallait cesser d’utiliser les antigerminatifs et laisser pousser les herbes », remarque Cyrille Lomet. La ville poursuit  alors la gestion différenciée de ses espaces verts, soit une façon de les gérer mixant gestion horticole et écologique. « Cela signifie davantage de pelouses, de plantes vivaces, de prairies de fauche et de plantes sauvages, précise le directeur des jardins. Grâce à ce type de gestion, on a moins recours aux phytosanitaires. » Mais les herbes sont bien là, sur les trottoirs et entre les pavés, et les Rennais pas forcément contents. Des études mettent en évidence un sentiment négatif, de laisser-aller.

Un test grandeur nature dans un quartier est alors mené pour abandonner tout produit phytosanitaire et comprendre les réticences de la population. La mairie ne renonce pas et étend sa politique zéro phyto. Elle communique, installe des panneaux d’affichage expliquant les changements à venir, met de la couleur en plantant des bulbes, des arbustes au feuillage coloré, mais surtout convainc ses jardiniers de l’intérêt de cette politique. « Pour cela, un message descendant est très insuffisant, insiste Cyrille Lomet. Dans chaque équipe, il y a toujours au moins une personne convaincue par la démarche qui sert de relais auprès des collègues eux-mêmes relais vis-à-vis de la population. » Cette fois, les explications sont relayées et le changement mieux accepté.

Des ambassadeurs du zéro phyto

Dernier lieu de la ville à passer au zéro phyto, les cimetières. « On nous a dit que l’on ne respectait pas les morts, en laissant pousser les herbes. Il y a dix ans, on a bâti un important plan d’enherbement et d’aménagement. Car il a véritablement fallu éduquer l’œil de nos administrés », poursuit Cyrille Lomet. Et les résultats sont là : si dans un premier temps, les agents de la ville passaient 1 500 heures à appliquer des produits phytosanitaires, ils sont ensuite passés à 4 500 heures de désherbage manuel, ce qui n’était pas vraiment l’objectif recherché. Grâce à cette politique d’enherbement et de gestion différenciée, les heures passées au désherbage manuel avoisinent aujourd’hui les 1 500 heures. Trois fois par an, la ville mène des opérations coup de poing pour désherber et tout le monde s’y met. Par ailleurs, pour les agents, l’exposition aux risques chimiques liés à l’utilisation de produits phyto­sanitaires est réduite à néant.

Depuis 2012, la ville s’enorgueillit d’être passée au zéro phyto. Une transition qui a été longue et qu’il a fallu expliquer pour la faire accepter. « La régie est un atout, précise le directeur des espaces verts. Les agents ont été formés à la biodiversité pour qu’ils deviennent les ambassadeurs du zéro phyto. »

Dans quelques années, la ville de Rennes pense atteindre les 20 % de sa superficie en espaces verts publics. Elle poursuit ses réflexions pour ne pas donner davantage de travail à ses équipes.

LE CHIFFRE

775 kg

de produits phytosanitaires par an étaient utilisés par la ville de Rennes à la fin des années 1990. En 2003, la consommation annuelle était passée à 298 kg par an puis à 60 kilos par en 2008, soit une réduction totale de 92 % en 10 ans.

Delphine Vaudoux

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