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Avec le déconfinement, beaucoup d’activités professionnelles qui se sont arrêtées mi-mars redémarrent progressivement. Si les mesures barrières viennent rappeler que le retour à la vie d’avant n’est pas pour tout de suite, il s’agit aussi pour les entreprises de prendre les mesures qui s’imposent pour que le travail puisse se faire en sécurité pour tous.

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

Avec le début du déconfinement et pendant quelque temps encore, certaines activités professionnelles reprennent. Après des semaines de fermeture ou d’activité limité, des locaux sont à nouveau investis progressivement par des salariés. Pour autant, ce retour ne doit pas se faire sans précaution. Pendant toutes ces semaines de confinement, personne ou presque n’aura pénétré dans les lieux, ni aéré, aucune vie ne se sera réellement manifestée. Commerces, bureaux, ateliers, sites industriels... pour ces locaux non utilisés pendant longtemps, une remise en route est nécessaire avant le retour des salariés.

La première chose réside avant tout dans un gros nettoyage, mais également dans l’attention portée au bon état de fonctionnement des installations techniques. « Le virus ne proliférant pas en dehors du vivant, ses traces éventuellement déposées sur les surfaces par les postillons des personnes avant leur départ seront complètement détruites au retour du confinement. Il n’y a aucune raison de désinfecter, insiste Christine David, responsable du pôle risque biologique de l’INRS. Il faudra cependant être vigilants sur les frigos qui pourront contenir des restes d’aliments et avoir développé des moisissures ou des bactéries, ou à l’égard de l’eau qui aura stagné dans les canalisations pendant des semaines. » Gare aussi aux insectes ou aux rongeurs. Une opération de lutte contre les nuisibles peut s’avérer judicieuse avant la réouverture.

Un réseau de distribution d’eau qui n’a pas servi pendant plusieurs semaines est propice au développement des micro-organismes qui n’ont pas été chassés par les courants d’eau : il convient de faire couler l’eau, afin d’éliminer le volume qui aurait stagné et chasser les micro-organismes. « S’il y a des douches, l’eau stagnante remise en circulation peut amener un risque de légionellose par inhalation, de même que les tours aéroréfrigérantes, poursuit l’expert. Dans ce cas, il conviendrait de faire des contrôles bactériologiques qui pourraient orienter ou non vers le nettoyage et la désinfection des installations. Ceux-ci pouvant prendre quelques jours (jusqu’à 10 jours pour une recherche de légionelles), il convient de l’anticiper. »

Vérifications

Sachant que les systèmes de ventilation-chauffage n’auront pas été utilisés depuis longtemps, il faudra les faire tourner, toujours avant l’accueil des salariés, à vitesse élevée pour renouveler l’air ambiant. Les fenêtres devront être ouvertes largement afin d’aérer les locaux.

Toutes les installations techniques des ouvrages devront être inspectées, voire testées. « Une vérification du fonctionnement du système de sécurité incendie devra être effectuée. Un test de l’alarme sonore permettra de s’assurer du fonctionnement des portes coupe-feu et de l’éclairage de sécurité », précise Patrick Laine, responsable du pôle équipements de travail et risques physiques de l’INRS.

Enfin, il conviendra d’effectuer la vérification de maintenance des ascenseurs qui a normalement lieu toutes les six semaines. « Les autres vérifications réglementaires des portes et portails, de l’électricité, des ascenseurs et des appareils de levage sont également à réaliser même si certaines ont été assouplies », remarque Patrick Laine.

Des points de vigilance doivent être observés avant la remise en service des machines et sites. « Sait-on comment les machines ont été arrêtées et notamment si cette immobilisation a respecté les procédures d’arrêt habituelles définies ? Dans tous les cas, une analyse des risques est nécessaire », explique Jean-Christophe Blaise, responsable du laboratoire sécurité des équipements de travail et des automatismes à l’INRS. En complément des recommandations liées aux bâtiments, il convient de vérifier les réseaux de fluides, afin de détecter des fuites dans la distribution, des accumulations dans des espaces confinés (ventiler les zones pour éviter les risques d’incendie-explosion, d’anoxie) et l’état de la machinerie liée à la distribution. Les fuites et accumulations éventuelles doivent également être vérifiées au niveau des machines.

Recréer les collectifs de travail.

« Il faut s’assurer que les procédures de consignation ont été appliquées et que la machine a été séparée de ses sources d’énergies, reprend Jean-Christophe Blaise. En fonction de la nature des fluides et des situations rencontrées (colmatage de filtres, pollution des bacs de décantation, développement de bactéries dans les aérocondenseurs, condensation dans les circuits d’air comprimé…), des rinçages et ventilations devront être effectués. Une attention particulière doit être apportée aux masses suspendues, leur moyen de retenue a pu être fragilisé ou déplacé. »

Les entreprises ne peuvent pas reprendre leur activité comme si rien ne s’était passé. 

Les machines disposent par ailleurs de protecteurs ou de dispositifs de sécurité dont il convient de vérifier la mise en place et le fonctionnement. Un nettoyage est nécessaire en cas d’accumulation d’impuretés, de matières premières... Il faut aussi tester les actionneurs qui pourraient être grippés par défaut d’utilisation. Les piles de sauvegardes dans les robots ou automates sont aussi à vérifier si l’alimentation électrique a été coupée longtemps et éventuellement à changer pour éviter tout risque de perte du programme.

Anticipation

« Après un arrêt dans ces circonstances, il ne faut pas aller trop vite. La remise en service des machines doit se faire progressivement, avec des tests, en montant graduellement la cadence pour surveiller les anomalies, souligne Jean-Christophe Blaise. Des arrêts intempestifs dus à des dysfonctionnements pourront engendrer des interventions répétées à l’intérieur des machines avec des risques d’exposition à des phénomènes dangereux. » Certains enjeux, tels que la disponibilité des personnes compétentes et formées ou l’existence d’un stock de pièces de rechange en cas de besoin, restent majeurs.

L’anticipation des vérifications avant la reprise peut réduire les risques. Les périodes d’arrêt de production sont en général les périodes dédiées aux actions de maintenance. Or, il n’a pas toujours été possible, pendant le confinement, de réaliser la maintenance préventive. « Il faut rappeler que la maintenance peut générer de la coactivité, parfois difficilement compatible avec les mesures de distanciation subsistantes », reprend l’expert. Dans tous les cas, ces mesures doivent être maintenues lors de la reprise de l’activité.

« La situation aura pu créer une différenciation entre salariés, observe Jacques Leïchlé, expert d’assistance conseil à l’INRS : ceux qui sont restés à leur poste, ceux qui ont continué en télétravail, et ceux qui se sont retrouvés sans activité professionnelle. » Les salariés ont vécu cette période de façons très variées. À la reprise, cela peut créer des difficultés pour les collectifs de travail.

C’est en particulier le cas pour la dernière catégorie, qui a pu se sentir isolée en l’absence de relations professionnelles régulières et exposée à un sentiment d’exclusion vis-à-vis de l’entreprise. « Il faut prendre en considération la situation que nous venons de traverser et ne pas passer sous silence l’expérience vécue par chacun, poursuit l’expert. Les entreprises ne peuvent pas reprendre leur activité comme si rien ne s’était passé. Il ne faut pas laisser les situations de travail dégradées perdurer et il est nécessaire de mettre en place un retour progressif à la normale. »

Durant le confinement, le télétravail a été différent de celui pratiqué dans des conditions habituelles : à temps plein, sans passage au bureau, peu ou pas anticipé dans certains cas, en présence des enfants, dont certains demande d’aide pour les activités scolaires, ou du conjoint en télétravail, et avec des contraintes domestiques parfois renforcées. Sans oublier la charge psychologique liée au contexte et aux inquiétudes pour des proches ou pour son propre avenir. « Cette période a accordé plus d’autonomie aux salariés, estime Jacques Leïchlé. Il serait contreproductif de retirer de l’autonomie à des personnes à qui on en a demandé beaucoup un temps donné. » Et comme à la reprise, certains restent en télétravail pendant que d’autres reviennent sur leur lieu de travail, il est impératif d’expliquer les choix et les décisions prises.
Un accompagnement et une bonne communication sont essentiels pour que ça se passe au mieux. 

PAROLE D’EXPERT

Dr Marie-Cécile Bayeux-Dunglas,expert médical en risques biologiques

« LORS DE LA REPRISE de l’activité, les règles générales de prévention du risque lié au Covid-19 en entreprise sont basées notamment sur le maintien des mesures de distanciation physique et le renforcement des gestes barrières, ce qui engendre la mise en place de mesures techniques et organisationnelles. Dans ce cadre l’ensemble des acteurs de l’entreprise et notamment les services de santé au travail ont un rôle à jouer.
Le principe est le respect des distances minimales (plus d’1 mètre et, mieux, 2 mètres) entre les personnes afin d’éviter une contamination respiratoire et manuportée par les gouttelettes émises lors de la toux, d’éternuement ou de la parole. Ce principe doit être respecté en entreprise dans les espaces communs intérieurs et extérieurs du bâtiment. Ainsi, le nombre de personnes autorisées dans les zones de travail dépendra des organisations définies et de la nécessité de respecter cette distanciation physique.
Le télétravail doit être privilégié autant que possible. Dès la présence de signes d’une possible infection Covid-19 (toux, essoufflement, fièvre, etc.), il est nécessaire de rester chez soi, de contacter le médecin, et d’éviter les sorties et les contacts avec des personnes fragiles.
Si la température peut faire partie des symptômes, parfois la personne infectée par le SARS-CoV-2 est asymptomatique ou peu symptomatique, et la fièvre n’est pas toujours présente chez les malades. De plus, la contagion peut intervernir jusqu’à 2 jours avant le début des signes cliniques. Ces situations sont également associées à un risque de diffusion du virus en l’absence de respect des mesures barrière.

EN SAVOIR PLUS

« COVID-19 et prévention en entreprise », dossier web INRS.

À consulter sur www.inrs.fr.covid

G. Brasseur, C. Ravallec. et D. Vaudoux

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