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La Carsat Aquitaine va lancer, en 2020, un programme sur le risque routier pour aider les entreprises à mieux l’appréhender. En parallèle, certaines entreprises de transport testent du matériel permettant d’éviter la perte de roues.

© Gaël Kerbaol/INRS

© Gaël Kerbaol/INRS

Plus de 40 % des accidents mortels dans le cadre professionnel ont lieu sur la route. « Toutes les entreprises sont concernées, explique Fabrice Norgeux, ingénieur-conseil et référent risque routier à la Carsat Aquitaine. Pour ce qui est de la mission, les entreprises dont le métier est de transporter sont forcément les plus touchées. » Peu d’entreprises mènent des actions efficaces de prévention, celles-ci se résumant souvent à sensibiliser des conducteurs, considérant que le risque routier est surtout un problème de comportement.

Forte de ce constat, la Carsat Aquitaine a décidé de lancer en 2020 le programme « En route vers la prévention ! ». L’objectif est d’aider les entreprises à déterminer en quoi l’organisation du travail peut influer sur le risque routier. « On appréhende le risque routier dans son ensemble, en évaluant cinq déterminants, poursuit Fabrice Norgeux : l’organisation, les déplacements, les véhicules, les facteurs aggravants comme les distracteurs (téléphone, conduites addictives…) et les compétences. » Et en s’appuyant sur des ergonomes référencés par la Carsat. « Car l’ergonome n’est pas que celui qui définit la hauteur du bureau, insiste-t-il. Il interroge le travail réel. »

Une subvention prévention TPE doit accompagner ce programme : elle permettra de prendre en charge la majorité de l’intervention de diagnostic et d’élaboration du plan d’action, ainsi qu’une partie de sa mise en œuvre.

Keolis Gironde transporte des voyageurs, en milieu urbain ou sur de longues distances. Cette filiale de la SNCF se doit d’avoir des véhicules parfaitement entretenus, pour la sécurité des voyageurs comme pour celle de ses chauffeurs qui représentent 85 % des salariés de l’entreprise. À Saint Médard-en-Jalles, l’atelier de maintenance suit 180 véhicules. « Nous réalisons 65 % de maintenance préventive et 35 % de curative, explique Patrick Burtin, responsable technique. Un véhicule passe environ une fois par mois entre les mains de nos mécaniciens.

Éviter les pertes de roue

Parmi les éléments sous haute surveillance : les roues. Elles doivent être en parfait état et ne pas risquer de se desserrer. « Chaque année, par véhicule, nous réalisons près de 12 démontages de roues, pour vérifier l’état des pneus, graisser les goujons, contrôler le serrage des écrous. »
« Cette activité, particulièrement sollicitante, expose le mécanicien aux vibrations, aux TMS, aux nuisances sonores », souligne Sara Danjou, responsable HSE. Le mécanicien démonte la roue à l’aide d’une « pêteuse », une visseuse-déboulonneuse de 10 kg. Pour réduire le nombre d’interventions sur la roue et s’assurer que les écrous sont bien serrés (ni trop, ni pas assez), l’entreprise teste un nouveau système, Sécuriveur. Plutôt intéressant, de l’avis de Nicolas Caradec, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. « Nous avons aidé cette entreprise pour qu’elle propose un produit à la fois sûr et ergonomique », explique-t-il. « J’ai réalisé un travail sur l’organisation du travail et l’ergonomie du produit », complète Corinne Faivre, ergonome conseil.

Le produit se présente sous la forme d’un enjoliveur et permet de s’assurer du bon serrage des écrous, sans desserrage possible au cours d’un trajet. « J’ai été, dans un précédent poste, confronté à un accident de la route dû à la perte d’une roue… explique Patrick Perrin. C’est extrêmement dangereux. »

Pour l’heure, vingt bus ont été équipés. La phase de test va se prolonger encore six mois. « Il me faut évaluer les avantages et inconvénients de cet équipement, souligne Patrick Burtin. C’est un équipement haut de gamme, assez cher, mais on intervient moins sur les roues. Cela signifie moins de sollicitations pour les mécaniciens, moins de déplacements à vide des véhicules juste pour un contrôle, et plus de sécurité sur la route. »

« C’est une réponse à un risque, constate Nicolas Caradec. Elle peut faire partie d’une réflexion plus vaste sur le risque routier dans une entreprise. »

CHIFFRES

12 fois par an,
un mécanicien doit démonter les roues de chaque bus ou de chaque car.

Propos recueillis par D. V.

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