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Utilisés massivement par le grand public pour limiter la propagation du Covid-19, masques et gants, potentiellement contaminés, se retrouvent dans les ordures ménagères et la collecte sélective. Un phénomène nouveau qui oblige les entreprises du secteur à s’adapter pour prévenir l’exposition de leurs salariés au risque infectieux qui en découle.

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

DANS LES ETABLISSEMENTS de santé, les gants et les masques potentiellement contaminés par le Sars-CoV-2 suivent un circuit bien spécifique. Considérés à juste titre comme des déchets d’activités de soins à risques infectieux (Dasri), ils sont triés, conditionnés, entreposés, collectés, transportés puis traités par le biais de la filière ad hoc. Celle-ci, soumise à de nombreuses réglementations, permet de protéger les travailleurs tout au long de la chaîne.

 Dans le domaine public, c’est un tout autre schéma qui se dessine. Le contexte actuel de pandémie a conduit à l’utilisation de ces équipements par l’ensemble de la population. Ce phénomène s’est même accentué au moment du déconfinement. Résultat : masques et gants, potentiellement souillés, se retrouvent sous forme de déchets dans les filières classiques des ordures ménagères et de la collecte sélective. Une situation qui expose les salariés du secteur à de possibles contaminations et que nombre d’entreprises ont prise en compte, à l’instar du Syndicat mixte intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères (Smictom) d’Alsace centrale.

Si tel est le cas, le bac n’est pas ramassé et un autocollant de refus y est apposé. « Le particulier est ensuite appelé par l’un de nos ambassadeurs qui lui explique la situation pour éviter que la méprise ne se réitère ». Mi-mai 2020, une centaine de bacs étaient refusés lors de chaque collecte.

« Dans notre centre de tri, un mur constitué de blocs de béton a été monté dans le hall d’arrivée des bacs », décrit Nicolas Pieraut. Les deux espaces ainsi consitués sont remplis et vidés alternativement, permettant de créer des stocks tampons qui attendent 48 heures avant d’être traités. Enfin, si certains de leurs confrères au sein de la filière ont dû ajuster les réglages de leurs lignes de prétri, le dispositif dont bénéficient les membres du Smictom d’Alsace centrale était dimensionné pour éliminer les gants et les masques. « Les mailles de notre trommel, une espèce de tambour de machine à laver géant, sont adaptées pour laisser passer ces déchets. Ces derniers sont dirigés vers la fosse contenant les ordures ménagères qui sont rechargées au grappin dans des semi-remorques et envoyées à l’incinération », explique le dirigeant du syndicat.

Malgré tous ces filtres, certains masques et gants finissent sur le tapis de tri. La consigne est de ne pas y toucher, de les laisser filer. Le convoyeur les entraîne jusqu’à la fosse des ordures ménagères, comme ceux évacués au niveau du trommel. « Il faut, pour finir, souligner, que notre secteur d’activité a l’habitude de prendre en compte le risque biologique, même s’il ne s’agit pas en temps normal d’un virus tel que le Sars-CoV-2, conclut Nicolas Pierault. Nous sommes donc équipés de dispositifs de renouvellement de l’air qui participent à diminuer les risques de contamination, et les salariés portent naturellement gants et lunettes de protection. Des masques sont venus compléter ces habitudes. »

« Après un arrêt de trois semaines, notre activité a repris fin avril, annonce Nicolas Pieraut, le directeur du Smictom. Dès le redémarrage, nous nous sommes efforcés de sensibiliser les habitants des 90 communes dont nous gérons les déchets aux bonnes pratiques à observer pour se débarrasser de leurs masques et gants usagés. » Objectif : éviter que les salariés puissent être en contact direct avec ces déchets.

 Des mesures simples doivent être respectées dans les foyers qui jettent leurs gants et leurs masques dans les ordures ménagères. Par exemple, avant d’être déposés dans les bacs, ceux-ci doivent être conservés 24 heures dans un sac bien fermé qui terminera sa course en incinération sans manipulation directe par les salariés. « Ces consignes ont été publiées dans la presse, sur notre site internet, elles sont relayées sur les réseaux sociaux et diffusées régulièrement sur les ondes d’une radio locale », précise Nicolas Pieraut.

Adapter le centre de tri

La collecte sélective est elle aussi concernée par la recrudescence de déchets possiblement porteurs du coronavirus. Ces simples erreurs commises par les particuliers qui jettent leurs masques ou leurs gants, certainement de bonne foi, dans les bacs jaunes confrontent les équipes à un risque de contamination. « Pour éviter l’exposition de nos valoristes qui séparent les matières sur les convoyeurs, nous avons mis en place une première barrière dès la collecte, poursuit le directeur. Elle consiste en l’ouverture des bacs par nos ripeurs qui regardent, sans fouiller bien entendu, si des gants ou des masques sont visibles ». 

Damien Larroque

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