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L'actualité a récemment mis en lumière les risques encourus par les salariés au contact des poussières de plomb. Potentiellement dangereuses pour la santé, ces poussières se trouvent régulièrement dans des activités professionnelles et exposent les salariés à des risques sanitaires. Le point avec Bruno Courtois, expert en prévention du risque chimique à l’INRS.

© Gaël Kerbaol/INRS

© Gaël Kerbaol/INRS

Travail & Sécurité. Où se trouvent les principales sources d’exposition professionnelle au plomb ?
Bruno Courtois.
Les activités industrielles qui sont réalisées directement avec du plomb ou des alliages contenant du plomb comme les activités de fonderie sont bien évidemment concernées. Mais les situations les plus problématiques sont souvent celles auxquelles sont confrontés des salariés qui ne travaillent pas directement le plomb mais vont y être exposés au cours de certaines de leurs activités. Je veux parler du secteur du bâtiment et plus particulièrement les interventions sur des bâtiments anciens. Dans nombre d’entre eux, on trouve encore des peintures au plomb, des couvertures en plomb mais aussi des canalisations d’eau ou de gaz également en plomb. Les travaux sur ces bâtiments, qu’ils soient de réfection ou de déconstruction, sont sources d’émission de poussières qui peuvent être alors inhalées ou ingérées. Des situations encore trop souvent ignorées par les principaux intéressés. J’ai encore eu l’exemple il y a quelques jours d’un architecte confronté à des couvreurs qui avaient une méconnaissance totale du danger lié au plomb. Dans les travaux publics, également, on rencontre encore des cas d’exposition lors de travaux d’enlèvement de câbles de télécommunication gainés de plomb.

Quels sont les dangers liés à l’exposition au plomb ?
B. C.
Le plomb et ses composés sont classés au niveau européen toxiques pour la reproduction. Ils ont un effet nocif non seulement sur la fertilité mais aussi sur le développement du fœtus. Ils peuvent également être la cause de problèmes rénaux, d’augmentation de la pression artérielle, de troubles digestifs, neurologiques… Il n’existe pas de seuil identifiable de plombémie (concentration du plomb dans le sang) en dessous duquel il n’y a plus d’effet néfaste pour la santé. En revanche, on sait que des effets sont possibles même pour des concentrations inférieures à 100 µg/l de sang. La meilleure prévention doit consister à réduire l’exposition au niveau le plus bas possible. En termes d’inhalation, il a toutefois été établi une valeur limite d’exposition professionnelle de 0,1 mg/m3 d’air.

En présence de plomb, quelles sont les mesures à mettre en œuvre justement pour limiter les expositions des salariés ?
B. C.
Bien sûr la première chose à faire est d’évaluer les risques liés au plomb en se basant notamment, par exemple, sur des mesures de concentration dans les peintures. Il s’agit là d’une tâche qui incombe au maître d’ouvrage, qui doit faire réaliser un repérage du plomb avant les travaux. Ensuite, il est nécessaire de privilégier les techniques d’intervention qui sont les moins émettrices de poussières. Par exemple, la découpe des canalisations au plomb est à effectuer à la cisaille ou à la scie à main. Il faut impérativement proscrire la disqueuse et le chalumeau. Ensuite, il convient d’utiliser des procédés de captage à la source avec des outils équipés de systèmes d’aspiration. En dernier recours, les appareils de protection respiratoire viennent protéger les salariés en complément des mesures de protection collective.

Il ne faut pas perdre de vue non plus que la contamination peut avoir lieu par inhalation mais aussi par ingestion. Il est donc indispensable d’éviter le transfert des poussières afin de ne pas contaminer des lieux tels que les vestiaires ou le réfectoire. L’article R. 4412-156 du Code du travail impose la mise en place, à la sortie d'un chantier, d’une unité de décontamination avec un vestiaire propre et un vestiaire sale, séparés par une douche. Il est aussi vraiment important de réaliser des mesures surfaciques à l’aide de lingettes afin de vérifier la propreté des lieux qui sont réputés sains comme les vestiaires et les lieux de vie et pour s’assurer de la qualité du nettoyage après intervention. Ce nettoyage peut s’effectuer à la fois à l’aide d’un aspirateur adapté et par un lavage humide.

POUR EN SAVOIR PLUS

« Prévenir les expositions professionnelles au plomb », dossier web INRS à retrouver sur www.inrs.fr.

Propos recueillis par Alexis Carlier

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