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L’Anact a publié un état des lieux de la situation de travail des femmes enceintes dans la grande distribution. Il en ressort un manque d’approche globale dans la prévention de la grossesse et un défaut d’information des salariées et des dirigeants sur les mesures à mettre en place. Un constat qui pourrait s’étendre à d’autres secteurs.

L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) a identifié les difficultés à concilier grossesse et activité professionnelle dans le secteur de la grande distribution. Missionnée sur ce sujet par le ministère en charge du Travail en mars dernier à la suite de deux fausses couches survenues sur le lieu de travail, l’agence a présenté cet été une étude intitulée « État des lieux de la situation de travail des femmes enceintes et de ses spécificités dans la grande distribution » . « La réalisation de cet état des lieux a permis de soulever une imparfaite prise en compte de l’état de grossesse des salariées dans les entreprises et ce, au-delà du seul secteur de la grande distribution », constatent les auteurs du rapport. Cette étude a été aussi l’occasion de recenser les bonnes pratiques dans ce secteur.

Le rapport publié par l’Anact se fonde sur les données de la littérature et sur les résultats d’une enquête menée auprès de 76 salariés dans 13 magasins (six enseignes) des régions Hauts-de-France et Nouvelle-Aquitaine, et également auprès de représentants des organisations d’employeurs et de salariés, de services de santé au travail, etc.

L’évaluation des risques dans l’entreprise ne prend généralement pas en compte les situations de travail des femmes enceintes, et « une gestion individuelle des situations, axée sur la suspension du contrat de travail, prime sur une approche globale », constatent les auteurs. Ces retraits anticipés du travail sont davantage liés à une adaptation insuffisante du poste de travail qu’à des pathologies. Les mesures d’aménagements et les changements de poste restent rares.

Un manque d’aménagements des postes de travail

Si la situation s’avère variable suivant les enseignes et les magasins, les salariés et les managers restent insuffisamment informés des risques liés au travail pendant la grossesse et des mesures de prévention à mettre en place. Ils méconnaissent également les droits de la femme enceinte – par exemple, celui de pouvoir demander une visite auprès du médecin du travail afin de s’assurer de la compatibilité des tâches confiées avec l’état de santé de la salariée et mettre en œuvre les éventuelles adaptations de poste nécessaires.

Les médecins du travail auditionnés ont d’ailleurs tous affirmé qu’ils rencontraient très rarement les femmes enceintes sauf au hasard d’une visite périodique. « Le médecin du travail est sollicité souvent en urgence, en dernière mesure et souvent trop tardivement », signale le rapport. Pourtant, la grossesse rend certains travaux plus pénibles, voire dangereux pour la santé de la femme enceinte et de l’enfant à naître. Dans la grande distribution, le port cumulé de charges, les déplacements au sein du magasin et la station debout ou assise prolongée ainsi que certaines postures sont les principales contraintes déclarées comme vécues de manière amplifiée pendant la grossesse. « Les postes de “drive”, de rayons (notamment liquides, épicerie) et de stands de vente spécialisés (boulangerie…) sont de l’avis général les postes jugés les plus difficiles », précisent les auteurs.

Le rôle du soutien managérial à l’annonce de la grossesse est souligné comme décisif pour le maintien dans l’emploi de la salariée, en permettant de réorganiser le travail, voire de procéder à un changement temporaire d’affectation. Si certaines bonnes pratiques ont émergé au cours de l’enquête, comme des entretiens spécifiques ou la distribution d’un livret d’information pour les salariées et les managers, les auteurs estiment qu’elles gagneraient à être généralisées. Ils préconisent également d’intégrer en entreprise une culture de la conciliation grossesse et travail dans l’évaluation et la prévention des risques.

Katia Delaval

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