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Une expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) alerte sur les risques pour la santé des travailleurs exposés à la silice cristalline. En particulier pour ceux exposés à des niveaux supérieurs à la valeur limite d’exposition professionnelle.

© Patrick Delapierre pour l’INRS

© Patrick Delapierre pour l’INRS

En France, 365 000 travailleurs seraient exposés par inhalation à la silice cristalline – en particulier au quartz – et ce dans de très nombreux secteurs d’activité. Dans une expertise sur les risques pour la santé de ces travailleurs publiée fin mai, l’Anses met surtout l’accent sur la situation de certains d’entre eux. De 23 000 à 30 000 seraient en effet exposés au quartz à des niveaux excédant la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) de 0,1 mg/m3 en vigueur en France, et plus de 60 000 à des niveaux excédant la VLEP la plus basse proposée au niveau international, établie à 0,025 mg/m3. De tels niveaux d’exposition concernent en premier lieu le secteur de la construction, mais également la fabrication des produits minéraux non métalliques, la métallurgie et les industries extractives.

La dangerosité de la silice cristalline est connue de longue date. Le lien causal avec la silicose est bien établi. La silice cristalline est classée « cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) depuis 1997. Toutes les études publiées depuis ont confirmé le lien avec le développement du cancer broncho-pulmonaire. Le risque est majoré en présence d’une silicose pulmonaire, mais les études montrent qu’il existe bien indépendamment de celle-ci. L’Agence confirme également « une association significative entre une exposition à la silice cristalline et le risque de développer une maladie auto-immune comme la sclérodermie systémique, le lupus érythémateux systémique ou la polyarthrite rhumatoïde ».

L’exposition à la silice cristalline augmente le risque de développer certaines pathologies respiratoires non malignes telles que la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’emphysème ou la tuberculose. Enfin, les experts font état d’une association entre l’exposition à la silice cristalline et le risque de pathologie rénale ou de pneumopathie infiltrante diffuse de type fibrose pulmonaire idiopathique, sans que les données actuelles puissent précisément l’expliquer.

Agir sur les procédés

Dans ce contexte, l’Anses émet plusieurs recommandations pour renforcer la prévention des expositions professionnelles et la surveillance médicale. Elle rappelle la nécessité d’appliquer les mesures définies par le Code du travail concernant la protection des travailleurs contre les risques liés à l’exposition à des agents cancérogènes ou mutagènes au travail. « Dans de nombreux cas, la silice cristalline, présente dans des produits naturels, est difficilement substituable, souligne Bruno Courtois, ingénieur chimiste à l’INRS. Des mesures doivent donc être adoptées pour limiter les expositions au niveau le plus bas, en agissant sur les procédés, en réalisant certains travaux dans des systèmes clos, en améliorant le captage à la source, en abattant les poussières avec de l’eau… Ces dernières années, les moyens de prévention se sont améliorés, notamment dans le BTP. Malgré tout, les niveaux d’exposition, pour certaines tâches, restent élevés. »

L’Agence recommande par ailleurs de transposer rapidement en droit français la directive européenne 1  qui introduit depuis 2017, dans la liste des procédés cancérogènes,  « les travaux exposant à la poussière de silice cristalline alvéolaire issue de procédés de travail ». Une révision des VLEP pour la silice cristalline, jugée insuffisamment protectrice, est également préconisée, sans distinction entre les différentes formes.

Enfin, en termes de surveillance médicale, l’Anses recommande des évolutions du diagnostic et du dépistage de certaines pathologies (silicose, tuberculose, pathologies rénales…) pour des sujets exposés ou ayant été exposés professionnellement à la silice cristalline, ainsi qu’une révision des tableaux de maladies professionnelles en lien avec la silice cristalline.

Grégory Brasseur

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