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La production et l’utilisation des nanomatériaux manufacturés génèrent de plus en plus de nanodéchets. Des mesures de protection s’imposent dans la gestion de ces déchets afin d’éviter l’exposition de salariés. Explications avec Myriam Ricaud, expert d’assistance-conseil à l’INRS.

Travail & Sécurité. D’où proviennent les nanodéchets ?
Myriam Ricaud.
Les entreprises qui fabriquent des nanomatériaux manu­facturés, comme celles qui les utilisent, produisent des nanodéchets. Au-delà de la phase de production en elle-même, le nettoyage, l’entretien et la maintenance de leurs installations et équipements en sont également pourvoyeurs. Ces déchets de nanomatériaux peuvent être classés en deux catégories. La première se compose de matrices – plastique, béton ou métal, par exemple – qui emprisonnent des nanoma­tériaux et ne les réémettent pas spon­tanément dans l’atmosphère. La seconde catégorie est celle des déchets contenant des nanomatériaux qui peuvent être qualifiés de « libres », à savoir par exemple des poudres, qu’il s’agisse de produits ne répondant pas aux critères de qualité exigés, de résidus, d’échantillons ou de surproductions, mais également les emballages souillés, les filtres de ventilation, les liquides de nettoyage, les sacs des aspirateurs, les équipements de protection respiratoire et cutanée jetables ou même les installations ou équipements démantelés.

Quels sont les risques pour les salariés ?
M. R.
Les connaissances sur la toxicité des nanomatériaux manufacturés sont parcellaires. Néanmoins, les résultats de certaines études tendent à montrer que leur toxicité est souvent plus grande que celle des matériaux de taille supérieure et de même nature chimique. Le noir de carbone et certains nanotubes de carbone sont pour leur part d’ores et déjà classés  cancérogènes de catégorie 2B par le Circ (Centre international de recherche sur le cancer). Et le dioxyde de titane, classé 2B par le Circ également, pourrait prochainement être classé cancérogène de catégorie 2 par inhalation par l’Union européenne.

Y a-t-il une réglementation particulière ?
M. R.
Non, ils ne font pas l’objet d’un traitement réglementaire spécifique. L’approche habituelle de classement des déchets s’applique aux nanodéchets. Tout producteur ou, à défaut, tout détenteur de déchets de nanomatériaux est tenu de caractériser et de classer ses nanodéchets et en particulier de déterminer s’il s’agit de déchets dangereux. De plus, dès lors qu’un déchet d’une substance est déjà classé comme déchet dangereux, le déchet de la même substance sous la forme nanométrique doit également être classé comme déchet dangereux. Enfin, il est fortement recommandé de considérer et de traiter les déchets de nanomatériaux « libres » comme des déchets dangereux.

Quelles sont les bonnes pratiques ?
M. R.
Tout d’abord, on l’aura compris, le producteur doit collecter, trier, stocker, emballer de manière hermétique et étiqueter ses nanodéchets. Le transporteur ensuite doit veiller à l’intégrité des emballages et à la traçabilité de son chargement. Si le transit des nanodéchets par un centre de tri et de regroupement ne peut être évité, il convient de proscrire le déconditionnement et le reconditionnement. Dans les entreprises de traitement des déchets (par enfouissement ou incinération), la mise en place d’une organisation permettant de réceptionner les nanodéchets à des horaires spécifiques et d’interdire l’accès aux zones de déchargement au personnel non autorisé sont des points à retenir. Lors des opérations de chargement et de déchargement des nanodéchets, il est recommandé d’utiliser un engin de manutention équipé d’une cabine en légère surpression et d’un dispositif de filtration de l’air entrant à très haute efficacité. Enfin, dans le cas du recyclage, nous retombons sur les principes de prévention des entreprises utilisatrices de nanomatériaux : captage à la source, filtration de l’air, équipements de protection individuelle…

EN SAVOIR PLUS

De la production au traitement des déchets de nanomatériaux manufacturés, INRS, ED 6331
À télécharger sur www.inrs.fr

Damien Larroque

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