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En mars 2018, l’agence fédérale américaine pour la prévention des risques professionnels (Osha) a publié un bulletin d’alerte sur les risques de surdité encourus par les salariés en cas d’exposition à des produits chimiques et lors de coexpositions avec du bruit.

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

Certaines substances chimiques présentes en milieu professionnel présentent un caractère ototoxique. Elles peuvent mettre en danger l’audition des travailleurs, qu’ils soient ou non exposés au bruit. L’agence fédérale américaine pour la prévention des risques professionnels, l’Osha (Occupational Safety and Health Administration) a publié en mars dernier un bulletin d’alerte reconnaissant ce type de danger. Elle rappelle que le risque de voir s’installer un déficit auditif, temporaire ou permanent, est accru en cas de coexpositions avec des bruits d’intensité élevée, en particulier lorsque ces derniers sont impulsionnels.

« C’est un grand pas en avant, affirme Pierre Campo, qui a conduit de nombreuses études sur l’ototoxicité et les multi-expositions à l’INRS. Aujourd’hui encore, la notion d’ototoxicité n’est pas clairement reconnue par la réglementation européenne, ni française. Dans son bulletin, l’Osha précise qu’une exposition nocive à des agents ototoxiques peut survenir par inhalation, ingestion ou même par absorption cutanée. »

De très nombreuses activités concernées

Parmi les agents ototoxiques cités, on retrouve des médicaments (antibiotiques, anticancéreux, diurétiques…), des solvants aromatiques, soufrés et chlorés (toluène, styrène, disulfure de carbone, trichloroéthylène…), certains gaz asphyxiants (monoxyde de carbone, cyanure d’hydrogène…), des nitriles ou encore des composés métalliques déjà connus pour leur neurotoxicité. Les filières professionnelles concernées par des coexpositions bruit-agents ototoxiques sont nombreuses : la métallurgie, la chimie, le textile, l’industrie du papier, l’imprimerie, la construction navale de plaisance, les équipements électriques… mais également l’exploitation minière, la construction et l’agriculture. « Si les effets sur la santé varient en fonction de l’intensité et de la durée de  l’exposition au bruit, ils dépendent également de l’exposition à d’autres nuisances et de facteurs individuels comme l’âge », reprend Pierre Campo.

Il est de la responsabilité de l’employeur de fournir des informations sur la santé et la sécurité ainsi qu’une formation adaptée aux travailleurs qui seraient exposés à ces produits. Des tests audiométriques fréquents sont recommandés en cas de coexpositions, même si les niveaux d’exposition au bruit sont en dessous des niveaux autorisés. La démarche de prévention à mettre en œuvre doit donner la priorité à la suppression ou la substitution des agents ototoxiques, par des produits moins dangereux et, lorsque ce n’est pas possible, aux mesures de prévention collectives (isolation, ventilation…). Enfin, les protections individuelles doivent être adaptées au bruit et aux ototoxiques. Le port de masques et de gants est recommandé dans certaines situations.

Grégory Brasseur

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