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Le chantier de construction d’un gazoduc entre Dunkerque et Fos-sur-mer est une excellente opportunité pour effectuer des mesures de dégagements de polluants émis au cours des différentes opérations réalisées sur les canalisations. Une occasion saisie par le laboratoire interrégional de chimie de l’Est.

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

Depuis quelques mois, tel un terrier de taupe géante, un large sillon de terre retournée traverse la campagne haut-marnaise sur plusieurs dizaines de kilomètres. Sur la commune de Voisines en particulier, le chantier de construction du gazoduc de GRT Gaz est en pleine activité. Le lot 5 du chantier national, qui reliera à terme Dunkerque à Fos-sur-Mer, couvre le tronçon de Voisines à Vérones sur 43 kilomètres. « Un tel chantier, par sa nature et ses dimensions, est rare en France, observe Éric Sublon, contrôleur de sécurité au laboratoire interrégional de chimie de l’Est (Lice). Il nous a paru intéressant de profiter de son passage dans notre région pour réaliser une série de mesures atmosphériques de polluants. »

Le contrôleur de sécurité du Lice a ainsi réalisé depuis mai dernier deux campagnes de mesures sur les salariés du groupement d’entreprises Spiecapag et A. Hak. Une troisième est prévue prochainement en Bourgogne-Franche-Comté. Deux objectifs sont visés : le premier est d’évaluer, lors des opérations de sablage visant à décaper la surface des canalisations, l’éventuelle exposition des opérateurs aux poussières de silice cristalline et de métaux (fer, cuivre, nickel, manganèse…) ; le second est de caractériser les substances émises par dégradation thermique pendant la phase d’enrobage des canalisations. « Sur ce point, on part de zéro. Nous allons utiliser des supports de prélèvements nommés “multibeds” ainsi qu’une technique d’analyse (1) permettant de qualifier un large panel de polluants (composés organiques volatiles) recueillis sur ces supports », commente-t-il.

Des mesures exploratoires

« Selon les tronçons, les entreprises intervenantes ne sont pas les mêmes, présente Régis Fenard, contrôleur de sécurité à l’antenne de Haute-Marne de la Carsat Nord-Est. Si les procédés mis en œuvre sont les mêmes, les modes opératoires et l’organisation de chaque entreprise peuvent varier. Nous sommes là sur une démarche exploratoire qui intéresse les entreprises participantes car à partir des informations recueillies, elles pourront compléter leur document unique d’évaluation des risques. »

Une première campagne de mesures a été réalisée lors d’opérations de soudage. La seconde a permis de suivre des salariés sur les activités d’enrobage de canalisation : décapage, chauffage, enduit des parties décapées de résine époxy, dépose d’élastomère puis chauffage et marouflage. « Qui dit chauffe dit dégradation possible de l’élastomère, explique Éric Sublon. En identifiant les substances potentiellement nocives dégagées, cela nous donnera des informations pour orienter les entreprises vers les protections les plus adéquates ». Résultats attendus dans les prochaines semaines.

(1). Désorption thermique couplée à une analyse par chromatographie en phase gazeuse avec une détection en spectrométrie de masse.

Céline Ravallec

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