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Chaque jour, pas loin de 30 000 personnes travaillent dans les enceintes souterraines des métros de grandes villes. Elles y sont exposées à des polluants atmosphériques divers et dans des concentrations variées dont certains, notamment à Paris, pourraient présenter des risques pour la santé. Le point avec Bruno Courtois, expert à l’INRS.

Récemment, un syndicat s’alarmait de la qualité de l’air dans le métro, parisien notamment. À quels types de polluants peuvent être exposées les personnes travaillant dans le métro ?
Bruno Courtois
, chimiste à l’INRS. Il faut distinguer les personnes travaillant lors de l’exploitation des lignes et celles qui réalisent l’entretien des installations lorsque le métro est fermé. Pour ce qui est de l’exploitation, les personnes sont principalement exposées à des particules provenant de l’usure de certains composants provoquée par des frottements dus au freinage, au contact roues-rails et au système d’alimentation électrique des rames.

Lors des travaux d’entretien, les personnes sont exposées à des polluants produits par leurs activités (fumées de soudage, silices cristallines…).

Qui sont les personnes concernées, dans le cadre de leur travail ?
B. C.
Ce sont toutes les personnes réalisant tout ou partie de leur travail dans les enceintes souterraines du métro ou plus généralement des transports ferroviaires. Dans une étude publiée en 2015, l’Anses évalue leur nombre à environ 28 000 personnes en France dont 26 000 en Ile-de-France.

Il s’agit de conducteurs de métro ou de RER, d’agents chargés de différentes missions (contrôle, propreté des stations, sécurité…), d’agents chargés de la maintenance des infrastructures et des équipements mais également de personnel de commerces.

Ces personnes font partie de la RATP, de la SNCF ou d’autres entreprises, intervenant pour le compte de celles-ci.

Quelles sont les valeurs limites d’exposition professionnelle qui peuvent s’appliquer ?
B. C.
Les principales limites concernent les poussières et leur fraction alvéolaire (fraction fine pouvant atteindre les alvéoles pulmonaires). Elles sont fixées à respectivement 10 et 5 mg/m3 par l’article R. 4222-10 du Code de travail et sont à respecter en moyenne sur 8 heures.

Actuellement, l’Anses a en cours une expertise pour faire une proposition de nouvelles valeurs pour les poussières. Celles-ci devraient être abaissées par rapport aux valeurs actuelles. Ces futures valeurs comme les actuelles ont pour objectif de protéger la santé des travailleurs adultes exposés pendant la durée de leur travail. Elles devraient rester plus élevées que les valeurs recommandées par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour les PM 10 (Particules de diamètre inférieur à 10 µm) de 20 µg/m3 en moyenne annuelle et 50 µg/m3 en moyenne sur 24 h ; ces valeurs étant destinées à protéger la population générale qui comprend des personnes plus fragiles exposée 24 h sur 24 sur toute la vie.

D’autres valeurs limites d’exposition professionnelle peuvent s’appliquer pour des travaux particuliers, comme ceux à l’origine de poussières de silice cristalline.

Existe-t-il des mesures de prévention pour limiter l’exposition à ces polluants ?
B. C.
Les mesures de prévention qui peuvent être mises en œuvre doivent viser par ordre de priorité à :

  • • limiter les émissions de particules par des solutions techniques, qui peuvent être par exemple l’utilisation du freinage électrodynamique, en choisissant des matériaux de friction moins émissifs, en allégeant les matériels roulants…
  • • mettre en place des moyens de prévention collectifs lorsque cela est possible, comme en équipant certains locaux de moyens de ventilation permettant de les alimenter en air provenant de l’extérieur et de les maintenir en surpression par rapport au reste du réseau souterrain ou en équipant les cabines des conducteurs de métro de systèmes de filtration de l’air.

Lors de la réalisation de travaux, il est possible de mettre en place des moyens spécifiques comme la suppression des moteurs diesel et l’utilisation de moyens de prévention collectifs tels que le captage à la source de poussières ou de fumées de soudage.

LE CHIFFRE

5

ordonnances ont été publiées au Journal Officiel du 23 septembre 2017. Une vingtaine de décrets d’application sont attendus d’ici au 31 décembre 2017.

Propos recueillis par Delphine Vaudoux

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