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Le 22 novembre dernier se sont tenues à Nantes les rencontres nationales sur le travail en journée dans les métiers de la propreté. L’occasion de faire un point dix ans après le lancement des premières expérimentations en entreprise sur le sujet.

© Valérie Couteron pour l’INRS

Dix ans. Il y a dix ans que les premières expérimentations sur le nettoyage des locaux en journée ont été lancées. Dix ans après, quel bilan peut être tiré par les entreprises – utilisatrices et extérieures – ayant opté pour cette formule ? Les rencontres nationales sur le travail en journée dans le secteur de la propreté qui se sont tenues le 22 novembre dernier à Nantes ont été l’occasion de dresser un état des lieux des bénéfices et inconvénients à choisir une telle organisation.

Salariés, entreprises prestataires, collectivités territoriales utilisatrices ont présenté leurs témoignages et leurs expériences. « Il y a dix ans, dans les syndicats, on ne parlait pas de travail en journée, alors qu’aujourd’hui ça sonne comme une évidence, a déclaré Vincent Fischer, vice-président de la Fédération des entreprises de la propreté et services associés (FEP). On y voit les intérêts pour le client, pour l’entreprise et pour les salariés. »

Encore majoritaire dans le secteur, le travail de nuit est synonyme d’isolement, d’invisibilité, d’insécurité parfois, de distance avec la famille du fait des horaires fractionnés. Le passage en journée a pour premier effet de mettre en contact agents de nettoyage et salariés des entreprises clientes, de transformer la relation en instaurant une plus grande reconnaissance. Le travail de nuit, dépersonnalisé, s’humanise en journée. Les échanges directs aident à mieux identifier les besoins des clients. La qualité des prestations s’en trouve améliorée.

De la nuit au jour, de l’ombre à la lumière

Ce changement d’organisation se traduit d’autre part très souvent par une augmentation du temps de travail, jusqu’à 5 à 6 heures par semaine et par salarié. En réduisant les horaires fractionnés, le travail en journée rend possible le travail à temps plein. Il procure également plus de temps passé en famille. Une récente enquête (1) a montré un niveau de satisfaction très élevé sur le travail en journée tant de la part des donneurs d’ordre (95 %) que des entreprises de propreté (92 %). « Les bénéfices sont durs à quantifier, mais depuis notre passage en journée, il n’y a plus jamais eu de pénalités », a constaté Laurence Souhil, directrice des moyens généraux à Rennes Métropole.

Une telle démarche s’inscrit néanmoins dans un temps long, car certains freins demeurent. Un tel changement ne s’improvise pas. Il ne s’agit pas juste d’un décalage des horaires, mais d’une véritable réorganisation. Des résistances au changement peuvent se faire jour. Car en premier lieu, les agents changent de posture : ils représentent leur société et occupent désormais plus un rôle de commercial. Cette évolution nécessite un accompagnement par l’encadrement, dont les fonctions deviennent centrales. Certains agents refusent d’ailleurs de passer au travail en journée : manquant d’assurance, complexés, ils préfèrent ne pas travailler devant le client. « Le travail en journée n’est jamais imposé », a précisé Wesley Gaillard, chef d’établissement chez GSF Celtus.

Pour que cette évolution soit couronnée de succès, les donneurs d’ordre doivent aussi jouer leur rôle en informant leurs équipes en amont des changements dans les horaires d’intervention du personnel de ménage. « Le passage en journée ne fait pas faire d’économies, mais c’est un investissement qui fidélise le personnel et réduit l’absentéisme », complète Wesley Gaillard. « Outre les bénéfices pour les agents, le travail en journée apporte de réels avantages sur le plan technique pour l’entreprise intervenante », a témoigné un autre responsable d’entreprise de propreté à travers un film projeté lors des rencontres nationales du 22 novembre dernier.

(1) Enquête réalisée par téléphone en septembre 2017 auprès de 100 entreprises de propreté et 68 clients.

LE CHIFFRE

40 %

de l’activité de nettoyage se fait dans les bureaux, principalement en horaires décalés. C’est le nettoyage des immeubles et des équipements de santé qui se fait majoritairement en journée.

Céline Ravallec

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