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L’Assurance maladie lance le 6 novembre prochain le volet entreprises de sa campagne sur les lombalgies. Professeur en médecine et santé au travail au CHU d’Angers, Audrey Petit revient sur le suje, et le lien qui peut être fait avec le travail.

© Guillaume J. Plisson pour l’INRS

© Guillaume J. Plisson pour l’INRS

Travail & Sécurité. Qu’est-ce qu’une lombalgie ?
Audrey Petit 
  La lombalgie est un symptôme et non une maladie. C’est une douleur de la région lombaire. On peut classer les lombalgies en deux catégories : les lombalgies dites communes (80 à 90 % des cas) qui n’ont pas de cause spécifique, et les lombalgies dites secondaires derrière lesquelles se cache une maladie de type infection, cancer, rhumatisme inflammatoire… En fonction de sa durée, on parle de lombalgie aiguë (quatre à six semaines), subaiguë (jusqu’à trois mois) et chronique (plus de trois mois). Les lombalgies  ont la capacité de pouvoir récidiver.

Avez-vous des chiffres ?
A.P.  >
Oui, la lombalgie est responsable de 30 % des arrêts de travail de plus de six mois, c’est le troisième motif de reconnaissance d’une invalidité et, surtout, la première cause d’exclusion du travail avant 45 ans.

Y a-t-il des métiers, des secteurs plus exposés ?
A. P.  >
Aucun métier ni secteur d’activité n’est épargné. La lombalgie est ubiquitaire. Cependant, on en rencontre davantage dans les métiers qui exposent aux manutentions manuelles de charges lourdes et aux vibrations. Donc dans les métiers du BTP, du transport et de la logistique, et de l’aide et des soins à la personne. Il existe cependant une corrélation entre la nombre des lombalgies par accident du travail et la taille de l’entreprise. En effet, les données de sinistralité de 2016 mettent en évidence une fréquence plus élevée des lombalgies dans les entreprises employant 20 à 200 salariés par rapport aux entreprises qui emploient moins de 20 ou plus de 200 salariés.

Qui diagnostique les lombalgies ?
A. P.  >
La plupart du temps, c’est le médecin traitant. C’est d’ailleurs le deuxième motif de consultation en médecine générale. Consultations qui aboutissent à la prescription d’un arrêt de travail dans un cas sur cinq.

Le lien est-il fréquemment fait avec le travail ?
A. P.  >
Oui, la question du métier est de plus en plus souvent prise en compte et notamment quand il s’agit de prescrire un arrêt maladie ou une déclaration en d’accident du travail. Même si la cause de la lombalgie, on le sait, est multifactorielle.

Comment éviter la survenue d’une lombalgie ?
A. P.  >
Il n’y a pas de recette miracle. On peut cependant avancer que la sédentarité, le surpoids et une mauvaise hygiène de vie (tabac…) sont les ennemis du dos. Après, quand survient la lombalgie, on se fait vite une idée catastrophique de la situation et on va chercher à rester au repos, ce qu’il est préférable d’éviter. Si elle est nécessaire au début de l’épisode, la période de repos doit être la plus courte possible et l’arrêt de travail initial ne pas excéder 3 à 5 jours, à l’issue de laquelle le patient est réévalué par son médecin.

Est-il facile de revenir au travail après une lombalgie ?
A. P.  >
Il est recommandé de revenir le plus tôt possible au travail après un épisode de lombalgie, d’abord parce que le retour au travail précoce améliore le pronostic et, ensuite, parce que les chances de retour au travail diminuent à mesure que l’arrêt s’allonge (50 % après six mois d’arrêt et quasi nulles après deux ans). Cependant, dans les cas de lombalgie chronique ou récidivante, il est nécessaire d’anticiper le retour au travail et de prévoir, dans la mesure du possible, des aménagements du poste (aides à la manutention par exemple), du temps de travail (reprise à temps partiel thérapeutique par exemple) et de l’organisation du travail (rotation des tâches, aménagement de pauses…). C’est le but de la visite de préreprise et de reprise auprès du médecin du travail. Tout doit être mis en œuvre pour un retour au travail « réussi » et la coordination entre médecin de soins, médecin du travail, et le médecin conseil est indispensable.

EN SAVOIR PLUS

La campagne lombalgie www.inrs.fr/lombalgie

Propos recueillis par D.V.

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