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Les accidents de la route sont la première cause de mortalité au travail et la somnolence est souvent impliquée. Lors d’une rencontre organisée par l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) et la fondation Vinci Autoroutes, les actions touchant aux organisations du travail ont été envisagées.

© Gaël Kerbaol / INRS

Placer la somnolence au volant au cœur des débats… et de la prévention en entreprise. Telle est la volonté l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) et de la Fondation Vinci Autoroutes, qui réunissaient le 11 janvier dernier des spécialistes du sommeil, de la route et de la prévention en entreprise. En 2015, 483 personnes ont perdu la vie sur la route dans un déplacement lié à l’activité professionnelle et 4 520 ont été hospitalisées à la suite d’un accident sur le trajet domicile-travail ou au cours d’une mission.

« 45 % des conducteurs interrogés lors d’une enquête récente indiquent s’être déjà sentis fatigués au volant et avoir malgré tout continué à conduire. 30 % ont par ailleurs déjà eu l’impression de s’être assoupis au volant quelques secondes », affirme Bernadette Moreau, déléguée générale de la Fondation Vinci Autoroutes. « 30 % des jeunes actifs dorment moins de 6 heures par 24 heures en semaine, ce qui multiplie le risque d’accident de la route, sans parler des conséquences pour la santé », souligne pour sa part Damien Léger, responsable du Centre du sommeil et de la vigilance à l’AP-HP Hôtel-Dieu.

Le manque de sommeil, certains médicaments, l’alcool favorisent la somnolence. Mais certaines causes trouvent également leur source dans l’organisation même du travail (horaires atypiques, travail dans l’urgence…). Une réflexion s’impose donc au niveau des acteurs de l’entreprise pour éviter de créer des conditions propices au risque. Elle doit s’appuyer sur l’évaluation des risques liés à l’activité. Invitées à témoigner, deux entreprises sont revenues sur les difficultés qu’elles ont pu rencontrer.

Éviter la discordance de message

« On touche à des facteurs personnels. Avant d’engager notre démarche de prévention, nous avons mené une campagne de sensibilisation auprès des salariés avec l’aide d’un organisme extérieur. Aujourd’hui, le tabou est tombé. Aussi bien chez les ouvriers affectés aux chantiers que chez les encadrants », explique Élodie Rosa-Pivet, responsable qualité, prévention, environnement chez ETF, spécialiste de la construction et de la maintenance d’installations ferroviaires. Elle insiste sur la notion de dialogue pluridisciplinaire, associant l’ensemble des acteurs de l’entreprise, incluant le médecin du travail, afin « d’éviter toute discordance dans le message. »

« Depuis 2013, nous avons mis en place un plan d’action et des solutions en termes d’organisation du travail qui impliquent nos chauffeurs mais également le personnel sédentaire, décrit à son tour James Byzery, responsable sécurité et formation chez Salesky Transports, transporteur frigorifique. La façon dont on communique avec les chauffeurs doit permettre d’éviter les situations de stress ou de travail dans l’urgence, qui peuvent engendrer de la fatigue. Pour le confort des personnels roulants justement, nous avons mis à la disposition de ces derniers des chambres à coucher sur l’ensemble de nos sites. Nos clients sont également informés de notre politique de prévention du risque routier. » Un travail de longue haleine, grâce auquel il a vu les perceptions évoluer : « Il y a trois ans, s’accorder une pause était perçu comme une honte par les chauffeurs. Aujourd’hui, c’est normal. »

En savoir plus : Dossier paru dans Hygiène & Sécurité du Travail : « Maintenir la vigilance au volant : un enjeu vital ». À télécharger sur www.hst.fr.

Grégory Brasseur

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