ACTUALITÉS

Avec l'apparition des premiers cas de Covid-19 en France, en janvier dernier, et la mise en place, à partir du 17 mars, du confinement de la population décidé par les autorités, la vie des entreprises a été largement bousculée.
Comment poursuivre l'activité en garantissant la protection de la santé des salariés et éviter la propagation de la maladie ? Télétravail, chômage partiel, réorganisation des flux, port d'EPI, changements de rythme, nettoyage ou désinfection répétés des locaux et ateliers… des entreprises ont dû redoubler d'imagination pour s'adapter à la situation.

Repères

Les témoignages qui suivent ont été recueillis par la rédaction de Travail & Sécurité, entre le
3 et le 21 avril, par téléphone. Ils ont uniquement pour vocation d'apporter des éclairages pratiques, émanant du terrain.

 

► HÔPITAL

Jean-Philippe Sabathé, responsable du département de la prévention des risques professionnels au groupement hospitalier Paris Saint-Joseph (GHPSJ). Le GHPSJ compte
3 500 salariés sur deux sites.

« L’épidémie de Covid-19 a très vite mobilisé la plus grande partie de l’établissement. Nous fonctionnons comme toute autre entreprise. On se réajuste en permanence, par rapport à nos contraintes matérielles et humaines, en nous adaptant constamment. À l’activation du plan blanc, une cellule de crise a immédiatement été mise en place par la direction. Elle communique tous les jours par mail, avec un compte-rendu détaillé de la situation : statistiques diverses, suivi… Cette communication est très importante dans le quotidien des équipes.

Une infirmière du service des urgences prodigue des soins à un patient atteint du Covid. (21 avril 2020)

Une infirmière du service des urgences prodigue des soins à un patient atteint du Covid. (21 avril 2020)

Avant le début de la crise sanitaire, nous avions 12 lits en réanimation. En quelques jours, pour répondre aux demandes de l’ARS, le GHPSJ a porté sa capacité à 39 lits de réanimation et réservé 270 lits pour la prise en charge des cas de Covid, en réorganisant tous les services : les unités de soins intensifs, les plateaux techniques… Des salles de réveil ont été transformées en réanimation pour des patients non Covid. Cela a impliqué une réorganisation totale de tout l’espace et modifié tous nos repères. Les services ont tous changé de place ou temporairement disparu. Il n’y a par exemple plus qu’un seul service de chirurgie, avec toutes les spécialités. Seule la maternité est restée en place. C’est pourquoi on réalise une cartographie quotidienne de l’établissement pour permettre de localiser les services.

Les urgences ont aussi été réorganisées, en deux flux : un Covid et un non-Covid. Les prises en charge se font ensuite dans des locaux séparés. On se préoccupe de limiter les croisements de flux, mais ce n’est pas toujours simple avec les locaux tels qu’ils sont conçus.

Le plus compliqué a été d’organiser l’activité au niveau de la réanimation. Il a fallu trouver les compétences, en réaffecter certaines. Des tutorats se sont mis sur pied entre des infirmières seniors et celles qui avaient travaillé en réa mais changé de service ensuite. Les infirmières qui partaient de zéro sur la discipline ont été positionnées sur des postes d’aides-soignantes afin de maintenir un niveau de compétences global. Les médecins se sont mis à disposition, ont refait des soins, des astreintes ont été organisées. Tout le monde s’est mobilisé.

Notre service stérilisation s’est organisé pour fabriquer des masques à partir de textiles de pyjamas.

Concernant la prévention des risques pour le personnel, ça a été très tendu au départ : nous avions des stocks de masques chirurgicaux et de solutions hydroalcooliques pour moins d’une semaine. Nous avons néanmoins toujours pu fournir des masques chirurgicaux ou FFP2. Les parents pauvres dans les premiers temps étaient les personnels des services supports (administration, logistique…). Quand le travail à distance était possible, il a été organisé.

Créativité

Notre service stérilisation s’est organisé pour fabriquer des masques à partir de textiles de pyjamas. Cela a permis une dotation de 1 000 masques par semaine pour le personnel non soignant et les patients. La créativité est largement développée par tous dans cette période ! Début avril, nous avions plus d’un mois de stock de matériel. Comme dans les autres établissements hospitaliers, la tension a duré sur la fourniture des surblouses.

Les actions de prévention en cours au sein de l’établissement ont été utiles : le port de lunettes de protection est désormais adopté et appliqué par tous! Le travail de sensibilisation qui était déjà mené ici pour rendre obligatoire le port des lunettes afin de prévenir le risque d’accident par exposition au sang (AES) paye. Les AES par projection ont d’ailleurs quasiment disparu. Et notre positionnement de longue date en matière de manutentions des patients, en particulier la mise en décubitus ventral à l’aide de draps de glisse pour les personnes en détresse respiratoire aiguë, a été conforté.

Globalement, les moyens de prévention sont à disposition, le personnel est accompagné, les consignes respectées. Néanmoins, des recadrages sont nécessaires pour ne pas se relâcher. Des minutes sécurité, habituellement hebdomadaires, sont instaurées maintenant quotidiennement dans les services sensibles. Nous vivons une situation exceptionnelle qui marque les équipes. C’est pourquoi une cellule de soutien et d’accompagnement a aussi été mise en place. Il s’agit d’une équipe pluridisciplinaire mobile qui se rend là où des demandes sont exprimées. Ça va laisser des traces durables à tous les niveaux. » 

Propos recueillis par C. R.

 

► PROPRETÉ

Yannick Foliard, dirigeant d’Abc net, PME rennaise spécialisée dans le nettoyage de bureaux, de copropriétés, de cabinets d’avocats ou encore de cabinets médicaux

« Face à la pandémie de Covid-19, nous avons dû adapter l’organisation pour poursuivre partiellement l’activité en assurant la sécurité des salariés. Depuis toujours, nous sommes engagés pour le travail en journée et en continu. La traditionnelle rencontre des équipes à 6 h dans les locaux de l’entreprise, pour préparer et charger les véhicules, était un moment fort de notre organisation. Règles de distanciation obligent, les passages ont été échelonnés entre 6 h 45 et 8 h 45 afin que personne ne se croise, chacun repartant seul – et non plus en binôme – rejoindre son chantier. Au plus fort de la crise, 50 % des chantiers et 95 % de l’activité dans les bureaux étaient à l’arrêt. Et seul un quart de l’effectif, soit une quinzaine de personnes, toujours en activité.

Une salariée SNCF propreté nettoie la gare de Lyon, à Paris, deserte. Elle porte un masque de protection et des gants. (31 mars 2020)

Une salariée SNCF propreté nettoie la gare de Lyon, à Paris, deserte. Elle porte un masque de protection et des gants. (31 mars 2020)

Nous avons bien sûr mis à jour le document unique, signé par tous les agents, leur rappelant les gestes barrières, le protocole de lavage des mains, certaines consignes de sécurité à respecter sur les sites, comme par exemple ne pas monter dans un ascenseur lorsqu’il est occupé par un usager. Chez nos clients, un affichage rappelle les actions menées et invite au respect des règles de distanciation en présence des agents. Avec les syndics de copropriété, des organisations spécifiques sont négociées sur des points sensibles, comme l’accès aux locaux des poubelles.

Des stocks de masques insuffisants

En ce qui concerne les quelques chantiers de bureaux poursuivis, les prestations demandées concernent essentiellement la désinfection des points de contact, au niveau des ascenseurs, des poignées de porte, ou encore des sanitaires, partout où l’on imagine que des personnes ont posé leurs mains. Matin et soir, j’assure moi-même la désinfection des points de contact de nos locaux, pour les personnes qui ne sont pas en télétravail. Quelques rares chantiers en binôme sont restés ouverts, avec de nouvelles règles. Il a notamment été demandé aux agents de ne pas intervenir au même endroit au même moment, mais par exemple, chacun à un étage.

Nous nous sommes soudés, malgré les appréhensions bien compréhensibles de certains.

Pour le lavage du linge (chiffons, microfibres, franges…), tout est fait à 95 degrés et non plus 60 degrés. Nous avons fourni gants, gels hydroalcooliques et solutions de savon liquide en nombre… Mais en ce qui concerne les masques, les stocks étaient insuffisants. La Fédération des entreprises de propreté (Fep) nous a orientés vers une entreprise nantaise, Royal Mer, à qui nous avons acheté des masques en coton. Nous en avons distribué 4 par personne, en donnant les instructions d’entretien, et en leur laissant le soin de les laver eux-mêmes, ce qui rassurait les salariés. 

La Fep nous a également mis en contact avec l’entreprise Soreal, basée en Ille-et-Vilaine. Spécialisée dans la fabrication de sauces pour la restauration rapide, elle a dû un temps interrompre son activité. Disposant d’un stock de flacons et d’une ligne de production, elle s’est associée à deux industriels bretons, Socomore et Hamiform, pour produire… du gel hydroalcoolique !

Une forme de solidarité est née. En interne, nous avons eu une grande qualité d’échanges avec les collaborateurs. Nous nous sommes soudés, malgré les appréhensions bien compréhensibles de certains. Les salariés ont fait preuve d’un dynamisme remarquable dans cette période économiquement dramatique et compliquée sur le plan humain. Au fil des réouvertures, avec le retour des salariés en chômage partiel, les nouvelles règles s’appliquent plus largement et évoluent lorsque la situation l’impose. » 

Propos recueillis par G. B.

 

► GRANDE DISTRIBUTION

Thibault Manzoni, directeur d’un supermarché Intermarché à Dole, dans le Doubs. L’intermarché, situé en centre-ville de Dole, emploie 45 salariés.

« Début mars, nous avons commencé à mettre en place un nettoyage renforcé de tous les espaces communs, ainsi que des bureaux, poignées, téléphones, salle de pause…, tout en affichant partout les gestes barrières. Le week-end précédant le confinement, toutes les bornes de jeux ont été mises hors service. De plus, nous avons effectué un marquage au sol pour que les clients se tiennent à plus d’un mètre les uns des autres et des salariés. Du gel hydroalcoolique, des gants, des masques (dont nous avions des stocks depuis le H1N1, ce qui nous a permis de tenir jusqu’à la livraison suivante) ont été fournis aux salariés. Le 16 mars, les personnes à risque ont été mises en arrêt de travail.

Certaines caisses de l'hypermarché Leclerc de Blagnac sont munies d'une protection en plexiglas qui sépare le client des caissières ou caissiers. Les salariés sont munis de gants et de masques de protection. (17 mars 2020)

Certaines caisses de l'hypermarché Leclerc de Blagnac sont munies d'une protection en plexiglas qui sépare le client des caissières ou caissiers. Les salariés sont munis de gants et de masques de protection. (17 mars 2020)

Le 17 mars, nous avons installé des panneaux en plexiglas pour protéger les caissières. Nous avons également limité l’accès au magasin à une personne par chariot. Nous avons aussi arrêté la distribution de coupons de jeu en caisse et ne donnons plus les tickets de caisse que sur demande. Une semaine plus tard, nous avons ajouté des panneaux pour enfermer totalement les postes de caisse. Nous limitons au maximum l’ouverture des caisses doubles.

Le 16 mars, les personnes à risque ont été mises en arrêt de travail.

Les horaires ont été modifiés : nous ouvrons une heure plus tôt (à 7 h 30), car cette première heure est réservée aux clients de plus de 70 ans. Du coup, le soir, nous fermons une demi-heure plus tôt pour ménager les salariés et restons fermés le dimanche. Nous avons réaménagé les horaires des salariés ayant des enfants en bas âge ou scolarisés : des solutions ont été trouvées assez facilement.

Désinfection des caisses

Aux rayons à la coupe et traditionnels, les salariés portent gants, masque et visière. Nous observons une baisse de 30 % d’activité aux fromages et à la charcuterie, tandis que la boucherie et la marée se maintiennent bien. Quant aux fruits et légumes, en libre-service, j’avoue ne pas avoir trouvé de solutions à la fois pour répondre à la forte demande et pour réduire les risques de contamination.

Nous n’avons pas assez de gel hydroalcoolique pour en proposer à nos clients à l’entrée du supermarché, nous le réservons à nos salariés. Nous en proposons cependant à la sortie des caisses libre-service. En revanche, les caddies sont désormais stockés à l’entrée du magasin. Une fois que le client a chargé sa voiture, il range son caddie sous l’abri, à l’extérieur. Nos salariés se chargent de le désinfecter et de le ramener à l’entrée du magasin.

Si une personne de l’équipe ne se sent pas bien, elle rentre chez elle et va voir son médecin. S’il s’avère que c’est une suspicion de Covid-19, la personne est arrêtée et je réunis tous les salariés pour les informer. Mi-avril, cela avait concerné trois personnes à forte suspicion, et 3 autres avec faible suspicion.  » 

Propos recueillis par D. V.

 

► AIDE À DOMICILE

Julie Gauthier, directrice d’Amicial, association d’aide à domicile. Environ 1 000 intervenants à domicile. Le siège se situe à Avignon (Vaucluse).

«  Dans un premier temps, nous nous sommes recentrés sur les interventions vitales (couchers, levers, repas, aide aux toilettes) auprès des personnes les plus vulnérables ou les plus isolées. Cela a débouché sur une baisse de 50 % environ de notre activité, on a donc fait une demande de chômage partiel.

Toutes les personnes qui n’interviennent pas au domicile sont en télétravail : administratifs, managers, encadrement. Ça ne nous a pas posé de problème car j’y suis très favorable, même en temps normal. Donc quasiment tout le monde était déjà équipé de portables… On communique beaucoup, par téléphone, en visio, par mail.

Farida est auxilliaire de vie à Paris. Elle a choisi de continuer à travailler, malgré la peur d'attraper le virus, pour ne pas abandonner les personnes souvent très âgées qu'elle assiste au quotidien, parfois plusieurs fois par jour. Elle prend le maximum de précautions et s'équipe de masques et de gants chaque jour.  (6 avril 2020)

Farida est auxilliaire de vie à Paris. Elle a choisi de continuer à travailler, malgré la peur d'attraper le virus, pour ne pas abandonner les personnes souvent très âgées qu'elle assiste au quotidien, parfois plusieurs fois par jour. Elle prend le maximum de précautions et s'équipe de masques et de gants chaque jour. (6 avril 2020)

Pour ce qui est des intervenants à domicile, nous avons beaucoup communiqué sur les gestes barrières, avec les moyens du bord : en créant un groupe Facebook, ce qui nous permet de faire passer très régulièrement des messages, que ce soit sous forme de tutoriels, de règles de bonne conduite... Et les personnes qui n’ont pas accès à ce groupe Facebooks ont appelées quasiment tous les jours par leur manager, ce qui permet de revenir sur les gestes barrières.

Jusqu’à très récemment, notre principale préoccupation était aussi de trouver des masques de type chirurgical… Nous nous fournissions auprès des pharmacies, mais c’était vraiment très, très compliqué car nous n’étions pas prioritaires. Donc quand on en trouvait, on les distribuait au compte-gouttes. Mais les choses viennent de changer : depuis la semaine dernière (NDLR : l’entretien a eu lieu le 14 avril), c’est l’Agence régionale de santé qui les distribue. On en a ainsi neuf par semaine et par intervenant. C’est déjà ça.

Notre principale préoccupation a été de trouver des masques de type chirurgical.

Depuis quelques jours, nous sommes confrontés à des cas avérés, non hospitalisés, de Covid-19 chez des bénéficiaires chez qui on doit intervenir. Nous avons donc maintenant un nouveau problème : trouver des masques de type FFP2, des charlottes, des lunettes et des surblouses. Pour se rendre chez ces personnes atteintes du Covid-19, nous avons fait appel au volontariat : seules les personnes qui le souhaitent y vont. Et nous ne faisons plus tourner les équipes chez ces personnes ,pour limiter les risques d’exposition et de propagation du virus.

Enfin, nous avons mis à disposition un infirmier qui peut être appelé à tout moment par ces intervenants… C’est lui, en tant que personnel de santé, qui est le mieux placé pour répondre et rassurer. Un exemple de question à laquelle il a dû répondre ? Comment procéder pour enlever le masque d’un bénéficiaire atteint du Covid pour lui donner à manger… c’est du pratico-pratique.

Nous faisons bien partie du secteur médico-social du point de vue légal mais nous souffrons du manque de reconnaissance de cet état de fait. Bref, on fait partie du secteur mais on reste la dernière roue du carrosse. » 

Propos recueillis par D. V.

 

► PROPRETÉ

Julien Gutfreund, directeur d’Allo Nettoyage, entreprise de nettoyage de l’Est de la France.

« En mars, 80 % de l’activité s’est arrêtée, impliquant la mise au chômage partiel des trois quarts des 160 salariés de l’entreprise. Ce sont essentiellement les prestations pour les professionnels de santé, les centres commerciaux, les copropriétés et quelques industries qui ont été maintenues. Et malgré les aides mises en place pour le chômage partiel, la réduction drastique de la facturation et les forts besoins d’investissements – en équipements, produits, EPI… – ont vite complexifié l’équation. Nous avons dû faire face à davantage de travail administratif, ne serait-ce que pour redéfinir, avec chaque client, les modalités d’intervention, ou parfois même avoir connaissance des chantiers interrompus, tous ne nous ayant pas prévenus.

Certaines prestations se sont accompagnées d’un renfort des fréquences de passages ou d’un surcroît d’activité, avec la multiplication des demandes de désinfection de points de contact. Partout, nous avons rappelé les gestes barrières et la nécessité du port des EPI. Nous avons proscrit l’utilisation des aspirateurs qui ne sont pas munis de filtres HEPA (NDLR : High Efficiency Particulate Air, filtres retenant les particules, dont les micro-organismes, avant rejet de l'air hors de l'aspirateur), sauf très localement, lorsque quelque chose a été renversé, en prenant soin d’aérer immédiatement la pièce. Pour les demandes relatives à la désinfection, nous utilisons exclusivement des produits virucides conformes à la norme NF EN 14476.

Certaines prestations se sont accompagnées d’un renfort des fréquences de passages.

L’établissement réalisant des prestations de bio-nettoyage pour des laboratoires, nous avons été contactés pour de la désinfection de surfaces par voie aérienne, dans le cadre d’interventions dans des salles contaminées. Ce travail nécessite un équipement spécifique (répondant à la norme NF T 72-281), des protocoles particuliers et du personnel formé. Nous avons anticipé ce glissement des prestations et acheté 5 nébuliseurs ainsi que les produits adaptés. Le fournisseur a proposé des formations à distance, suivant les préconisations du guide méthodologique de l’Anses pour la mise en œuvre d’un procédé de désinfection des surfaces par voie aérienne appliqué aux zones confinées. Nos produits désinfectants ont été soumis à une hygiéniste du CHRU de Nancy avec laquelle nous avons validé le dosage et le temps d'action préconisé. Cette crise nous a amenés à nous adapter, nous former, nous équiper et même à apprendre un nouveau métier. » 

Propos recueillis par G. B.

 

► CHAUDRONNERIE

Bruno Duval, P-DG de Savco et CCM, entreprises de chaudronnerie s’adressant aux secteurs hydroélectrique, bois-énergie, industrie minérale. 80 salariés sur deux sites en Ariège.

 «  Dès le premier jour de confinement, nous avons dû maintenir de l’activité chez un client réquisitionné. Nous avons pour cela fait une analyse spécifique des postes pour chaque intervention, et mis en place des procédures et des EPI spécifiques liés au risque d’infection (masques FFP3, gants et lunettes même en circulation, déplacements sur le site…). Nous avons « la chance » d’avoir des activités nécessitant, en temps normal, le port de masques de types FFP3, que nous avions en stock. Toutes les personnes – une vingtaine – pouvant être mises en télétravail sont parties avec leur ordinateur.

Après 4 semaines, des clients nous ont demandé de reprendre certaines de nos activités. Avec la Carsat Midi-Pyrénées, le CSE, l’inspection du travail, nous avons identifié les modes opératoires pouvant être mis en place… Sur nos sites, nous avons limité et décalé les horaires : le site n’est ouvert que de 6 h à 13 h, pour que les salariés ne déjeunent pas sur place. Nous avons défini des zones et n’autorisons qu’une personne par zone, avec au moins 5 m entre les personnes, un outillage affecté (avec des solutions javellisées à disposition) et des consignes de circulation.

Nous avons parallèlement renforcé les modalités de nettoyage (avec un passage par jour) et un nettoyage toutes les deux heures des lieux de passage (poignées de portes, etc.). Enfin, seules travaillent les personnes volontaires. Et certaines personnes à risque (selon leur déclaration) ont été d’emblée écartées du travail. Elles sont au chômage partiel. » 

Propos recueillis par D. V.

 

► FONDERIE

Jérôme Mathié, responsable du service sécurité, sûreté et environnement du site Aubert & Duval (groupe Eramet) de Pamiers, en Ariège (1 200 personnes)

« Dès février, nous sommes entrés en préparation de crise. Il faut dire qu’ayant le retour d’expérience d’une de nos usines située en Italie, nous étions bien informés. Nous avons vécu deux phases : de début février au 13 mars, nous étions dans une phase « d’avant-crise » durant laquelle il s’agissait de voir comment nous pouvions freiner la propagation du virus, d’abord en limitant les déplacements de nos collaborateurs puis en renforçant les mesures sanitaires sur les zones de contacts. Pour cela, nous avions activé une cellule de gestion de crise composée de membres du Codir et du médecin du travail qui se réunissait une fois par semaine.

Chez Aubert & Duval, à chaque poste sont affichées les mesures d'hygiène exceptionnelles individuelles et collectives mises en œuvre ainsi que les consignes. (20 mars 2020)

Chez Aubert & Duval, à chaque poste sont affichées les mesures d'hygiène exceptionnelles individuelles et collectives mises en œuvre ainsi que les consignes. (20 mars 2020)

À partir du 13 mars, avec l’annonce de la fermeture des établissements scolaires, nous sommes entrés dans la phase de gestion de crise et la cellule a été renforcée de tous les membres du Codir avec des réunions quotidiennes. Nous avons immédiatement analysé les risques et évalué l’impact sur l’activité. Nous avons étudié plusieurs scénarios : maintenir au maximum l’activité ;  l’arrêter totalement ;  ou encore la réduire. Nous avons opté pour le maintien minimal dans le cadre d’un PCA (NDLR : plan de continuité d’activité) car nous voulions à tout prix mettre en sécurité notre personnel, mais aussi penser à l’après-crise et tenir compte de nos engagements envers nos clients.

Très vite nous avons organisé un CSE extraordinaire, afin de présenter à nos élus la situation, ses contraintes, le protocole sanitaire et le PCA. Les syndicats ont su se positionner en tant que partenaires dans la gestion de crise et nous avons pu évaluer, poste par poste, les activités pouvant être poursuivies et comment. Depuis, nous réunissons un CSE extraordinaire et la CSSCT une fois par semaine.

Nous réunissons un CSE extraordinaire et la CSSCT une fois par semaine.

Dès l’annonce des mesures de confinement, 170 personnes équipées de PC portables ont été mises en télétravail. En parallèle, le médecin du travail avait identifié 68 personnes à risque. Si elles n’étaient pas éligibles au télétravail, nous leur avons demandé de rester chez elles, avec un arrêt de travail, pour les protéger.

Garder un lien social

Les affectations des opérateurs sur les activités maintenues ont été basées sur le volontariat. Nous avons adapté l’organisation des activités avec les opérateurs eux-mêmes, dans le strict respect du protocole sanitaire : mise en place de formations au poste et de mesures de protection collective. Si par exemple un poste ne pouvait pas respecter la distanciation sociale, on ne l’ouvrait pas. Sur d’autres postes, nous avons ajouté un plexiglas ou carrément réorganisé le poste. Nous avons décalé des horaires de prise de poste afin que les salariés ne se croisent pas dans les vestiaires. Une centaine de personnes ont été concernées sur des activités critiques comme le traitement thermique, les contrôles de fin de flux ou le ressuage. Tous les autres salariés, soit près des deux tiers de l’effectif, ont été mis en chômage partiel ou en dispositif de “garde d’enfant”.

Nous avons très vite cherché à augmenter le nombre de personnes en télétravail. Cela s’est traduit par la mise à disposition de nouveaux matériels et moyens de connexion en distant (VPN), pour atteindre 270 personnes en télétravail aujourd’hui. Afin d’accompagner ces salariés et garder un lien social, nous avons aussi mis en place des rituels d’animation managériale (contact quotidien, newsletter, envoi de photos de personnes travaillant sur site et à domicile…). Au fur et à mesure que nous renforcions les dispositions sanitaires, de nouvelles activités pouvaient reprendre.

Les piliers de ce dispositif sont :

  • la définition d’un protocole sanitaire groupe et sa mise en œuvre sur le site, comprenant une réorganisation de l’activité permettant le respect de la distanciation sociale, le respect des gestes barrières et des mesures d’hygiène notamment par la mise à disposition de kits sanitaires sur les postes de travail ;
  • l’intensification du nettoyage (nous avons triplé les moyens et personnels dédiés) ;
  • la mise en place d’une campagne de communication intensive pour sensibiliser sur le protocole sanitaire et informer les collaborateurs de l’évolution de la situation ;
  • une gestion quasi scientifique de la densité des personnes sur site et par zone. Avec par exemple des panneaux rouges et verts autorisant ou pas les personnes à s’asseoir à un poste de travail ;  l’affichage du nombre maximum de personnes autorisées par local, bureau, dans les douches, les réfectoires, les vestiaires. Et l’instauration de nouveaux horaires pour décaler les personnes.

250 personnes présentes chaque jour

Ce que l’on n’avait pas anticipé, et qui a posé problème, c’est la pénurie des matériels sanitaires comme les masques et le gel hydroalcoolique. Nous avons dû créer une cellule de crise achats pour l’approvisionnement de ces produits ! Depuis quelques jours, nous sommes à nouveau bien approvisionnés, grâce à une bataille quotidienne et à la mise en place d’une chaîne de solidarité. Une de nos usines s’est ainsi mise en configuration de produire du gel hydroalcoolique pour les autres usines du groupe.

Ce que l’on n’avait pas anticipé, c’est la pénurie des matériels sanitaires comme les masques et le gel hydroalcoolique… 

Enfin, nous avons la chance d’avoir in situ un médecin du travail et deux infirmières qui passent sur les postes, répondent aux questions et rassurent les salariés.

Aujourd’hui, sur notre site de 23 ha, nous sommes environ 250 personnes présentes chaque jour. Les contacts et croisements entre salariés sont très limités grâce à une gestion rigoureuse des flux. Nous avons déployé des audits de contrôle du respect du protocole sanitaire, afin d’une part de nous assurer qu’il est bien opérationnel, compris et appliqué par les équipes et d’autre part de trouver des améliorations.

Mi-avril, nous avons décidé de figer notre configuration de travail pour 15 jours de façon à identifier les postes sur lesquels on pourrait encore accroître les effectifs en sécurité et préparer la reprise. À ce jour, nous n’avons pas de cas de Covid-19 avéré, seulement quelques suspicions pour lesquelles le médecin du travail a prononcé des mises en quatorzaine.

Ce que je retire de cette expérience ? Notre PCA rédigé en 2009 pour le H1N1 était très bien fait pour la phase d’attente, mais pas pour la gestion opérationnelle de la crise. J’ajouterais que deux éléments importants n’avaient pas été imaginés dans le PCA : l’impact de la fermeture des écoles et la pénurie de matériels sanitaires. » 

Propos recueillis par D. V.

 

► AGROALIMENTAIRE

Carole Gruet-Masson, coordinatrice santé sécurité des salaisons Bolard frères, entreprise spécialisée dans la fabrication de pâtés en croûte. 200 salariés permanents à Saint-Amour (Jura)

« Nous n’avons jamais cessé de travailler. Le 24 janvier, nous avons ouvert une cellule de gestion de crise, composée des membres du Codir. Le 28 février, nous avons commencé à communiquer sur les gestes barrières et, le 11 mars, le CSE a validé une communication plus large : messages sur les télévisions en salle de pause, affiches… Ça n’était pas une grande nouveauté pour nous, car il s'agissait d'un rappel des règles d’hygiène de notre secteur : port du masque, tousser ou éternuer dans son coude, nettoyage ou désinfection des mains…

Le 13 mars, la cellule de crise a défini le PCA, mis en place une veille, en s’appuyant notamment sur les informations de la Fict (NDLR : Fédération française des industriels charcutiers traiteurs). Les déplacements ont été fortement restreints ainsi que les rendez-vous sur site et les réunions. Une dizaine de personnes ont été mises en télétravail et notre équipe commerciale itinérante en chômage partiel. Après discussion avec notre médecin du travail, nous avons proposé aux personnes à risque de rester chez elles.

Nous avons ajouté des distributeurs de gel hydro­alcoolique à l’extérieur de nos bâtiments pour que le personnel administratif puisse aussi en bénéficier. Des règles ont été établies pour les chauffeurs : ils n’entrent plus dans le bâtiment, ne déchargent plus. En revanche, ils chargent et doivent porter un masque, que nous fournissons s’ils n’en ont pas. Nous avons aussi acquis un thermomètre que nous mettons à disposition si quelqu’un ne se sent pas bien… mais attention, ça n’est ni systématique ni un critère discriminant.

Le nombre de personnes en pause est ajusté.

Le nombre de personnes en pause est ajusté en fonction des tables et de leur espacement. Le nettoyage des zones de passage a été augmenté en nombre de points et en fréquence. Nous nous sommes aussi rapprochés de nos prestataires (produits frais, laboratoire d’analyses, fournisseurs de gaze, cartons, étiquettes…) pour connaître leur mode de fonctionnement.

Nous employons encore une vingtaine d’intérimaires, mais nous n’en recrutons plus. Ils ont le même niveau de formation et d’information aux gestes barrières que nos salariés, bien sûr grâce à l’affichage, aux télévisions, mais aussi par leur agence d’intérim.

Nous n’avons jamais manqué d’EPI, et notamment de masques, car nous avons généralisé le port de marinières à capuche avec masque intégré en nous assurant que le grammage du tissu était suffisant pour répondre aux besoins. Elles sont lavées tous les jours. Cela nous a permis de faire des dons de masques à du personnel soignant ainsi qu’à des Ehpad. » 

Propos recueillis par D. V.

 

► AUTOMATISME

Olivier Theil, gérant de Mécatheil, entreprise de conception et fabrication de machines spéciales pour l’industrie. 30 salariés à La Feuillade-en-Vézie (Cantal)

« le 17 mars, j’ai réuni tout le monde pour expliquer que je ne me substituerais pas à la responsabilité du chef de l’État, car pour moi, le plus compliqué était cette non-prise de décision. À partir de là, j’ai dit que l’entreprise allait rester ouverte, car on avait du matériel, des commandes, des approvisionnements, et que la décision de travailler ou non incombait à chacun… Dix personnes ont pu être mises en télétravail, huit sont venues travailler à l’atelier, huit ont été mises au chômage partiel et quatre ont bénéficié de l’arrêt de travail lié à la garde d’enfants.

Dès le lendemain, j’ai travaillé avec notre assistante de direction, qui a en charge le volet HSE, à la rédaction d’une annexe « Coronavirus Sars-Cov-2 » de notre document unique. Nous l’avons écrite avec le service de santé et la Carsat Auvergne, puis fait valider par notre médecin du travail.

Cette annexe, qui comprend les gestes barrières, les nouvelles règles, les nouvelles organisations, a été portée à la connaissance des membres du CSE qui ont pu l’amender. Tout cela implique de nouvelles habitudes, règles de gestion des outils, du chariot (une seule personne est autorisée à le conduire), d’éloignement… Avec les membres du CSE, nous avons ensuite diffusé tous ces éléments auprès de nos collaborateurs par courrier, réunion d’information et affichages multiples.

Aujourd’hui, l’entreprise tourne, et à chaque nouvelle fabrication de machine, nous devons réinterroger nos pratiques – ça n’est pas du temps perdu – pour que l’on puisse respecter les gestes barrières. Quinze jours après le début du confinement, de nouvelles personnes sont revenues travailler, j’ai même des machines à livrer. Mais comment faire pour aller les installer dans des régions éloignées, quand il n’y a ni hôtels ni restaurants ? Pour ma part, j’estime que le retour à la normale n’interviendra pas avant la fin de l’année 2020. » 

Propos recueillis par D. V.

 

► TRANSPORT

Didier Rousseaux, directeur du site de Pontarlier des transports Jeantet. 49 salariés à Pontarlier (Doubs) 

« Nous avons deux priorités : assurer la santé de nos salariés et adapter nos moyens à la demande de nos clients. Dans un premier temps, nous avons réorganisé les bureaux pour respecter les règles de distanciation sociale. Nous avons également demandé aux salariés dont la santé pouvait nécessiter la mise en place de mesures plus rigoureuses de se manifester si elles le souhaitaient. En raison de la baisse d’activité, quatre personnes ont été mises au chômage partiel.

Entre Caen et Paris sur l'A13, un routier portant un masque de protection sur l'aire de repos du Bosgouet. (23 mars 2020)

Entre Caen et Paris sur l'A13, un routier portant un masque de protection sur l'aire de repos du Bosgouet. (23 mars 2020)

Nous travaillons en partie avec le secteur agroalimentaire, ce qui nous permet de maintenir une demande correcte à hauteur de 60 % de notre activité habituelle. Nous transportons des lots complets et des lots partiels, nous ne livrons pas de petits colis, encore moins aux particuliers. Nos clients sont des entreprises de taille conséquente et ils ont pris des mesures rigoureuses pour l’accueil de nos conducteurs : soit ils restent dans leur cabine pendant les opérations de chargement-déchargement, soit ils patientent dans des zones dédiées. Nous déplorons le manque d’EPI, de masques en particulier, mais nous mettons à la disposition de nos salariés du gel et des lingettes désinfectantes. Nous communiquons également régulièrement sur les gestes barrières par le biais de notre logiciel informatique embarqué ou lors de la réception des conducteurs sur notre site.

Nous échangeons avec nos confrères transporteurs sur les possibilités d’accueil. 

Nous livrons sur l’ensemble du territoire, mais plus particulièrement la région parisienne et la Suisse. Aussi, nous avons mis en place depuis longtemps un système de relais avec des conducteurs basés à Troyes qui est à mi-chemin entre notre site de Pontarlier, dans le Doubs, et Paris. Un premier conducteur prend possession de l’ensemble routier pour effectuer les livraisons et les enlèvements sur le secteur parisien puis, à son retour en région troyenne en fin de journée, un second conducteur achemine ce même ensemble sur notre site où il récupère une nouvelle remorque à destination de la région parisienne. Ce système permet de réaliser une rotation quotidienne entre le Doubs et la capitale avec des conducteurs qui ne découchent jamais. Et qui fonctionnent toujours avec le même binôme et le même véhicule.

Concernant les autres conducteurs, outre le gel et les lingettes à leur disposition, ils disposent d’un frigo dans leur cabine, mais nous déplorons les conditions actuelles dégradées en matière de restauration et d’hygiène. Aussi, nous échangeons avec nos syndicats et nos collègues transporteurs sur les possibilités d’accueil et nous développons une solidarité professionnelle en proposant nos installations sanitaires aux conducteurs extérieurs à notre structure.

Enfin, nous travaillons avec la Suisse et, même si le confinement n’y est pas obligatoire, les entreprises d’accueil appliquent les mêmes gestes barrières. » 

Propos recueillis par D. V.

 

► LOGISTIQUE

Audrey Thum, responsable des systèmes de management (qualité, hygiène, santé, sécurité et environnement) chez DHL Supply Chain France. La division logistique de DHL France compte 2 000 collaborateurs sur 25 sites.

« Un scénario de pandémie existait dans notre plan de continuité des opérations. Mi-février, nous avons activé notre comité de pilotage. À partir des directives de notre groupe DP-DHL, des annonces du gouvernement et de retours d’expérience d’Asie, nous avons défini une stratégie en quatre points : communication, mesures de prévention, mesures de précaution, mesures de réaction. Chacune fait l’objet d’ajustements permanents selon les besoins.

Nous avons en premier lieu sensibilisé tout le personnel aux gestes barrières. Ceux-ci sont la base de notre communication. Nous avons aussi lancé des campagnes d’informations en interne (e-mailing, affichage, écrans digitaux) sur l’ensemble de nos sites. C’est une communication simple, visuelle, avec des phrases claires, des mots-clés accrocheurs. Les briefings à la prise de poste sont maintenus, en respectant la distanciation sociale : les managers y communiquent les nouvelles informations et répondent aux questions sanitaires, économiques ou sociales.

Communication, prévention, précaution, réaction

Avec les managers, trois rendez-vous quotidiens sont fixés. Avant 8 h, un flash info est envoyé par mail sur les informations clés et les mesures additionnelles à déployer. À 11 h se tient une conférence téléphonique, l’occasion de faire une revue des sites (activité, problématiques rencontrées, climat social, absentéisme…). Et à 20 h 30, débriefing de la journée avec la cellule de pilotage. Y sont évoqués les besoins des sites, leurs remontées d’informations et les décisions quant au déploiement de nos mesures.

Nos mesures de précaution font l’objet d’ajustements en temps réel. 

Pour les actions de prévention, nous sommes partis de l’expérience de nos sites italiens. Les horaires de prise de poste ont été échelonnés afin de limiter les croisements entre équipes. Certains sites ont procédé à un battement de 30 minutes entre les équipes du matin et de l’après-midi. Sur chaque poste, les pauses sont étalées pour que les salariés les prennent à tour de rôle sans se croiser. Des mesures spécifiques ont été définies pour chaque espace : vestiaire, zone de badgeage, zone de prise des chariots, etc. La position de la badgeuse a par exemple été modifiée pour que les gens restent à distance les uns des autres.

Nous réapprovisionnons régulièrement nos sanitaires en savon et en serviettes à usage unique. Du gel hydroalcoolique ainsi que des masques et gants pour les salariés qui le souhaitent sont mis à disposition. L’implantation des bureaux a été revue : seul un sur deux est occupé, avec une disposition en quinconce, en sachant que 20 % du personnel a pu être mis en télétravail. Enfin, le nettoyage et la désinfection des espaces de travail ont été renforcés, avec plusieurs passages par jour. Tous les équipements partagés (talkman, volant des chariots, écrans…) sont désinfectés à chaque prise de poste.

Des impacts sur l’organisation de l’activité

Nos salariés ont également un accès privilégié aux professionnels de santé via une plate-forme de téléconsultation pour des rendez-vous médicaux, avec prise en charge par notre assureur. Un numéro vert de soutien psychologique (assurant l’anonymat) est aussi à la disposition de tous. Nous avons mis en place au sein du comité de pilotage une cellule de veille chargée du suivi de l’évolution des dispositifs réglementaires et des bonnes pratiques issues du secteur de la logistique, de nos clients et de nos collègues étrangers au sein du groupe DP-DHL. Nos mesures de précaution font donc l’objet d’ajustements en temps réel.

Nous pouvons activer les protocoles de nettoyage et désinfection des entrepôts si nécessaire. 

En cas de cas contact avéré ou de suspicion d’infection, la personne reste à son domicile et bénéficie d’un arrêt maladie. Nous pouvons également activer les protocoles de nettoyage et désinfection des entrepôts si nécessaire, tels que recommandés par le gouvernement.

Toutes ces actions impactent l’organisation de l’activité. Les plans de transport et de livraisons sont modifiés dans ce contexte sans précédent. Nos clients sont eux aussi confrontés à de mêmes précautions, ils comprennent nos contraintes, acceptent les changements d’organisation, et s’adaptent. » 

Propos recueillis par C. R.

Haut de page