DOSSIER

© Fabrice Dimier pour l’INRS

Présents dans de nombreux produits industriels, les plastiques recouvrent une grande diversité de matériaux et leur fabrication une multitude de risques professionnels. Outre les dangers liés aux produits chimiques, des risques de nature variée font de la plasturgie un secteur particulièrement sensible.

C’est dès la fabrication des matières et le mélange de leurs composants que l’exposition des salariés à des agents chimiques dangereux peut apparaître.
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C’est dès la fabrication des matières et le mélange de leurs composants que l’exposition des salariés à des agents chimiques dangereux peut apparaître.
© Fabrice Dimier pour l’INRS

Avec 7 % des emplois de l’industrie manufacturière en France, la plasturgie représente un secteur majeur, malgré une forte compétition internationale. Industries automobiles, domaine médical, mais aussi fabricants d’équipements électriques et électroniques, de matériaux de construction, d’emballages… Dans l’Hexagone, les utilisateurs de matières plastiques sont très variés. Si l’on considère uniquement les entreprises pour lesquelles la transformation de matières plastiques est l’activité principale, plus de 115 000 salariés sont concernés.

Les matières plastiques sont constituées de polymères et d’additifs – solvants, stabilisants thermiques et UV, pigments, etc. Elles se répartissent principalement en deux catégories. D’un côté, les thermoplastiques, les plus courants, qui sont déformables et façonnables sous l’effet de la chaleur. De l’autre, les thermodurcissables, synthétisés par une réaction chimique lors de leur mise en forme. Les thermoplastiques sont moulés, à chaud et en général sous pression, pour fabriquer un objet. Quant aux thermodurcissables, ils sont synthétisés par une réaction chimique concomitante à leur mise en forme dans des moules. La transformation de ces derniers reste peu automatisée. Le procédé est utilisé dans la production de pièces de séries relativement réduites, comme le polyester insaturé pour la fabrication de piscines ou le nautisme.

THERMOPLASTIQUES : UNE MULTITUDE DE MATIERES

Parmi les thermoplastiques les plus courants, on peut citer : le polyéthylène (PE) et le polypropylène (PP) ; le polychlorure de vinyle (PVC) ; le polystyrène (PS) ; et le polyéthylène téréphtalate (PET), le polycarbonate (PC), les polymères acryliques, etc. Il existe de nombreuses techniques très automatisées pour les façonner, la plus courante en France étant l’injection, procédé par lequel la matière plastique est injectée à travers une buse dans un moule qui lui donne la forme désirée.

Des risques chimiques très variés

Les polymères sont généralement considérés inertes à froid mais les additifs auxquels ils peuvent être associés (anti UV, retardateurs de feu, etc.) sont, pour certains, potentiellement dangereux. C’est donc dès la fabrication des matières et le mélange de leurs composants que l’exposition des salariés à des agents chimiques dangereux, dont certains sont cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR), peut apparaître. « Il est nécessaire de bien faire l’inventaire de tous les produits utilisés et des dangers associés. Des substitutions par des produits moins dangereux sont parfois possibles. Sinon, des mesures de protection collective voire individuelle doivent être mises en place », précise Cosmin Patrascu, expert en prévention des risques associés aux polymères à l’INRS. Cette situation se rencontre particulièrement dans la fabrication de thermodurcissables dont les procédés de moulages sont encore très manuels : l’exposition des salariés à des substances dangereuses se retrouve à toutes les étapes, notamment en ce qui concerne les solvants.

Concernant les thermoplastiques, c’est principalement lors de la montée en température des produits, nécessaire à la transformation des matières plastiques, que les risques se concentrent : des substances dangereuses peuvent être émises sous forme de gaz. Il y a parfois des dégagements d’aldéhydes dont le formaldéhyde, qui se trouve être un CMR. Ces substances peuvent être en majorité captées au sein des machines. Cependant, des émanations résiduelles peuvent être relâchées dans les espaces de travail, notamment au niveau des buses d’injection ou des têtes d’extrusion. « Mais il existe une multitude de formulations et de processus industriels de transformation des plastiques : la nature et la quantité des produits dangereux émis, en général gazeux, sont très variables. L’INRS a donc développé un protocole permettant de caractériser les produits de dégradation thermique pour aider les entreprises à réaliser l’évaluation des risques et à installer des moyens de prévention efficaces, tels que le captage à la source », précise Cosmin Patrascu (lire « En savoir plus »). Par ailleurs, lors de travaux de purge ou de nettoyage des outils (buses, fourreaux, etc.), l’opérateur peut être exposé à ces substances gazeuses dangereuses.

La prééminence du risque chimique dans la plasturgie ne doit pas pour autant masquer les autres risques, également très présents, comme dans tout secteur industriel. La prévention du risque chimique ne constitue d’ailleurs que l’un des quatre objectifs de la Convention nationale d’objectif établie par la CnamTS avec la fédération de la plasturgie (lire l’encadré « Les quatre enjeux de la convention nationale d’objectifs pour la plasturgie ») : les TMS, les risques incendie-explosion, le bruit généré par les machines de transformation des matières plastiques ou par l’usinage, sont également des risques importants dans ce secteur.

LES QUATRE ENJEUX DE LA CONVENTION NATIONALE D’OBJECTIF POUR LA PLASTURGIE

La CnamTS a signé avec la fédération de la plasturgie et des composites une Convention nationale d’objectif (CNO), qui est entrée en vigueur en septembre 2014 pour quatre ans. Compte tenu des activités spécifiques du secteur, elle s’est fixé quatre objectifs principaux :
● l’amélioration des atmosphères de travail en lien avec le risque chimique, dont les risques CMR et incendie/explosion ;
● la prévention des risques liés à la manutention et aux manipulations et le renforcement de la sécurité des voies de circulation et des aires de stockage ;
● la prévention des risques liés aux troubles musculosquelettiques (TMS), par la mise en œuvre de moyens de manutention et d’aménagement des postes ;
● la diminution des niveaux de bruit dans les ateliers et aux postes de travail.

Des gestes et postures à problème

Dans les entreprises de transformation de matières plastiques, toutes les conditions sont réunies pour présenter un risque incendie-explosion : présence de combustibles (notamment les polymères), de solvants, utilisation de températures élevées, machines avec circuits électriques… De plus, les polymères peuvent se trouver sous forme de poudre – ou de granulés qui émettent des poussières – ce qui peut constituer un risque Atex, tout comme la présence de solvants. « Ces risques doivent impérativement être évalués par l’employeur et faire l’objet de mesures spécifiques de prévention et de protection comme la mise en place de captages, la suppression ou la maîtrise des sources d’inflammation, ou encore l’installation d’évents d’explosion », rappelle Florian Marc, expert en risques incendie-explosion à l’INRS.

Même si le nombre d’accidents du travail est en baisse dans les entreprises de transformation des matières plastiques, ce secteur reste très sinistré, avec un indice de fréquence de 45. Et c’est la manutention manuelle qui est à l’origine de plus de la moitié des accidents dans les industries de transformation de matières plastiques. Plus de 90 % des maladies professionnelles y correspondent à des affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail (tableau 57 du régime général).

REPÈRES

●  45 : c’est l’indice de fréquence des AT dans les entreprises de transformation des matières plastiques.
● La moitié des accidents du travail sont liés à la manutention. Viennent ensuite les accidents du travail liés aux machines et outillages à main, puis ceux causés par les chutes.
● 3 730 : c’est le nombre d’entreprises de transformation des matières plastiques en France.

Données 2013 et 2014, CnamTS

Si la transformation de la matière plastique en elle-même est très automatisée pour les thermoplastiques, les postes en amont (approvisionnement en matières premières) nécessitent la manutention de charges lourdes. De même, les postes après transformation induisent, compte tenu de la cadence des machines, une répétitivité des gestes pour les opérations de finition ou de conditionnement. Des aides à la manutention (centrales matières, préhenseurs de sacs, etc.) ou des aménagements de postes contribuent à la prévention des accidents liés au port de charges lourdes et des TMS.

Formaldéhyde et polyoxyméthylène

Avec 18 % des emplois du secteur, la région Rhône-Alpes se classe au premier rang des régions dans la transformation de plastique en France. La Carsat Rhône-Alpes  a établi un programme de prévention pour la période 2014-2017 validé par le Comité technique régional (CTR) notamment en charge du secteur de la plasturgie. « Il se concentre sur l’activité d’injection-soufflage-extrusion. Notre objectif est de faire en sorte que 80 % de notre cible mènent des actions de prévention à la fois sur les TMS et sur l’exposition aux CMR. Nous avons ciblé 42 entreprises – dont 20 font d’ailleurs partie du programme TMS-Pros  – qui représentent 30 % des accidents du travail dans la plasturgie », note Virginie Preti, ingénieur-conseil à la Carsat Rhône-Alpes et pilote du projet plasturgie.

Certaines entreprises peuvent bénéficier d’une aide financière simplifiée (AFS) pour l’achat de matériel et d’un accompagnement conseil, dans la prévention des deux risques principaux. Concernant les TMS, deux types d’actions sont proposés : suppression ou réduction maximale de la manutention de sacs de matières et aménagement des postes en aval des machines où il y a également beaucoup de gestes répétitifs et de manutention. « Quant à l’exposition aux CMR, nous nous sommes focalisés sur la maîtrise des émanations liées au polyoxyméthylène (POM) », détaille-t-elle. Car ce thermoplastique peut dégager du formaldéhyde (CMR) et d’autres substances dangereuses (méthylal), même en l’absence d’action thermique. 

LES MONTEURS-REGLEURS, POPULATION A RISQUE

 « Des médecins du travail du Centre de santé au travail (CST) d’Oyonnax ont montré que la population de monteurs-régleurs en plasturgie concentrait beaucoup de problèmes », explique Jean-Michel Odoit, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes. Bien que ne représentant qu’environ 5 % des emplois en plasturgie, les monteurs-régleurs sont en effet souvent victimes d’accidents et se plaignent fréquemment de douleurs au dos, aux épaules… « À l’initiative du CTR en charge de la plasturgie, une étude menée avec le CST d’Oyonnax, Allizé plasturgie et la Carsat Rhône-Alpes a permis de définir des mesures de prévention spécifiques, réunies dans une brochure », poursuit Virginie Preti, ingénieur-conseil à la Carsat Rhône-Alpes. Parmi celles-ci, on trouve des techniques limitant les efforts lors du montage des moules, la mise en place d’une organisation pour éviter les chutes de hauteur lors des interventions sur les presses à injecter (qui font de 1 ,40 m à 8 m de haut), la limitation de l’exposition aux risques chimiques lors des purges de matières…

En savoir plus : « Monteurs-régleurs en injection plastique : quels risques ? Quelles pistes de prévention ? » Bientôt disponible sur www.carsat-ra.fr.

Katia Delaval

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