DOSSIER

© Guillaume J. Plisson pour l’INRS

Les énergies durables représentent plusieurs secteurs d’activité en pleine évolution. La relative jeunesse des filières et des métiers complique leur approche en termes de santé et de sécurité au travail. Pour autant, les risques professionnels auxquels sont confrontés les salariés se révèlent déjà connus dans d’autres secteurs industriels.

Certains secteurs d’activité, comme le chauffage au bois, ont connu ces dernières années un développement important que la prévention des risques professionnels se doit de suivre au plus près.

Certains secteurs d’activité, comme le chauffage au bois, ont connu ces dernières années un développement important que la prévention des risques professionnels se doit de suivre au plus près.

Les chiffres sont formels : les énergies renouvelables sortent d’une longue marginalité. Selon un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), la valeur des ventes d’énergies renouvelables – qui comprennent l’éolien, l’hydrolien, la biomasse, les biogaz, le photovoltaïque et les nouveaux combustibles… – a connu une forte croissance entre 2011 et 2013, sous la triple influence du nombre d’équipements installés, de la production hydraulique et du prix moyen de l’électricité d’origine renouvelable. Selon le même rapport, les équipements énergétiques dits « performants » (chaudières à condensation, lampes basse consommation, électroménager ayant des notes supérieures à A+…) représentent dorénavant environ 20 % de la consommation des ménages en biens durables. Malgré un tassement, voire un affaissement, des investissements, dû notamment à la crise financière qui plombe les économies depuis 2008, les emplois liés à l’efficacité énergétique et à la production d’énergies renouvelables ont connu une progression de 6 % entre 2010 et 2013 (+ 7 % entre 2006 et 2010).

CHIFFRES ET ENJEUX

Emplois directs en 2014 liés aux énergies renouvelables  (Source : Ademe & Vous. Stratégie et études, n° 43 du 10 avril 2015) :
solaire thermique : 3 000 ;
solaire photovoltaïque : 10 870 ;
éolien : 3 730 ;
bio-carburants et bio-gaz : 3 310 ;
pompes à chaleur : 15 910 ;
● bois : 25 190.

Pourtant, ce constat doit être modéré par une prudence à plusieurs niveaux. Les emplois du secteur connaissent une progression plus modeste que les chiffres liés à la production de biens ou de services ne pouvaient le laisser espérer. Certaines filières notamment ont été gravement affectées par la concurrence. Le photovoltaïque (en particulier la production d’équipements de chauffage ou d’électricité) a souffert en France, ces dernières années, malgré un développement important des installations, tant individuelles que collectives. En revanche, d’autres secteurs connaissent une progression considérable, par exemple ceux du chauffage, ou de la production d’électricité d’origine éolienne.

De nombreuses initiatives locales

Face aux développements industriels et commerciaux que connaît ce secteur, le réseau Assurance maladie-risques professionnels a souhaité accompagner les entreprises ou les filières en matière de santé et sécurité au travail. Les activités du secteur des énergies durables sont multiples, mais les risques professionnels qu’elles génèrent demeurent relativement traditionnels : chutes de hauteur, manutentions, risque électrique, risque biologique, poussières (de bois), risque chimique, incendie, explosions, risque routier… En conséquence, les principes ou méthodes initiés dans d’autres secteurs sont transposables aux filières concernées par la production d’équipements ou de services liés aux énergies durables.

Ainsi, la conception des espaces (lieux et situations de travail), qui interroge tous les aspects futurs de l’usage d’une installation ou d’un local de travail (fonctionnement, interventions, maintenances ultérieures…), intéresse un grand nombre de donneurs d’ordres, voire de maîtres d’ouvrage, lors de la rédaction de cahiers des charges pour les collectivités territoriales, par exemple. Les principes généraux de prévention ont notamment été repris par un groupe de travail réunissant experts de l’INRS, de la Carsat Bretagne et de deux Direccte, pour l’utilisation des méthaniseurs. Dans le même esprit, certaines Carsat ont développé des plans d’actions spécifiques, afin d’assister les filières locales présentes ou en développement, pour la prise en compte des principes de santé et de sécurité au travail.

Les risques professionnels du secteur des énergies durables demeurent relativement traditionnels.

La Carsat Normandie dispose, quant à elle, d’un plan d’actions diversifié, à destination de plusieurs acteurs ou utilisateurs des énergies durables. « Nous commençons à développer des contacts et des actions, comme avec EHD 2020 qui explore la filière hydrogène dans le cadre de la transition énergétique (solutions de stockage et gestion au niveau territorial des flux énergétiques), indique Jean-Claude Poulain, ingénieur-conseil à la Carsat Normandie. Par ailleurs, nous suivons également quelques belles réalisations locales. Mon collègue Laurent Boudet, contrôleur de sécurité, assiste les entreprises et les acteurs locaux de l’écoparc du Val-de-Sées, en particulier la société d’économie mixte Seenergie pour la construction et la gestion de locaux équipés en panneaux photovoltaïques. » Mais les actions de la Carsat ne s’arrêtent pas là : « Nous suivons un plan d’action régional (PAR) qui concerne les énergies marines renouvelables. En effet, trois grands parcs éoliens en mer sont prévus à l’horizon des années 2020 : Courseulles-sur-Mer (Calvados), Fécamp et Le Tréport (Seine-Maritime). » À noter que l’association Énergie Hydro-Data 2020 (EHD 2020), créée en novembre 2013 à l’initiative du département de la Manche, a pour mission d’organiser une collaboration entre grands acteurs européens de l’énergie, publics et privés, sur la transition énergétique du territoire de la Manche.

Si tous ces projets n’ont pas les mêmes calendriers, plusieurs chantiers devraient démarrer en 2016, y compris ceux des usines de fabrication de Cherbourg et du Havre. Plusieurs contacts ont déjà été établis avec les grands acteurs du secteur. « Nous avons lancé les premières analyses prospectives : une bonne concertation se met en place autour des grands projets, notamment autour de la conception des espaces de travail », se réjouit l’ingénieur-conseil.

LES ÉNERGIES « BIO », CE SONT AUSSI DES RISQUES… BIOLOGIQUES

Christine David, expert en risques biologiques à l’INRS
« La production de carburants ou de gaz d’origine biologique est susceptible d’exposer les travailleurs à des agents biologiques, possiblement pathogènes. Ces derniers peuvent être présents dans les matières premières à l’origine des biocarburants (graines, plantes…) ou des biogaz (lisiers, biodéchets…). De plus, les méthaniseurs, de même que les bioréacteurs, utilisent délibérément des micro-organismes, pour produire biocarburants et biogaz. Il convient donc, aussi bien sur les opérations de stockage que de production, de veiller à ce que les personnes soient protégées contre tous les risques associés à ce type d’activités : chimiques, machines et équipements sous pression, équipements mobiles, biologiques, etc. »
En savoir plus :
Méthanisation de déchets issus de l’élevage, de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Risques et prescriptions de sécurité. ED 6153, INRS.
« Énergies renouvelables – les biocarburants liquides dans les transports ». Hygiène & Sécurité du travail n° 239, juin 2015.

Antoine Bondéelle

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