DOSSIER

Le rugby, sport de contact, est de fait une discipline exposant aux blessures. Comment limiter les risques quand les chocs font partie intégrante du jeu ? Le Dr Jean-Pierre Guinoiseau, médecin-membre du comité directeur de la Fédération française de rugby, expose les réflexions des instances de la discipline en la matière.

Selon les chiffres de la Ligue nationale de rugby, 276 rugbymen sont sortis du terrain sur blessure au cours de la saison 2016-2017 de Top 14 et de Pro D2. Ce qui fait 98 de plus que sur celle de 2012-2013. Comment expliquez-vous l’augmentation régulière des blessures sur les terrains de rugby ?
Dr Jean-Pierre Guinoiseau.
Le rugby est un sport de contact qui expose inévitablement à des risques liés notamment aux chocs. Avec l’augmentation de la vitesse et des gabarits, qui a débuté avec la professionnalisation au milieu des années 1990 et a été crescendo depuis, le nombre de traumatismes ainsi que leur importance ont suivi une courbe ascendante. En outre, le système de jeu basé sur la puissance et l’affrontement, plutôt que sur la technique et l’évitement qui a dominé notre sport pendant plusieurs années, est un facteur aggravant. Des masses de muscles lancées à pleine vitesse les unes contre les autres, cela fait des dégâts. La charge de travail est également à prendre en considération. Le nombre et l’enchaînement à un rythme soutenu des matchs et entraînements ne laissent pas toujours le temps nécessaire à la récupération.

Quelles actions les instances du rugby français opposent-elles à cette tendance accidentogène ?
Dr J.-P. G.
Face à ce constat qui n’est pas nouveau, notre sport a notamment déjà réagi en aménageant les règles pour diminuer les risques identifiés lors de certaines phases de jeu. Par exemple, dans le but de réduire les atteintes au rachis cervical qui pouvaient survenir lors des entrées en mêlée fermée, cette dernière ne se fait plus avec élan comme c’était auparavant le cas. Toujours pour empêcher des lésions de cette partie du corps, qui peuvent entraîner des séquelles graves, le plaquage dit « cathédrale » ou le fait de se saisir de son adversaire alors qu’il est en l’air sont deux gestes aujourd’hui sanctionnés par le corps arbitral. Ces mesures ont démontré leur efficacité puisque les lésions du rachis cervical ont diminué drastiquement. Mais en parallèle, d’autres types d’accidents ont, eux, progressé, les chiffres le montrent. La problématique des commotions cérébrales, notamment, est préoccupante. Celle-ci fait partie des priorités de l’observatoire médical du rugby, dont je fais partie. Nous avons d’ailleurs émis en mars dernier des préconisations pour préserver la santé des joueurs.

Quelles sont les principales pistes de prévention proposées par l’observatoire médical du rugby en matière de commotion cérébrale ?
Dr J.-P. G.
Déjà, il faut revenir à des stratégies de jeu prônant l’évitement et permettre aux joueurs d’améliorer leur technique. Pour ce faire, il faut corriger les attitudes sur le terrain dès la formation en école de rugby. C’est le meilleur moyen d’inculquer des automatismes, notamment lors des plaquages ou des déblayages, deux phases de jeu comportant des risques accrus de commotion. D’autre part, empêcher la répétition de ces lésions sur les joueurs est impératif pour prévenir le développement de maladies neurocognitives. Dans cette perspective, l’assouplissement des règles sur les remplacements, pour autoriser à revenir sur le terrain des joueurs sortis après avoir effectué un premier temps de jeu, doit éviter qu’un joueur suspecté d’avoir subi une commotion cérébrale ne reste en jeu et n’aggrave sa situation. Ce même objectif est visé par notre proposition de faire réaliser les diagnostics par des médecins indépendants pendant les matchs professionnels pour garantir une impartialité dans les décisions.

FORMER POUR MIEUX DIAGNOSTIQUER

À l’heure actuelle, 30 % des rugbymen victimes de commotion cérébrale restent sur le terrain. Un chiffre beaucoup trop élevé quand on sait que ce type de lésion, en diminuant les capacités du joueur, augmente le risque de blessures et qu’un deuxième choc dans les 48 h peut avoir de graves répercussions sur la santé du sportif.
L’étape du diagnostic est donc primordiale. « La formation des entraîneurs et autres encadrants à repérer les signes d’une commotion serait utile. Mais les médecins doivent également compléter leurs connaissances à ce sujet pour être plus efficaces dans leur diagnostic », avance le Dr Jean-Pierre Guinoiseau.
Une première commotion entraîne une période de mise au repos total de dix jours pour limiter les récidives.
Si toutefois, dans la même saison, le sportif en subit une seconde, c’est trois semaines d’arrêt qui s’imposent. Le suivi des joueurs doit donc être irréprochable car les conséquences neurologiques de la répétition de ce type d’événements peuvent être très graves.

Damien Larroque

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