DOSSIER

Avec l’allongement de la durée de vie et le vieillissement de la population, se pose la question de la prise en charge des personnes âgées, notamment celles devenues dépendantes. De nombreux Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) existent déjà et il s’en construit régulièrement en France. Que ce soit lors de la rénovation de l’existant ou à l’occasion de la conception des nouveaux, le sujet de la prévention des risques professionnels pour les personnels qui y travaillent est essentiel. Autant que le bien-être des résidents.

Les aides techniques ne sont pas toujours adaptées pour soulager le personnel. L’organisation du travail et la formation des équipes sont aussi des éléments prépondérants pour mener une prévention efficace.

Les aides techniques ne sont pas toujours adaptées pour soulager le personnel. L’organisation du travail et la formation des équipes sont aussi des éléments prépondérants pour mener une prévention efficace.

L’accompagnement et la prise en charge des personnes âgées dépendantes sont une véritable problématique de société. En 2012, la France comptait plus de 3,5 millions de personnes de plus de 80 ans. Un chiffre qui devrait quasiment doubler d’ici 2040. Et le nombre de personnes dépendantes va lui aussi doubler sur cette même période. Pour répondre aux nouveaux besoins que ces évolutions démographiques vont engendrer, près de 550 000 lits devront être créés en Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) dans les 25 prochaines années. En permanence, aujourd’hui déjà, de nouveaux établissements sortent de terre et d’anciens sont rénovés.

Handicap physique, troubles cognitifs à divers degrés, les pathologies liées au vieillissement sont multiples et les formes de dépendance variées. La population qui arrive dans les Ehpad présente un manque d’autonomie de plus en plus important. Le personnel accompagnant se retrouve ainsi face à des situations de travail toujours différentes, avec des risques professionnels tout aussi variés. La sinistralité dans le secteur est d’ailleurs élevée. L’absentéisme et le turn-over générés par les conditions de travail ont un coût économique et social loin d’être négligeable, et une tendance à renvoyer une image dégradée de ces métiers, qui peinent à recruter.

C’est en premier lieu aux troubles musculosquelettiques, conséquences principales des manutentions et de la mobilisation des personnes, que les salariés des Ehpad sont exposés. « Les pratiques évoluent en matière de manutention, observe Laurent Kerangueven, expert assistance conseil, prévention des TMS à l’INRS. La mise à disposition d’aides techniques permet de supprimer ou au minimum de réduire la charge physique qu’implique la manutention. Attention cependant à ne pas déplacer le risque en utilisant une aide technique inadaptée à l’environnement de travail. » Les autres principaux types d’accidents rencontrés sont les chutes et glissades. Le risque infectieux et les risques psychosociaux sont aussi très présents. Ils concernent toutes les activités rencontrées dans un Ehpad : soins, lingerie, cuisine, services techniques...

Encourager l’autonomie des résidents

Pour préserver l’intégrité physique du personnel, l’un des premiers axes de prévention réside dans une conception réfléchie des espaces de travail. « Les directeurs d’Ehpad ne sont pas concepteurs, souligne Carole Gayet, pilote de la thématique aide à la personne à l’INRS. D’où l’intérêt qu’ils s’entourent des compétences nécessaires pour mener à bien un projet satisfaisant. Cela peut en particulier consister à faire appel à des programmistes, qui se chargent d’étudier les besoins, d’animer les groupes de projet et de proposer des scénarios. Dans les “majors” du secteur, il existe souvent un département conception ou architecture, mais qui tient principalement compte des contraintes budgétaires. L’activité réelle dans l’établissement demeure encore trop rarement intégrée dans les réflexions. » Penser le lieu de travail en fonction des contraintes des salariés, en associant ceux-ci au projet, et tout en veillant au bien-être des résidents, s’avère essentiel.

QUE PRENDRE EN COMPTE DANS LA CONCEPTION D’UN ÉTABLISSEMENT ?

  • Circulation (extérieure et intérieure) : éviter les chutes de plain-pied, limiter les distances, réduire les efforts pour pousser/tirer les éléments roulants…
  • Nature des sols : supprimer les risques de glissades et de chutes de plain-pied, faciliter le nettoyage, réduire le bruit lors du roulement de chariots.
  • Confort thermique et ventilation : assurer le renouvellement de l’air dans les locaux, réguler la température de l’air selon les fonctions.
  • Éclairage : optimiser l’apport d’éclairage naturel, en tenant compte des besoins à la fois du personnel et des résidents.
  • Mobilisation des personnes : la conception des locaux doit contribuer à réduire l’encombrement des allées et des chambres et à faciliter l’emploi des aides techniques par les soignants.
  • Interventions ultérieures sur ouvrage : intégrer des protections collectives à la conception pour supprimer les risques de chutes de hauteur lors des interventions ultérieures sur l’ouvrage.

Cette démarche inclut la nécessité de tout faire pour encourager l’autonomie des résidents. Les maintenir autonomes est la première des préventions. Cela concerne les aides techniques mais aussi les distances à parcourir, la longueur des couloirs, qui doivent faire l’objet de réflexions. Des unités agencées autour de couloirs courts limiteront la marche pour le personnel et contribueront à préserver l’indépendance des résidents qui parviennent encore à se déplacer seuls sur de petites distances : ils pourront ainsi se rendre par leurs propres moyens à la salle de restaurant, à la salle de bains commune ou au pôle d’activités et de soins adaptés (Pasa).

Équipements, organisation et formation

Des échanges avec les fabricants sur la conception des aides techniques (lève-personnes, chariots repas…) s’avèrent aussi souvent fructueux pour favoriser l’autonomie des résidents. Pour anticiper les cas de résidents qui deviennent dépendants, prévoir des rails de transfert dans toutes les chambres facilitera l’installation du dispositif de levage le jour où il sera nécessaire. Un point de vigilance doit par ailleurs porter sur les espaces de stockage de matériel (aides au transfert…) et de consommables. « Ils sont souvent positionnés loin, ou mal adaptés, ce qui pénalise l’activité au quotidien », constate Géraldine Vanraes, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Picardie. « Pour qu’une aide technique soit utilisée, elle doit se trouver à portée de main. Il est donc nécessaire de penser la conception en termes de proximité », insiste Carole Gayet. Car les aides techniques, souvent encombrantes, ne doivent pas gêner le passage de fauteuils roulants ou de brancards dans les couloirs.

Il ne faut néanmoins pas tout miser sur ces équipements. Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer sont le plus souvent désorientées tout en restant physiquement autonomes. Dans de tels cas, les aides techniques ne sont pas utiles. Et surtout, « outre la mise à disposition et l’accessibilité du matériel, il est nécessaire d’adapter l’organisation du travail et de délivrer au personnel les formations adaptées, observe Christophe Bon, contrôleur de sécurité à l’antenne du Val-d’Oise de la Cramif. S’il manque un de ces trois points, ça ne fonctionnera pas. » Parallèlement, le choix des sols est souvent problématique, car il doit prendre en compte les contraintes liées au roulage des aides techniques, au nettoyage, aux problématiques de chutes et d’acoustique.

Les activités autres que les soins – cuisine, ménage, lingerie, interventions techniques sur ouvrage – doivent enfin être prises en compte de la même façon (dessertes dans les salles à manger, marche en avant dans les buanderies, garde-corps en toiture…), car elles sont elles aussi sources de risques professionnels. De même que les activités de services qui se développent (coiffeurs, dentistes…) sont à intégrer dans les réflexions : penser l’accès au local, l’espace de travail, l’organisation des postes. Pour être réussi, tout projet doit à la fois prendre en compte les résidents et leurs familles et le personnel, car bien-être des salariés et confort des résidents se révèlent indissociables. 

LES CHIFFRES

  • 578 000 lits, répartis dans 7 833 établissements, c’est la capacité d’accueil en Ehpad aujourd’hui en France. Cela représente une moyenne de 16 lits pour 100 personnes de plus de 80 ans.
  • 76 %, c’est la part que représentent les Ehpad dans l’ensemble des structures médicalisées en France. Il existe trois types d’Ehpad : privés commerciaux, privés à but non lucratif (associatifs), publics.
  • 84 ans et 5 mois, c’était l’âge moyen des résidents entrant en Ehpad en 2011 (source Drees 2011, enquête EHPA), présentant souvent une situation de dépendance forte.

Céline Ravallec

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