DOSSIER

LES DÉCHETS ÉLECTRIQUES ET ÉLECTRONIQUES

© Guillaume J. Plisson pour l’INRS

La filière est jeune. À peine dix ans. En revanche, en termes de risques professionnels, la maturité n’attend pas les années. La gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) et plus particulièrement leur élimination par recyclage est une activité qui progresse vite. Tant en matière de volumes que de technologies, notamment au niveau des produits récoltés. Si la protection des salariés semble déjà bien prise en compte dans les entreprises du secteur, les évolutions des matériels obligent à un renouvellement permanent des pratiques.

Les nouveaux matériels mis sur le marché et qui, en fin de vie, arrivent sous forme de déchets obligent la filière à s’adapter notamment en mettant en place de nouvelles technologies et des process innovants, générateurs de nouveaux risques.

Les nouveaux matériels mis sur le marché et qui, en fin de vie, arrivent sous forme de déchets obligent la filière à s’adapter notamment en mettant en place de nouvelles technologies et des process innovants, générateurs de nouveaux risques.

Elle vient de fêter ses dix ans. Officiellement créée en novembre 2006, la filière DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques), qui organise la collecte, le transport, le recyclage et le démantèlement des DEEE, est partie de zéro. Une petite dizaine de milliers de tonnes de ces déchets ménagers étaient collectées en 2006, et ce chiffre a explosé pour atteindre 578 000 tonnes en 2015 en France. Même tendance, à une échelle moindre, pour les DEEE professionnels (médical, bâtiment, industrie, recherche…). Mais la marge de progression est encore grande, puisque, à ce jour, le taux de collecte atteint 45 % des appareils mis en service.

À l’origine, la filière DEEE a vu le jour pour répondre à une problématique environnementale. En dix ans, elle s’est largement professionnalisée et ce sont les éco-organismes qui l’ont structurée. Ces sociétés à but non lucratif, agréées par les pouvoirs publics pour six ans, ont organisé un réseau sur tout le territoire, avec aujourd’hui plus de 50 000 points de collecte. Elles jouent un rôle de conseil et de support auprès des entreprises de la filière.

« Nous ne possédons ni usines ni camions, et faisons appel à des prestataires, via des appels d’offres, souligne Xavier Lantoinette, directeur technique chez Récylum, un éco-organisme. Nous sommes garants du respect des règles en matière de conditions de travail inscrites dans le chaier des charges. Sans nous substituer aux patrons, aux médecins du travail, aux Dreal, etc. Nos cahiers des charges contiennent des parties consacrées à la prévention des risques professionnels. Et nous encourageons au maximum les entreprises à échanger sur les bonnes pratiques. »

REPÈRES

Est considéré comme équipement électrique ou électronique tout appareil fonctionnant avec du courant électrique, que ce soit sur secteur, pile ou batterie.

L’itinéraire des DEEE est le suivant : dépose dans des points de collecte (collectivités (59 %), distributeurs (25 %), économie sociale et solidaire (5 %), nouveaux canaux de collecte développés par les éco-organismes (11 %)), acheminement dans des centres de regroupement puis transport vers des centres de traitement, où ils sont soit recyclés, soit valorisés, soit détruits.

La collecte des équipements ménagers s’organise suivant six flux : gros électroménager froid (GEM F), gros électroménager hors froid (GEM HF), écrans (cathodiques et plats), petits appareils en mélange (PAM), lampes et tubes fluorescents, panneaux photovoltaïques. Du point de collecte au centre de traitement, des risques professionnels sont présents à chaque étape, dans chacun de ces flux.

« Selon les équipements et les procédés, on rencontre des risques mécaniques liés aux manutentions, des risques électriques, chimiques, radiologiques ou encore biologiques, présente Laure Morice, responsable études et prévention des risques chez Récylum. Les lampes présentent par exemple un risque toxicologique lié au mercure mais également des risques de coupure ou d’incendie et d’explosion-implosion pour certaines d’entre elles. Les DEEE professionnels, qui se distinguent par leur taille, nécessitent un fort taux de manipulation pour le démontage et le démantèlement. »

Des pratiques en progrès

Pendant ces années, il a fallu tout structurer en matière de prévention. L’INRS est intervenu très tôt auprès des éco-organismes pour réaliser des campagnes de mesures, en particulier sur le risque chimique, et aider à définir des méthodes de repérage des risques. Les premiers sujets d’étude ont porté sur les écrans à tube cathodique, qui contiennent du verre plombé, et les lampes. « La prévention est un mix entre recherches et actions de terrain, résume Alain Chollot, pilote de la thématique déchets et recyclage à l’INRS. Il s’agit de concilier protection des travailleurs et protection de l’environnement, en réalisant une gestion raisonnée des déchets. » La prévention s’est donc organisée en conséquence.

CHIFFRES

● 3 392 déchèteries à travers la France collectent des DEEE ménagers, 3 700 des lampes usagées. À ces chiffres s’ajoutent les milliers de points de collecte chez les grossistes, magasins de grande distribution, collecteurs de déchets ou autres déchèteries professionnelles.

● 8 à 10 % des DEEE ménagers collectés font l’objet d’un réemploi. Le reste est démantelé et les fractions sont soit recyclées, soit valorisées énergétiquement, soit stockées dans des sites spéciaux. Avec 45 % du stock d’appareils sont à ce jour collectés, la marge de progression est encore importante.

● 99, c’est le nombre moyen d’équipements électriques ou électroniques que possède chaque ménage français. Avec des disparités, les ruraux en ayant en moyenne 118, contre 75 pour les citadins, plus contraints par la place. Beaucoup de ces appareils « dorment » dans les placards.

« Les centres de traitement ont évolué, beaucoup de progrès ont été réalisés en dix ans sur les protections collectives et sur le respect du port des EPI, constate Soline Van Wymeersch, experte traitement DEEE chez Éco-systèmes, un autre éco-organisme. Des améliorations ergonomiques ont vu le jour sur certaines lignes. Les usines qui sortent de terre sont conçues en tenant compte des futures conditions de travail. Les pratiques progressent vraiment. On observe de plus en plus d’actions de formation sur les sujets liés à la prévention et la sécurité. Et on constate que de plus en plus d’entreprises recrutent une personne qualifiée en HSE, ce qui est l’occasion de mettre les pratiques à plat et d’impulser une phase de progrès. »

Méthodes d’aide au repérage des risques

La filière est aujourd’hui relativement mature en matière de gestion des risques professionnels. Néanmoins, nouvelles technologies et procédés innovants voient le jour, créant de nouveaux métiers et générant de nouveaux risques. Et de nouvelles problématiques surgissent, avec l’apparition de nouveaux matériels tels que les DEEE professionnels ou les piles au lithium, dont les tonnages collectés ne cessent d’augmenter.

« Si les flux des DEEE ménagers sont assez uniformes, les DEEE professionnels sont en plein essor, poursuit Soline Van Wymeersch. Or ces derniers présentent des problématiques assez complexes, du fait de leur encombrement ou de la nature très particulière de certains appareils. C’est un traitement sur mesure à chaque fois. »

Parallèlement, des cartographies des risques associés aux nouveaux déchets entrant dans le périmètre de reprise des éco-organismes sont mises en place, avec le concours des fabricants. C’est par exemple le cas pour les lampes à très haute pression ou les dispositifs médicaux. Des recommandations de prévention à destination des opérateurs de collecte et de traitement sont également émises.

À moyen terme, la tendance va s’orienter vers plus d’écoconception : les producteurs d’équipements électriques et électroniques seront encouragés à utiliser des matériaux plus recyclables et à mettre en œuvre des assemblages plus simples à démonter ou à recycler en fin de vie du produit, et facilitant l’identification et l’accessibilité des substances dangereuses qu’ils contiennent. « C’est un long travail qui commence, observe Xavier Lantoinette, mais une prise de conscience des grands groupes commence à émerger. On constate une vraie écoute des producteurs à l’égard des remontées que l’on peut faire. » Cette filière en mouvement constant n’en a donc pas terminé avec l’évolution de ses pratiques.

AIDER LES FABRICANTS

Éco-systèmes et Récylum ont publié au printemps dernier la première base de données européenne de matières premières et additifs composant les appareils ménagers et professionnels. Ces informations visent à aider les fabricants à faire évoluer leurs produits pour économiser les ressources naturelles et limiter l’emploi de produits dangereux. Son contenu intéresse l’ensemble des opérations depuis la collecte jusqu’à la destination finale des matériaux.

http://weee-lci.eco-systemes.com/Node/
http://weee-lci.recylum.com/ICV/

POUR EN SAVOIR PLUS

● Dossier INRS (affiches, dépliants, animations vidéos) : www.inrs.fr/metiers/environnement/collecte-tri-traitement/deee.html
● Ademe : www.ademe.fr
● Éco-systèmes : www.eco-systemes.fr
● Récylum : www.recylum.com
● Envie : www.envie.org

Céline Ravallec

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