DOSSIER

Présents dans toutes les activités professionnelles mais principalement dans le secteur industriel, les rayonnements électromagnétiques ne sont pas sans conséquences sur la santé. S’il est avéré qu’ils sont déjà à l’origine de certains effets à court terme, ils sont également soupçonnés d’en provoquer d’autres à plus long terme. Une nouvelle directive européenne va amener les entreprises à mieux prendre en compte ce risque.

Avec la nouvelle directive européenne, l’évaluation du risque champs électromagnétiques va être rendue obligatoire dans toutes les entreprises et cela passera, dans certaines, par la prise de mesures au poste de travail.
<br/>© Fabrice Dimier pour l’INRS

Avec la nouvelle directive européenne, l’évaluation du risque champs électromagnétiques va être rendue obligatoire dans toutes les entreprises et cela passera, dans certaines, par la prise de mesures au poste de travail.
© Fabrice Dimier pour l’INRS

Le risque lié aux rayonnements électromagnétiques doit-il figurer dans le document unique d’évaluation des risques de votre entreprise ? Cette question, une grande majorité d’entreprises devraient se la poser. Car au-delà du seul secteur industriel, les champs électromagnétiques, qui font partie des rayonnements non ionisants, se rencontrent dans toutes les activités professionnelles. Dès lors qu’une tension électrique existe  ou qu’un courant électrique circule, un champ électromagnétique est généré. Si aucune étude n’a à ce jour permis d’établir un lien formel entre une exposition à des champs électromagnétiques et la possible apparition de pathologies à long terme, il est admis par les différents acteurs que le recul est encore insuffisant.

Le Circ a classé comme « peut-être cancérogènes » pour l’homme (catégorie 2B) les champs magnétiques d’extrêmement basses fréquences (moins de 1 Hz) ainsi que les champs radiofréquences en rapport avec l’utilisation des téléphones portables. Des effets avérés sur le corps humain, directs et indirects, sont observés à court terme. Les effets directs peuvent être des échauffements de tissus pour des fréquences comprises entre 100 kHz et 300 GHz (radiofréquences, hautes fréquences, micro-ondes). Des effets non thermiques – stimulation de muscles, du système nerveux central, de nerfs, vertiges, phosphènes rétiniens – sont susceptibles de survenir lors d’expositions à des fréquences inférieures à 10 MHz (spectre des basses fréquences et des radiofréquences). La nature des effets indirects se traduit par des interférences avec des dispositifs médicaux électroniques implantés, des risques de projection d’objets ferromagnétiques dans un champ statique intense, des explosions ou incendies causés par des étincelles ou des courants de contact.

La nouvelle directive européenne de 2013 traitant du sujet doit être transposée en droit français au plus tard le 1er juillet 2016. Elle vise à prévenir l’ensemble des effets biophysiques connus, directs et indirects, produits par les champs électromagnétiques et remplace un précédent texte datant de 2004 qui n’avait jamais été transposé en France. « Même sans avoir été transposée, la directive de 2004 a servi de référence à certaines entreprises pour traiter la question, souligne Patrick Moureaux, expert en rayonnements à l’INRS. Elles se la sont appropriée, ce qui leur a permis d’avancer sur le sujet. » Car, dans ce texte, des seuils limites étaient déjà définis pour protéger les personnes : les valeurs limites d’exposition (VLE), qui sont des valeurs de champ électrique internes à l’organisme. Celles-ci assurent que l’exposition des salariés demeure sous un seuil en dessous duquel on ne connaît pas d’effet nocif pour la santé.

Aucune certitude sur des effets à long terme

Mais comme les phénomènes électromagnétiques ne sont pas directement mesurables dans le corps humain, des grandeurs externes au corps ont été définies pour estimer les niveaux d’exposition au poste de travail : les valeurs déclenchant l’action (VA). Le non-dépassement des VA assure le respect des VLE. Si dans le cadre d’une évaluation des risques en entreprise, les VA sont dépassées, l’employeur doit vérifier que les VLE ne le sont pas. Si elles le sont, il doit mettre en œuvre un plan d’action (mesures techniques et organisationnelles) pour ramener les expositions sous les limites définies.

L’INDUSTRIE ET LES RAYONNEMENTS ÉLECTROMAGNÉTIQUES

En milieu industriel, les plus fortes expositions aux champs électromagnétiques se rencontrent au voisinage des 8 familles d’équipements suivantes : « soudage par résistance », « magnétiseurs » et « démagnétiseurs », « chauffage et soudage par induction », « magnétoscopie », « soudage par pertes diélectriques », « électrolyse industrielle », « IRM et RMN », « chauffage par micro-ondes ». Elles concerneraient au moins 100000 opérateurs dont plus de la moitié seraient des personnes utilisant des machines de soudage par résistance. On retrouve également dans la plupart des entreprises, les champs présents dans l’environnement à des niveaux plus faibles, tels ceux, émis par les lignes haute tension et les transformateurs, la téléphonie et les stations de base, les réseaux sans fil… Généralement, les inquiétudes concernent en priorité les moyens de communication modernes (wifi, wimax, téléphonie sans fil…) alors que les puissances mises en jeu sont faibles par rapport à celles utilisées par certaines machines industrielles. Les mesures d’exposition au poste de travail confirment la nécessité pour l’iNRS de cibler ses actions de prévention autour du parc existant de machines industrielles.

Dans la grande majorité des cas, l’intensité des champs électromagnétiques est largement inférieure aux valeurs limites fixées par les textes. Certaines activités peuvent néanmoins générer une forte exposition, à l’image du soudage par rési-stance et du soudage par pertes diélectriques. « Notre pratique du terrain montre que les VA sont parfois dépassées et les salariés relatent certains effets tels que la sensation de chaleur au niveau des articulations, souligne Guy Le Berre, responsable du Centre interrégional de mesures physiques de l’ouest. Mais à ma connaissance il n’y a pas d’effets sanitaires avérés. Il n’existe pas de tableau de maladie professionnelle relatif à ce type d’exposition. Les experts du domaine n’ont pas de certitude sur des effets à long terme, mais prévention s’impose. »

Convaincre les entreprises de prendre des mesures préventives alors que des effets pathogènes à long terme ne sont pas avérés peut donc être compliqué. « Les entreprises ne connaissent pas forcément le risque électromagnétique et l’évaluent rarement. En revanche, elles sont globalement à l’écoute, constate Stéphane Tirlemont, contrôleur de sécurité au Centre de mesures physiques Nord-Picardie. Le plus souvent, des moyens de prévention assez simples peuvent être mis en œuvre, à commencer par l’éloignement du poste de travail de la source d’émission. » Quelques dizaines de centimètres sont souvent suffisants. Dans de nombreux cas, les préoccupations et questionnements des entreprises se concentrent, à tort, autour des antennes wifi. « Le plus souvent, les bornes wifi sont trop éloignées pour être à l’origine d’expositions, poursuit-il. Ce n’est pas là que se situent les risques d’exposition à des champs électromagnétiques dans les entreprises. »

Considérer les postes de travail dans leur globalité

En l’absence de certitudes, il faut être vigilant envers les populations à risque susceptibles d’être amenées à travailler à proximité de sources électromagnétiques, telles que les porteurs d’implants médicaux ou les femmes enceintes, doivent être soumises à une vigilance particulière. La question des porteurs d’implants médicaux est d’ailleurs en train de prendre de l’ampleur. De plus en plus de personnes, et de plus en plus jeunes, portent un implant actif (défibrillateur cardiaque implantable, stimulateur, pompe à insuline, implant cochléaire…), pour des pathologies très variées. L’interaction de champs électromagnétiques avec ces dispositifs peut générer des dysfonctionnements (échauffements, dérèglements…). Le maintien à un poste de travail implique parfois le réaménagement de poste.

C’est une question qui revient fréquemment, car de plus en plus de personnes en activité vont être concernées. « Les médecins du travail nous sollicitent de plus en plus sur ces questions. Nous intervenons alors pour quantifier les différents champs électromagnétiques présents. Nos mesures sont analysées par le fabricant d’implant, le cardiologue et le médecin du travail », observe Pierre Laurent, contrôleur de sécurité au Centre interrégional de mesures physiques de Limoges.

DIRECTIVE 2013/35/UE

La directive européenne 2013/35/UE du 26 juin 2013 porte sur les prescriptions minimales de sécurité et de santé pour les travailleurs exposés à des champs électromagnétiques. Elle vise à prévenir l’ensemble des effets biophysiques connus, directs et indirects, produits par les champs électromagnétiques. Devant être transposée au plus tard le 1er juillet 2016, elle remplace la précédente directive 2004/40/CE sur le sujet, qui n’avait jamais été transposée par les États membres et a été abrogée le 29 juin 2013. Pour les fréquences comprises entre 1 Hz et 10 MHz, la nouvelle directive introduit des VA (valeurs d’action) relatives au risque de stimulation du système nerveux central, et des VA relatives aux effets sensoriels limitées à la plage de fréquences 0 Hz-400 Hz. En l’absence d’informations permettant d’établir que les valeurs limites ne sont pas dépassées, des mesures devront être réalisées par les entreprises pour évaluer l’exposition de leurs salariés.

« Pour ces salariés, il faut veiller à considérer les postes de travail dans leur globalité, en tenant compte de leur état de santé et des contraintes physiques liées à leur tâche, souligne Philippe Hache, médecin et expert assistance médicale à l’INRS. Si une personne porte un implant actif, cela indique des problèmes médicaux par ailleurs. Certains postes de travail nécessitent d’être adaptés du fait de ces problèmes, sans même tenir compte de la question de l’exposition de l’implant aux champs électromagnétiques. »

C’est pourquoi des actions doivent être menées à différents niveaux : évaluation des risques dans l’entreprise, dont celle lié aux champs électromagnétiques qui va être rendue obligatoire avec la nouvelle directive, délimitation de zones de forte exposition dans les ateliers, blindage de certaines machines pour réduire les champs émis, aménagement du poste de travail, information et formation des travailleurs. Autant d’actions qui doivent être menées collectivement. « Dans le cas, de plus en plus fréquent, d’un salarié porteur d’un défibrillateur, la surveillance médicale nécessite le concours du médecin du travail, du cardiologue qui a la connaissance du dispositif implanté et du salarié lui-même, poursuit Philippe Hache. La réorganisation d’un poste réclame l’implication de l’employeur, du cardiologue, du fabricant du défibrillateur et du salarié. » L’évolution des technologies et de leur puissance génère ainsi constamment de nouveaux questionnements en matière de santé au travail.

LE SYNDROME D’INTOLÉRANCE AUX CHAMPS ÉLECTROMAGNÉTIQUES

Acouphènes, fatigue, troubles du sommeil, migraines... Environ 80 symptômes ont été décrits par les personnes souffrant d’intolérance aux champs électromagnétiques. « On est dans des manifestations avérées très diverses, touchant différents organes, avec des symptômes aspécifiques, très polymorphes », présente Lynda Bensefa-Colas, responsable de l’unité de pathologie professionnelle à l’Hôtel-Dieu. Au-delà de la seule santé au travail, il s’agit d’un sujet de santé publique. « Ces personnes sont dans une véritable souffrance, poursuit-elle. Leurs troubles sont à l’origine d’isolement, de désinsertion, d’incompréhension de la part de l’entourage. Elles ont le sentiment d’évoluer dans un environnement toxique. » Or la médecine est démunie pour leur apporter une réponse. Aucun mécanisme pouvant expliquer ces effets n’a été identifié à ce jour. « L’aide à la réinsertion en milieu professionnel passe par une prise en charge pluridisciplinaire (médecin du travail, clinicien, service d’hygiène et sécurité de l’entreprise). La démarche d’accompagnement, menée au cas par cas, doit être précoce et aider chaque salarié concerné à continuer à vivre dans son environnement professionnel. »

Céline Ravallec

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