DOSSIER

La clinique Belharra de Bayonne a ouvert ses portes en 2015, après plusieurs années de discussions pour établir ses plans et son organisation. La Carsat a été associée à ses réflexions, notamment sur la prévention des risques d’allergies lors des opérations de nettoyage et désinfection des divers dispositifs médicaux.

Les nouvelles machines à laver les endoscopes, récemment acquises, permettent de réduire l'exposition à l'acide peracétique.

Les nouvelles machines à laver les endoscopes, récemment acquises, permettent de réduire l'exposition à l'acide peracétique.

BELHARRA, AUTREMENT dit « La grande vague » en basque. C’est ainsi que se nomme la toute nouvelle clinique de Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques. Ouverte en août 2015, elle regroupe les activités de cinq cliniques auparavant situées en centre-ville. « Nous avons été associés aux réflexions menées tout au long du projet, depuis 2008, explique Xavier Dotal, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine, référent Conception des lieux et situations de travail. Nous avons notamment travaillé sur les risques d’allergies aux postes de désinfection des endoscopes, stérilisation des instruments de chirurgie et lavage des urinoirs et bassins. Et pour limiter ces risques d’allergies, nous avons cherché à supprimer au maximum l’exposition des agents aux différents produits de nettoyage et de désinfection, en particulier. »
Chaque jour, 35 endoscopes reviennent des trois salles d’endoscopie en passant par les couloirs pour être traités dans le local de désinfection puis être ensuite directement disponibles dans les salles d’examen grâce à des armoires double entrée. « Nous avons choisi de faire le trajet dans ce sens, et non l’inverse, pour qu’une fois stérilisés, les appareils soient au plus près des salles d’endoscopie », explique Richard Legeaye, le directeur opérationnel. L’acide péracétique, qui peut provoquer des irritations aussi bien des bronches que cutanées, est le produit utilisé pour désinfecter et stériliser les endoscopes.
Une première désinfection manuelle pouvant être nécessaire, un extracteur localisé avec captage intégré au bac et rejet vers l’extérieur a été installé. Une ventilation générale assure l’arrivée d’air neuf à raison d’au moins 60 m3/h/personne. Par ailleurs, trois nouvelles machines, des lave-endoscopes automatiques, ont été récemment acquises. Toutes sont raccordées au réseau d’aspiration pour capter au plus près les vapeurs nocives résiduelles et les évacuer vers l’extérieur.

Concept industriel de la marche en avant

Les armoires à double entrée offrent également l’avantage de stocker plus longtemps et plus sainement les appareils avant leur réutilisation, ce qui permet de limiter le nombre de désinfections et de manipulations. « On ne sent plus l’acide peracétique, remar­que l’une des aides-soignantes chargées des opé­rations de lavage-désinfection des endoscopes. On respire mieux et les nouvelles machines sont nettement moins bruyantes que les anciennes. Une ancienne machine fait quasiment le bruit de trois nouvelles. » Et leur consommation d'acide a été divisée par quatre.

DÉSINFECTANTS ET ANTISEPTIQUES

Les désinfectants et antiseptiques peuvent être responsables de dermatites de contact d’irritation et/ou allergiques et plus rarement d’urticaires de contact. Les allergènes en cause dans la dermatite allergique de contact sont principalement les aldéhydes et les isothiazolinones. Les ammoniums quaternaires, la chlorhexidine, le chlorhydrate de polyhexaméthylène biguanide sont plus rarement incriminés comme allergènes. Les principaux agents impliqués dans l’urticaire de contact sont la chloramine T, le formaldéhyde et la chlorhexidine.

Dans cette clinique, la chirurgie orthopédique occupe une place prépondérante. Le bloc opératoire est situé au premier étage et les locaux de stérilisation deux étages plus bas. Les opérations de stérilisation sont réalisées en interne. Le service fonctionne 6 jours sur 7, de 7 h à 22 h, avec une quinzaine d’agents sous l’autorité d’un pharmacien. « On s’est appuyé sur le concept industriel de la marche en avant, remarque Richard Legeaye. En limitant le plus possible la manutention ou l’utilisation de produits chimiques. »
Une prédésinfection a lieu au niveau du bloc : les instruments sont plongés dans un premier bac muni d’un couvercle, rempli de liquide (un détergent enzymatique alcalin). Le mélange avec ce détergent est réalisé au niveau du bloc à l’aide d’une centrale de dilution. Puis les liquides sont évacués au moyen d’une pompe aspirante et le matériel descend dans un monte-charge au R-1, dans la zone sale de la stérilisation. Alors que, avant, les agents devaient manipuler de nombreux produits pour l’alimentation des laveurs-désinfecteurs, dans les nouveaux locaux, tous les produits sont gérés par une centrale de distribution, située dans un local à part.
« Dans les discussions que nous avons pu avoir avec les agents travaillant en zone propre de stérilisation, la problématique du bruit est revenue fréquemment, remarque Cécile Delahaye, responsable santé/sécurité. Il faut dire qu’ils manipulent du métal, sur des tables métalliques, entourés de parois métalliques… nous avons ajouté des baffles acoustiques au mur pour atténuer les nuisances sonores et fait des mesures de bruit par la suite pour constater le gain par rapport au niveau initial, de l’ordre de 6 dB (A). »
Dernier point d’amélioration pour limiter l’usage des produits chimiques : les locaux destinés aux lave-bassins urinaux. La clinique en compte une vingtaine, environ deux par unité d’hébergement. Il s’agit de pièces de 3 m 2, dans lesquelles sont installés un lavabo et une machine, le lave-bassin. Son utilisation permet d’éviter le vidage manuel qui, parce qu’il génère des éclaboussures, risque de contaminer les lieux ainsi que le soignant. Il a aussi pour fonction de supprimer le nettoyage par brossage ou à la douchette qui génère des aérosols contenant des produits chimiques. Chaque cycle de lavage permet de laver quatre bassins. « On en voit malheureusement encore assez peu dans les établissements de soins, alors que ça n’est pas si compliqué à mettre en place, remarque Xavier Dotal. Et cela améliore le quotidien des soignants. » Les modèles à technologie « thermique », qui limitent l’utilisation de produits chimiques désinfectants, permettent aussi une autodésinfection du lave-bassins à chaque cycle. Des petits « plus » qui contribuent à améliorer la vie des soignants.

RICHARD LEGEAYE, DIRECTEUR OPÉRATIONNEL

« Les premières discussions autour du projet de la clinique ont vu le jour en 2008. Dès cette année-là, Xavier Dotal, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine, est intervenu pour la première fois, puis régulièrement. Avec pour objectif d’intégrer la prévention des risques professionnels dès la phase de conception, en particulier dans les fonctions techniques : stérilisation, unité de reconstitution de cytotoxiques, blocs opératoires, salle d’endoscopie et de désinfection, etc. La clinique a coûté 80 millions d’euros. La part dédiée à la prévention des risques professionnels est de l’ordre de 0,25 % du coût global. Ce qui est négligeable. Cela aurait été plus compliqué et surtout plus cher d’intervenir après-coup. »

LA CLINIQUE EN CHIFFRES

  • 30 000 m2
  • 150 praticiens, tous libéraux
  • 450 salariés
  • 14 000 patients. spécialités : médecine (gastroentérologie, oncologie) ; chirurgie ; maternité et traitement de la fertilité ; urgences

Delphine Vaudoux

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