DOSSIER

© Guillaume Plisson pour l’INRS/2020

Elles représentent la branche ferroviaire d’Onet. Les équipes d’Onet Propreté et Services du technicentre de Châtillon, dans le département des Hauts-de-Seine, assurent le nettoyage des TGV circulant sur l’axe Atlantique. Des interventions sur site, mais également en gare de Paris Montparnasse et en circulation.

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

« C’EST ICI que l’on travaille, mais nous ne sommes pas vraiment chez nous. » La caractéristique majeure des interventions menées par l’entreprise Onet Propreté et Services, au technicentre de Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, tient en un mot : coactivité. Tous les trois jours, en moyenne, les TGV circulant sur l’axe Atlantique font escale sur le site et sont nettoyés par ce prestataire de la SNCF. Le technicentre, où sont également réalisées diverses prestations de maintenance, est propriété de l’entreprise ferroviaire. Elle seule est décisionnaire quant aux aménagements et à la planification des interventions pour la centaine de rames concernées.

Un entretien court environ une heure pour 16 agents mobilisés doit rendre la rame exploitable (lavage des vitres, tablettes, sièges, sanitaires…), tandis qu’une opération approfondie – deux heures à 25 personnes consiste à la remettre dans son état d’origine. Moquettes shampooinées, elle doit être impeccable du sol au plafond. Pour la partie extérieure, les TGV passent à la « machine à laver », mais des opérations ponctuelles (façade avant, retrait des tags…) sont réalisées à la demande du client. D’autres équipes d'Onet Propreté et Services assurent le nettoyage des trains en gare de Paris Montparnasse et à bord des trains en circulation.

Un lien indispensable avec le donneur d’ordres

« Notre personnel sur le technicentre travaille en 3 x 8 sans roulement. En période normale, on reçoit jusqu’à 20 rames par vacation, avec une prise en charge répartie entre trois équipes, précise Jessica Le Goff, responsable qualité, sécurité et environnement (QSE) de l’agence Onet Propreté et Services Châtillon. L’entreprise ferroviaire nous donne une visibilité de la charge de travail la veille pour le lendemain et nous adaptons les effectifs, avec des intérimaires quand c’est nécessaire. Si nous n’avons pas la main sur les infrastructures, nous veillons à faire connaître nos besoins, le plus tôt possible. » Car quand les choses ne sont pas pensées en amont, faire avancer un sujet nécessite du temps et de la persévérance.

ORGANISATION

Chargée du nettoyage des TGV circulant sur l’axe Atlantique, l’agence Onet Propreté et Services Châtillon regroupe 200 personnes au technicentre de Châtillon, 85 en gare de Paris Montparnasse et 40 en circulation. La direction QSE régionale d’Onet définit des objectifs annuels en santé et sécurité au travail. Elle met notamment à disposition des outils de gestion tels qu’un logiciel pour le suivi et l’analyse des accidents du travail.

La gestion de la coactivité est une préoccupation quotidienne. « Sur le site, il y a des caténaires sous haute tension, des TGV en mouvement, les agents traversent les voies avec du matériel », reprend la responsable QSE. Évidemment, des procédures sont définies dans le plan de prévention obligatoire établi avec le client, en vue de prévenir les risques identifiés. Néanmoins, certains sujets restent scrutés de près. C’est le cas du risque de chute lors des montées ou descentes des rames. En 2018, deux accidents heureusement sans gravité sont survenus. Jessica Le Goff s’est rapprochée des services QSE du donneur d’ordres, pour en faire l’analyse.

Dans le même temps, alors qu’elle est ciblée dans le cadre du programme TMS Pros 1 de l’Assurance maladie-risques professionnels, l’entreprise de propreté reçoit la visite du contrôleur de sécurité de la Cramif. Le risque de chute est à nouveau relevé et la Cramif adresse un courrier à la société ferroviaire, pour que soient mises en place des mesures de protection collective. « Ensemble, nous avons travaillé sur un prototype de garde-corps pour les voies surélevées sur fosse, indique Jessica Le Goff. L’implantation, la hauteur et la distance à la fosse, pour ne pas gêner le travail, ont été discutées avec les équipes. ». 

LE CONTACT AVEC LES USAGERS

Les agents de propreté intervenant dans les trains en circulation sont exposés à des risques spécifiques liés à la présence de voyageurs. Incivilités, menaces, agressions verbales
ou physiques… Ils peuvent être mal accueillis ou même sollicités pour réaliser des tâches
qui ne relèvent pas de leurs attributions. Avec l’organisme de formation et de conseil
du secteur hygiène, propreté, environnement (Inhni), ils sont formés pour appliquer
les bon gestes : quelles sont les règles de comportement à adopter face aux usagers
pour entretenir de bonnes relations, comment se positionner et réagir face à un voyageur mécontent ou qui exige une intervention ne relevant pas des aptitudes de l’agent,
quelle attitude adopter pour éviter qu’une situation ne s’envenime, etc.

Pour prévenir le risque de déplacement des rames, des boîtiers de protection sont présents : chaque intervenant insère une clé afin d’isoler la voie et de bloquer numériquement le départ du train. Pour les travaux sous caténaires, le client a lancé une étude et mesuré toutes les hauteurs de câbles sur le site. Lors du nettoyage de la face avant des trains, deux types de perches sont utilisées : en métal, gainées et alimentées en eau, ou en bois. Une dimension maximale de la perche de 2 mètres ou 3 mètres est fixée suivant la zone d’intervention. Par ailleurs, au moins un mètre doit être laissé entre le point d’accès le plus haut et la caténaire. Tous les agents réalisant la prestation sont formés au risque électrique ferroviaire.

Des changements inattendus

Concernant l’intérieur de la rame, l’arrivée des TGV low cost et haut de gamme a changé un peu la donne. En ne facilitant pas forcément le travail. « Il n’y a plus de poubelles individuelles. On retrouve des déchets cachés partout, collés sous les tablettes, coincés entre le siège et la cloison », signale Aoua Keita, chef d’équipe. Les voyageurs font parfois preuve d’une inventivité… désarmante ! Une poubelle par compartiment, c’est trop peu. L’entreprise en a informé la société de transport. Il faut par ailleurs renforcer leur visibilité.

Autre point sensible : le retournement des sièges. « Ils doivent toujours être dans le sens de la marche en première. Pour nous, c’est plus de travail », reprend la salariée. « Sur les nouvelles rames haut de gamme, le pied de siège noir laqué est très salissant. Il faut systématiquement se baisser pour le nettoyer. Quant aux TGV low cost, ils roulent plus longtemps avant de venir sur site et arrivent très encrassés », ajoute Aminata Barry, une autre chef d’équipe. Le temps réservé à la prestation, lui, est resté le même.

« On a malgré tout du bon matériel. Les produits d’entretien n’ont plus d’odeur », reconnaissent les deux femmes. L’entreprise utilise des produits concentrés homologués par le service propreté de la société ferroviaire, et sans danger. « Les contraintes pour notre activité n’ont pas été suffisamment anticipées lors de la conception des nouvelles rames, regrette Jessica Le Goff. Pour autant, la directrice propreté du client sur l’axe Atlantique est attentive et ne prend pas uniquement une posture de donneur d’ordres. Il y a un souci commun d’amélioration des conditions d’intervention. » 

ESSAIS

En 2019, à la suite d’une proposition de la Cramif, des essais ont été menés avec une solution alternative et écologique de nettoyage de certaines surfaces textiles à la vapeur sèche, afin de limiter la fatigue, les gestes répétitifs et l’utilisation de produits chimiques. L’appareil diffuse la vapeur à une température et une pression idéales, si bien que l’agent n’a qu’à passer un coup de chiffon, sans frotter. Si du côté de l’entreprise Onet Propreté et Services, la solution était jugée pertinente, la société ferroviaire ne l’a pas retenue, par crainte de dégrader l’ignifugation des matériaux. Les recherches menées conjointement par le client et le prestataire restent néanmoins nombreuses. Actuellement, une solution de produits enzymatiques en capsule est par exemple à l’étude pour l’entretien des sanitaires. Elle permettrait de réduire les manutentions et de faciliter le travail des agents, notamment ceux intervenant dans les trains en circulation.

Grégory Brasseur

Haut de page