DOSSIER

Pour les entreprises GSF Mercure et Atalian, la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) dans le secteur de la propreté passe par un travail de coopération étroit avec le client.
Des projets pilotes, portés par un animateur prévention TMS (APTMS), en lien avec les acteurs concernés et l’entreprise d’accueil, sont menés. Avec, à la clé, des perspectives de déploiement

Les améliorations apportées, tant sur les camions que sur la future plate-forme extérieure, sont inspirées de l’activité réelle des salariés.

Les améliorations apportées, tant sur les camions que sur la future plate-forme extérieure, sont inspirées de l’activité réelle des salariés.

DEUX CAMIONS sont affectés quotidiennement à une prestation de collecte des déchets à l’Hôpital Lyon Sud, un site de 80 hectares. 70 points de collecte, au sein des unités ou au pied des bâtiments. 1 620 tonnes de déchets à enlever annuellement – dont 1 500 tonnes de déchets ménagers et des Dasri (déchets d’activités de soins à risques infectieux). Pour cette prestation, qui lui a été confiée en 2017, GSF Mercure déploie une équipe. Sa mission : regrouper les déchets sur une plate-forme extérieure et les répartir dans deux compacteurs (cartons et déchets ménagers), les Dasri étant déposés sur une aire grillagée et pris en charge par une autre société.

« Une connaissance du site et de son fonctionnement est requise, et la continuité de service indispensable : les déchets ne peuvent stagner dans les unités », souligne Évelyne Thomas, cadre supérieur de santé, responsable propreté environnement aux Hospices civils de Lyon. « Il y a beaucoup de passage. Des gens malades, fatigués, des familles… Je le répète aux gars : c’est à vous de faire attention », insiste Smaïne Mohamadi, le chef d’équipe. Le travail est physique : il faut pousser des bacs, les mettre dans les camions, charger le compacteur… Alors lorsque GSF Mercure propose un vrai projet d’étude sur les conditions de travail, Évelyne Thomas, déjà pleinement consciente des risques, s’engage sans hésiter à ses côtés.

Une démarche collective et coordonnée

« Je suis venue observer les agents dans leur activité pour relever leurs difficultés au quotidien. Ils ont été impliqués et ont participé à la réflexion sur les conditions de travail », explique Manon Ros, coordinatrice qualité, sécurité et environnement (QSE) et animatrice de prévention des TMS (APTMS) chez GSF Mercure. Les points critiques relevés font l’objet de propositions, présentées au client, avec lequel un plan d’action est établi. « On a supprimé la casquette du hayon supérieur du camion, qu’il faillait lever et baisser sans arrêt, au prix d’efforts les bras en l’air. Un vrai soulagement ! », témoigne Smaïne Mohamadi. N’étant pas imposée par la réglementation et les bacs étant fermés (donc protégés de la pluie), cette casquette était superflue.

LA PROPRETÉ SE MOBILISE EN RHONE-ALPES

En lien avec les actions impulsées par la branche professionnelle, la Carsat Rhône-Alpes propose aux entreprises une démarche coordonnée intégrant le programme de prévention des TMS. Celle-ci s’appuie sur le dispositif de formation-action APTMS associant des consultants référencés par la branche professionnelle et reconnus par l’Assurance maladie-risques professionnels et l’INRS. En complément, des temps en entreprises sont proposés : prédiagnostic et accompagnement à la mise en œuvre des actions ainsi que pérennité de celles-ci. La démarche prévoit également des échanges entre pairs, pour partager et démultiplier les bonnes pratiques au sein de la profession. Le forum régional « Santé et sécurité au travail Propreté », qui s’est tenu le 21 novembre à Saint-Priest, dans le Rhône, a été l’occasion de présenter ce dispositif intégré en présence des parties prenantes mobilisées : entreprises, services de santé au travail, Carsat, consultants et fournisseurs…

Les sols de la plate-forme d’accueil des déchets, abîmés et en pente, ont été restaurés… en attendant mieux. Car une nouvelle plate-forme sera inaugurée en 2020. « Les Hospices civils de Lyon ont intégré les contraintes liées à l’activité du prestataire dès sa conception, anticipant les questions d’accès, les manœuvres avec le camion, les manutentions des bacs… », souligne Marjorie Poupet-Renaud, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes et coordonnatrice du programme TMS Pros pour GSF Mercure – TMS Pros est un programme national de prévention de l’Assurance maladie-risques professionnels pour accompagner les entreprises ayant une sinistralité avérée sur le risque de TMS . Les bacs Dasri étant trop imposants et les salariés les jugeant peu pratiques dans les ascenseurs, ils ont été remplacés par de petits contenants.

Sur la plate-forme, un laveur-retourneur de bac a été installé. « La désinfection des bacs est une tâche très physique. Mais l’emplacement du retourneur-laveur n’est pas pratique. La pression de l’eau est trop faible. On perd du temps », regrette le chef d’équipe. Message reçu : sur la nouvelle plate-forme, son positionnement sera plus stratégique. Et l’amélioration de l’efficacité du dispositif est à l’étude.

« La charge de travail augmentant, nous avons, à la demande de Smaïne, ajouté une personne à temps plein, complète Sylvain Truffet, chef d’établissement GSF Mercure. Les tournées ont été réorganisées, en lien avec le client, pour éviter que des déchets stagnent dans les services qui ferment le vendredi à 16 h et ne rouvrent que le lundi. » « Nous regardons le prestataire comme un partenaire qui nous aide dans la réalisation de nos missions. Ce dialogue permanent garantit la sécurité des agents et le maintien d’une prestation de qualité », atteste Évelyne Thomas.

Tester, ajuster…

À quelques kilomètres, à Vénissieux, un autre géant du secteur, Atalian, a, lui aussi, noué un partenariat solide avec un client, Bosch Rexroth, pour améliorer les conditions de travail de ses agents. « Travaillant avec la Carsat sur le projet TMS Pros, nous recherchions des sites où étudier le travail de nos agents, en étant accompagnés du client, avec lequel nous avons des activités connexes », explique Karine Guillaume, directrice d’agence Atalian. C’est Renée Rolland, formatrice interne Atalian et APTMS, qui s'est investie dans la mission. Renée Rolland est une passionnée. D’abord, elle est allée rencontrer une salariée volontaire, affectée au nettoyage des bureaux, pour lui présenter l’utilité de la démarche et lui soumettre un questionnaire. Puis elles ont pris rendez-vous pour la filmer pendant son travail. 

CAPITALISER POUR LES PROJETS FUTURS

 « Il est important que les remarques partent du terrain, de ceux qui réalisent le travail. On ne peut pas avancer sans les équipes et chefs d’équipe. L’hôpital fonctionne comme une petite ville et nous n’avions pas d’autre chantier à cette échelle », explique Sylvain Truffet, chef d’établissement chez GSF Mercure. Pour lui, l’action menée avec l’Hôpital Lyon Sud pourra servir pour d’autres marchés, avec des structures du même type. Au niveau régional, GSF Mercure a deux coordonnatrices qualité sécurité environnement, dont Manon Ros. Toutes deux ont été formées APTMS. « Nous voudrions que nos inspecteurs, à qui se réfèrent directement les chefs d’équipe, soient également formés APTMS », poursuit-il. Du temps leur a été octroyé en ce sens. En charge des objectifs commerciaux, l’inspecteur maîtrise le site, manage les équipes et a une vision panoramique sur l’activité. La volonté est de mettre en place ce binôme à double compétence (terrain et prévention) pour mener des actions coordonnées et enrichir le retour d’expérience.

Avec une baguette magique, que changerait-elle ? Deux choses : la difficulté de passer les portes avec le chariot et la collecte des déchets. « Depuis quinze ans, on fait des jolies poubelles partout, volumineuses, individuelles… et surtout pas pratiques ! L’agent a l’impression de passer son temps à les vider. En regardant son film, la salariée a pris du recul », commente Renée Rolland. Puis tout le monde s’est retrouvé autour de la table. « Des espaces de discussion ont été mis en place avec le client sur ce qui peut faire tension dans le travail, complète Maud Artaud, ingénieure-conseil à la Carsat Rhône-Alpes, responsable du projet propreté. Il fallait en déterminer les causes racines, débattre de l’organisation, faire des propositions. » Les choix ont été finalisés avec les salariés. Utiliser par exemple des chariots plus petits.

Concernant la collecte, Bosch Rexroth a profité du réaménagement de ses bureaux pour concevoir une zone test. « Nous avons informé nos équipes des contraintes pour les agents de propreté et indiqué que nous mettrions en place une collecte sélective avec apport collaboratif, détaille Georges Pascalon, responsable maintenance des bâtiments et installations générales chez Bosch Rexroth. Nos salariés disposent, sur leur bureau, d’un bac papier, qu’ils vident à leur convenance dans un collecteur dans le couloir. Pour les autres déchets, nous avons conservé une poubelle non plus individuelle mais par îlot de bureaux. » À l’usage, le juste compromis sur le nombre de poubelles et de collecteurs à prévoir devrait être trouvé. Avant un déploiement plus large.

FORCE DE PROPOSITION

Chez Atalian, la région Rhône-Alpes est pilote pour la construction d’un modèle qui s’appuie sur la complémentarité des formateurs internes et des équipes QSE. « Il faut désormais développer le travail sur l’amont et intégrer les bureaux d’études et les achats, estime François-Xavier Manginot, coordinateur QSE chez Atalian. Les remontées de terrain et les expériences menées par exemple avec l'entreprise Bosch Rexroth doivent leur donner la possibilité d’être proactifs, de proposer des solutions de prévention dès le départ. »

Côté Atalian, Malika Djebbour, chef d’équipe n’a que de bons retours. « On gagne du temps pour mieux nettoyer les bureaux », confirme Danielle Garcia, agent d’entretien. Tous les deux jours, les collectes de papier dans le couloir sont réalisées par l’équipe « des garçons » qui se charge aussi des déchets de l’atelier. « Nous nous sommes lancés avec un client allié, estime Raphaël Vente, responsable QSE et méthode Sud-Est chez Atalian. On y gagne en performance globale en apportant une prestation plus intelligente, orientée vers la réponse aux besoins du client. » Un premier pas qui, pour Karine Guillaume, ouvre une voie : « Si nous proposons à d’autres clients une solution qui a fait ses preuves – y compris du côté de l’entreprise qui nous accueille – et réduit la pénibilité de nos agents sur des tâches répétitives du tertiaire, nous ne rencontrerons pas de levée de boucliers. ». 

MARCHER ENSEMBLE

 « Il faut faire les choses collectivement, les partager, estime Philippe Galera, directeur général de Rhoni Group. La Fep nous y incite de plus en plus. Dans le programme d’accompagnement proposé par la Carsat, il y a également la volonté d’alléger la partie administrative du contrat de prévention et d'en réduire les délais. C’est très important pour une PME car la lourdeur administrative est parfois un motif de découragement. »

« LA PROPRETÉ ARRIVE EN BOUT DE COURSE DANS LA CONCEPTION »

C’est une PME à taille humaine. 300 collaborateurs pour 180 ETP. À Brignais, à côté de Lyon, Rhonis est une société d’hygiène, propreté et services associés qui travaille pour l’industrie comme pour le tertiaire. « L’entreprise est intégrée à un groupe qui dispose d’une expertise sur l’ensemble des métiers liés à la gestion des bâtiments. Cette culture générale est un véritable atout car la propreté arrive souvent en bout de course dans la conception des bâtiments », regrette Philippe Galera, directeur général de Rhoni Group. Récemment, pour le marché de la nouvelle caserne de pompiers Lyon-Confluence, Rhonis a été écoutée, dès la conception, sur ses besoins : taux d’occupation du bâtiment, stockages, arrivées d’eau… Mais c’est encore exceptionnel.

« Dans le métier, nous avons des enjeux de bien-être au travail, de recrutement, de fidélisation. Nous mutualisons les temps de travail et organisons les interventions de façon à avoir des mobilités cohérentes et une fidélité des salariés sur site très appréciée du donneur d’ordres », reprend-il. L’entreprise y gagne aussi sur la formation et la logistique d’approvisionnement des matières premières. Elle s’appuie sur des partenaires : la maison de l’emploi et de la formation de Lyon, au fait des particularités locales ; la Fédération des entreprises de propreté (FEP), qui a établi des bonnes pratiques nationales ; la Carsat, qui l’accompagne sur la santé et la sécurité au travail l’entreprise a par exemple bénéficié d’une aide financière pour équiper les véhicules : grillage arrière, arrimage du matériel… ; les fournisseurs, impliqués sur la recherche d’outils ergonomiques ou encore la dilution des produits. Rien n’est acheté au hasard. Les équipements sont testés dans les centres des fournisseurs agréés, puis sur site.

Grégory Brasseur

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