DOSSIER

© Guillaume Plisson pour l’INRS/2020

Confronté à des maladies professionnelles chez ses salariés chargés du ménage, le groupe de nettoyage Labrenne a réalisé en interne un modèle de corbeille à papier suspendue pour leur éviter d’avoir trop à se pencher. Après des essais au siège, le déploiement commence auprès des entreprises clientes.

Les corbeilles suspendues évitent aux personnes chargées du ménage de se pencher continuellement pour vider les poubelles.

Les corbeilles suspendues évitent aux personnes chargées du ménage de se pencher continuellement pour vider les poubelles.

PARCE QU’ON n’est jamais mieux servi que par soi-même, l’entreprise EDS, filiale du groupe Labrenne spécialisée dans le nettoyage tertiaire, réfléchit en interne à des aménagements pour prévenir l’apparition de troubles musculo­squelettiques et de lombalgies auprès de son personnel de terrain. Basée à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, l’entreprise compte 1 700 salariés et intervient dans des bureaux d’entreprises sur toute l’Île-de-France.

En 2013 a lieu une première rencontre avec la Cramif. À l’époque, la situation n’est pas florissante, avec des accidents du travail nombreux (douleurs au dos, chutes), ainsi que des maladies, principalement le syndrome du canal carpien. Avec un fort taux d’absentéisme et des taux de cotisation en hausse, l’entreprise doit réagir. Elle est alors intégrée dans le programme national TMS Pros. « Les observations in situ ont montré que les femmes de ménage se penchent trois ou quatre fois pour vider une poubelle de bureau », décrit Pascal Poiron, contrôleur de sécurité à la Cramif. Cette situation de travail, identifiée comme la plus problématique pour le dos, est donc ciblée en priorité.

Analyser l’activité

En interne, des réflexions se lancent alors pour développer un nouveau type de corbeille. « Ce qui importe, c’est que les corbeilles soient sur­élevées et non au sol, insiste-t-il. Peu importe sur quoi elles reposent, le tout est que le support n’apporte pas de nouvelles contraintes de nettoyage ou de manutentions. » Le responsable des achats, Duarte Nune, et le cogérant, Philippe Caussin, portent le projet, avec le soutien de la Cramif et du médecin du travail. À partir de l’analyse du travail, plusieurs versions sont élaborées avant d’aboutir à l’actuelle corbeille à papier suspendue.

D’AUTRES RISQUES PROFESSIONNELS PRIS EN COMPTE

L’emploi des produits chimiques a également fait l’objet de réflexions au sein du groupe Labrenne. Deux constats ont été faits à la suite de l’observation des situations de travail :
les transports et manutentions de bidons de produits pouvant atteindre jusqu’à 5 litres étaient contraignants, et leur conditionnement engendrait une surconsommation de produits ménagers. La solution est passée par l’achat de capsules prédosées. Ces capsules contiennent la quantité exacte du produit nécessaire par rapport au volume d’eau utilisé. Elles se percent lors du vissage sur le flacon, suppriment le contact direct avec les produits ménagers, sont beaucoup plus légères et recyclables une fois utilisées.

« On préfère parler de corbeille plutôt que de poubelle car elle est conçue pour la récupération des papiers », souligne Nathalie Leblanc, responsable santé du groupe Labrenne et personne-ressource formée en interne dans le cadre de TMS Pros. Des essais ont eu lieu entre 2017 et début 2019 pour recueillir les avis et impressions des utilisateurs. Présentes dans quasiment tous les bureaux au siège, ces corbeilles sont visiblement bien adoptées par les salariés. « Je préfère l’avoir de façon déportée, car mon bureau est déjà bien encombré », témoigne une salariée qui l’a installée sur une étagère, à portée de main. Pour peaufiner l’idée, un support en bois réalisé en partenariat avec un lycée technique voisin est d’ailleurs actuellement à l’essai.

Un déploiement dans les entreprises clientes est parallèlement mené depuis mi-2019. « On rencontre des résistances car cela change les habitudes, il y a les inévitables blocages face à la nouveauté, commente Nathalie Leblanc. Et l’on fait parfois face à des problèmes liés à la configuration du mobilier pour accrocher la corbeille. » Les corbeilles suspendues s’avèrent bénéfiques pour les agents en termes de postures de travail, et l’entreprise a désormais un rôle pédagogique à tenir auprès de ses clients pour les convaincre de leur intérêt afin qu’elles soient déployées à grande échelle. 

Céline Ravallec

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