DOSSIER

Allo Nettoyage teste une nouvelle solution pour laver les vitres en hauteur sans risque de chutes. La Carsat Nord-Est a participé financièrement à l’achat de ce système qui s’avère bénéfique également dans la prévention du risque chimique et des troubles musculosquelettiques.

Les perches permettent d’accéder sans efforts et depuis le sol à toutes les vitres et évitent les risques de chutes de hauteur.

Les perches permettent d’accéder sans efforts et depuis le sol à toutes les vitres et évitent les risques de chutes de hauteur.

« JE SUIS IMPRESSIONNE par le système », reconnaît Francis Monnet dans un sourire. L’agent de service qualifié chez Allo Nettoyage est en train de tester une nouvelle façon de laver les vitres. À l’entrée du palais des sports Jean-Weille, à Nancy, les plus imposantes se trouvent à cinq mètres de haut, mais Francis Monnet accomplit sa tâche les pieds bien ancrés sur la terre ferme. Il utilise une perche télescopique en fibre de carbone, reliée par un tuyau à un système de filtration d’eau embarqué dans une camionnette.

L’entreprise familiale Allo Net­toyage emploie 160 salariés qui interviennent sur de nombreux chantiers de nettoyage et d’entretien dans le Grand-Est. Principalement dans des locaux professionnels. Quatre salariés procèdent au lavage des vitres. « Pour les vitres hautes, nous utilisons des nacelles afin d’assurer la sécurité des salariés, explique Julien Gutfreund, directeur d’Allo Nettoyage. Et quand, pour des raisons d’accessibilité, ce n’est pas possible, nous sous-traitons cette activité à des cordistes. »

Certains chantiers de lavage de vitres de l’entreprise peuvent se situer très haut. C’est pour limiter le risque de chutes de hauteur que le directeur de l’entreprise s’est intéressé à une nouvelle solution de nettoyage des vitres depuis le sol. Les bénéfices pour les salariés semblent aller au-delà : absence de produits chimiques, réduction des gestes répétitifs et des ports de charges. « C’est la première fois que la Carsat Nord-Est finance ce type d’équipement, dans le cadre d’un contrat de prévention signé avec l’entreprise en 2019 », explique Ilizabete Magalhaes-Antoine, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Est.

Francis Monnet est le premier agent de l’entreprise à tester l’équipement. Le fournisseur du système embarqué l’a formé à son utilisation et à sa maintenance. Il suffit de remplir la réserve avec de l’eau du robinet à l’aide d’un tuyau, ce qui évite de porter des seaux et des bidons d’eau. « Il y a des filtres et du sable à changer régulièrement dans la camionnette », explique-t-il. L’eau passe par cinq filtres, elle est donc très pure. « On s’affranchit ainsi de l’utilisation de produits nettoyants, qui sont souvent des irritants, c’est donc un plus pour la protection de la santé de nos salariés, apprécie Julien Gutfreund. Et cela nous permet de répondre à des appels d’offres de chantiers de nettoyage de plus en plus exigeants sur les aspects environnementaux. » « Même sans produit chimique, le résultat est bon », constate l’agent.

Même sans produit chimique, le résultat est bon.

LIMITER L’EXPOSITION AUX PRODUITS CHIMIQUES

Afin d’éviter le contact cutané des agents d’entretien avec le produit chimique concentré, Allo Nettoyage s’est mis il y a six mois à utiliser des mini-centrales de dilution. Elles se présentent comme des pulvérisateurs avec un réservoir d’eau, rempli par le salarié, et une cartouche de produit concentré, jetable. Elles existent pour des désinfectants, des détartrants, des nettoyants pour les vitres et les surfaces…
Cela évite aussi les erreurs de dilution car le dosage se fait automatiquement lors de l’utilisation du produit. Celui-ci est vaporisé sous forme de mousse et ne produit pas d’aérosols, ce qui permet aussi d’éviter l’exposition des salariés aux produits par voie respiratoire. « Les mini-centrales limitent aussi le port par les agents des bidons de 5 l de produits concentrés », note Julien Gutfreund.

« J’ai beaucoup moins de gestes à faire », apprécie Francis Monnet. Un seul passage suffit pour nettoyer les vitres contre trois par la méthode classique : un premier pour le lavage, un second avec la raclette et enfin le passage d’une lingette, avec la nécessité, entre chaque étape, de changer l’embout. Moins de mouvements répétitifs du poignet et du bras, et donc moins de risques de troubles musculosquelettiques (TMS), tout comme un gain de temps.

Un système flexible

« Nous avons déjà acheté trois perches de 3 m, 8 m et 15 m. Elles pèsent entre 900 g et 2,4 kg, précise le directeur d’Allo Nettoyage. Et nous allons sûrement investir dans celle de 20 m. » Cela permettra de limiter le recours aux cordistes. Grâce à ce système, et à son tuyau de 100 m enroulable, à peu près tous les chantiers de nettoyage de vitres seront désormais accessibles. Et ce sans nécessiter le recours à une nacelle, que l’entreprise doit louer sera également. « Limiter le recours à ces engins facilitera l’organisation du travail au sein de l’entreprise », estime Julien Gutfreund.
Grâce aux deux arrivées d’eau, les salariés peuvent continuer à travailler en binôme comme ils en ont l’habitude. Le système peut aussi chauffer l’eau jusqu’à 60 °C. « Nous n’avons pas encore testé cette option, mais elle pourrait permettre de nettoyer les vitres même en hiver… et ainsi de mieux répartir la charge de travail sur l’année », anticipe-t-il. Cette activité connaît en effet un pic à la belle saison.

ALLO NETTOYAGE

  • Allo nettoyage est une entreprise familiale, créée en 1997. Elle compte aujourd’hui 160 salariés. Ses chantiers s’étendent à toute la région Grand Est : nettoyage et entretien de vitres, de moquettes et tapis, de sols et de surfaces de travail.
  • La société d’entretien est également spécialisée dans le bionettoyage dans le milieu médical. Elle intervient dans des pôles de santé, des cabinets médicaux ou encore des pharmacies.
  • Certains chantiers de nettoyage de vitres traités par Allo nettoyage atteignent plusieurs dizaines de mètres.

Pour les vitres les plus hautes, les salariés peuvent enfiler un harnais qui supporte la perche et stabilise leurs gestes. L’entreprise a également investi dans des lunettes avec miroirs : « En regardant en face on voit en l’air et on n’a pas besoin de pencher la tête en arrière : une belle trouvaille ça aussi », témoigne Francis Monnet. « Il est possible aussi de mettre une caméra au bout de la perche pour éviter d’avoir à lever la tête, ajoute Julien Gutfreund. On le testera peut-être. »

Après avoir fini les vitres extérieures, l’agent s’attaque aux encadrements et aux bardages. « Ça fonctionne aussi », se réjouit-il. « Nous allons acquérir une brosse spécifique, qui épouse la forme des bardages », ajoute le chef d’entreprise. Pour nettoyer la face intérieure des vitres, Francis Monnet enfile un sac à dos, contenant un réservoir d’eau de 5 l qu’il a rempli d’eau purifiée dans le camion. Il le raccorde à une perche, extensible jusqu’à 10 m, qui pulvérise de l’eau à la demande par simple pression d’un bouton. « L’ensemble fonctionne vraiment bien, on devrait peut-être aussi l’essayer pour les vitres à hauteur d’homme », suggère Francis Monnet. Il formera ensuite les trois autres laveurs de vitres à ce nouveau système, ainsi que d’autres agents qui souhaiteraient s’ouvrir à cette activité.

« La méthode classique de nettoyage de vitres exige une certaine technique pour ne pas laisser de traces de produit nettoyant. Cela ne semble pas être le cas avec l’eau pure », indique Julien Gutfreund. « Il existe beaucoup de matériel innovant dans les métiers du nettoyage, note le chef d’entreprise. Nous en testons dans toutes les activités de l’entreprise, afin de répondre aux enjeux importants en santé au travail de notre secteur », souligne-t-il. Chaque chantier de nettoyage présente ses spécificités : les solutions pour améliorer les conditions de travail ne sont donc pas toujours les mêmes, mais s’adaptent aux besoins des agents d’entretien. 

Katia Delaval

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