DOSSIER

L’entreprise de métallerie-serrurerie Arcom à Lannion a récemment emménagé dans un nouveau bâtiment qu’elle a façonné à son image, tout en intégrant les principes généraux de prévention.

Au sein de l’atelier, les flux de travail ainsi que la position des machines et des espaces de rangement ont été étudiés pour réduire les manutentions. Pour les charges lourdes, elles sont facilitées par les deux ponts roulants qui couvrent toute la longueur de l’atelier.
<br/>© Sylvie Legoupi pour l’INRS

Au sein de l’atelier, les flux de travail ainsi que la position des machines et des espaces de rangement ont été étudiés pour réduire les manutentions. Pour les charges lourdes, elles sont facilitées par les deux ponts roulants qui couvrent toute la longueur de l’atelier.
© Sylvie Legoupi pour l’INRS

Dans la zone industrielle de Lannion, dans les Côtes-d’Armor, où se côtoient les grands noms de l’électronique et des télécommunications, l’entreprise de métallerie-serrurerie Arcom pourrait passer inaperçue. Ce n’est pas le cas : de la route, le bâtiment se distingue nettement de ses voisins par sa façade irisée, en brise-soleil, habillée d’aluminium découpé au laser. « Je voulais que le bâtiment soit la vitrine de notre savoir-faire et de ce que nous réalisons pour nos clients : la métallerie pour le bâtiment », explique Olivier Le Buhan, gérant de l’entreprise familiale. Cette dernière propose une multitude de produits sur mesure en inox, acier ou aluminium : des garde-corps, portes, passerelles… et elle se diversifie également vers du mobilier en aluminium ou en acier, destiné au jardin ou à l’intérieur, qui équipe d’ailleurs les bureaux de l’entreprise.

En plein essor, l’entreprise familiale se trouvait à l’étroit dans son espace de travail de 1 700 m2 situé non loin de là. Le nouveau bâtiment, de 2 900 m2, a été érigé en 2011, et les conseils de la Carsat Bretagne ont alimenté le projet (lire l’encadré p. 27). Les 22 salariés, également impliqués dans le projet, ont pu y emménager à la fin de l’année 2012. Concernant la conception, l’entreprise n’en est pas à son coup d’essai : c’est déjà le troisième bâtiment dans lequel elle emménage pour faire face à la croissance de ses activités. « Les défauts du précédent étaient le manque de lumière et le bruit, nous en avons tenu compte lors de la conception de ce nouvel espace. Bien que nous ayons anticipé beaucoup de points, quelques ajustements ont été nécessaires pendant les travaux », reconnaît Olivier Le Buhan.

La prise en compte de la prévention des risques professionnels se retrouve dès la façade, dont l’esthétique n’est pas antinomique avec la sécurité lors des interventions ultérieures : entre la baie vitrée et l’habillage d’aluminium, un espace a été prévu pour laisser la place à une passerelle nécessaire au nettoyage des vitres. L’essentiel de la surface des nouveaux locaux est attribué à l’atelier (2 500 m2), où huit personnes travaillent les métaux.

SYSTËME D’ASPIRATION DES FUMÉES DE SOUDAGE

Le soudage à l’arc produit poussières et gaz nocifs, potentiellement cancérogènes pour l’homme. Afin de les capter à la source, l’entreprise a équipé ses dix postes de soudage semi-automatique de torches aspirantes, reliées à un système d’aspiration généralisée avec filtre. « Je montre souvent aux soudeurs l’accumulation des poussières dans le filtre, qui sont coincées là plus que dans leurs poumons. Ils voient concrètement à quoi servent les mesures de prévention », souligne Olivier Le Buhan. Ce système d’aspiration rend toutefois la nouvelle torche plus lourde : des potences ergonomiques ont donc été mises en place pour les suspendre à hauteur réglable afin d’éviter les TMS. Pour protéger les opérateurs des arcs de soudure, les dix postes sont isolés les uns des autres par des panneaux de séparation anti-projections, amovibles.

L’entreprise maîtrise l’intégralité du processus de production de ses ouvrages métalliques : découpe laser qui permet un usinage précis des métaux selon le modèle de motifs choisi, pliage, sciage, soudure et peinture. Cette dernière activité s’est beaucoup développée, le déménagement a été l’occasion de s’équiper d’une cabine de peinture fermée du type de celles utilisées pour les carrosseries de voitures, suffisamment grande pour accueillir toutes les pièces travaillées.

Lumière et ouvertures

Au-dessus de l’atelier, c’est une voûte zénithale, en polycarbonate, qui apporte la lumière au niveau de la toiture terrasse. « Une grille a été installée sous cette voûte afin de protéger les opérateurs intervenant sur les toits en cas de chute consécutive à la rupture du polycarbonate », précise Pierre-Yves Le Bris, contrôleur de sécurité de la Carsat Bretagne, habitué à travailler sur la conception des espaces de travail. Par ailleurs, toutes les portes sectionnelles d’accès à l’atelier sont également vitrées. C’est notamment pour favoriser l’apport de lumière naturelle dans tous les recoins de l’entreprise et la vue sur l’extérieur qu’une baie vitrée a été installée d’une part entre l’atelier et, d’autre part, entre l’accueil et les bureaux. « J’ai aussi souhaité que l’atelier ne soit pas coupé du reste de l’entreprise », souligne Olivier Le Buhan.

EXERGUE

En conception, il est très important de travailler sur les flux.

En termes de bruit, l’amélioration de l’acoustique a été permise par le choix de matériaux microperforés, les plus adaptés à l’activité de l’atelier, grâce aux recommandations de la Carsat. En même temps, le confort thermique a été pris en compte avec l’utilisation de matériaux thermo-isolants. « Une isolation exclusivement phonique ou thermique revient aujourd’hui quasiment au même prix qu’une isolation thermo-acoustique, alors autant envisager les deux d’emblée lors de la conception », note Pierre-Yves Le Bris. En outre, pour réduire le bruit dans l’atelier, le local à air comprimé, qui alimente la machine de découpe laser et le réseau d’outillage, a été bâti à l’extérieur.

Gestion des flux à l’intérieur comme à l’extérieur

« En conception, il est très important de travailler sur les flux », souligne Pierre-Yves Le Bris. À l’extérieur déjà, le flux des véhicules légers ne croise jamais celui des poids-lourds. Ces derniers arrivent directement dans l’atelier pour décharger les matières premières, à proximité de l’espace de stockage. À l’intérieur de l’atelier, le flux de travail et la position des machines ont été étudiés pour réduire les manutentions. Les allées de circulation ont été élargies par rapport à l’ancien bâtiment. « Avoir de l’espace, c’est important dans un atelier, cela contribue beaucoup à limiter les risques d’accidents », insiste Pierre-Yves Le Bris. Les troubles musculosquelettiques étaient déjà bien pris en compte dans l’ancien atelier, grâce à un équipement qui a été conservé : deux ponts roulants couvrent toute la longueur de l’atelier pour faciliter la manutention de charges lourdes.

L’atelier n’est pas le seul à avoir profité de l’agrandissement. La surface des bureaux a été triplée par rapport aux anciens locaux et une salle de réunion a pu être créée. Au même titre, les locaux sociaux ont été agrandis. La salle de pause a fait l’objet d’une attention toute particulière : les salariés peuvent y préparer leur déjeuner comme à la maison, car ils disposent d’une cuisine entièrement équipée. Une télévision a également été installée dans cet espace de détente.

L’entreprise a essayé d’anticiper son développement. « Dans l’éventualité d’une augmentation des volumes de production, une réserve foncière a été prévue pour un agrandissement, à l’arrière du bâtiment », explique Olivier Le Buhan. En attendant, elle est utilisée comme verger par les salariés.  

INTERVIEW

Pierre-Yves Le Bris, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne
« Pour être efficace en conception, il est indispensable de dépasser l’approche strictement réglementaire qui se limite à l’obtention d’un bâtiment conforme. Il s’agit d’accompagner l’entreprise dans une approche fonctionnelle, afin d’obtenir un bâtiment pensé pour le travail. C’est ce que nous avons réalisé, ensemble, avec la métallerie Arcom. D’abord, par une étude approfondie des postes et de l’environnement de travail : cette démarche ergonomique a été menée avec les salariés pour analyser les différentes situations de travail. Pour les chefs d’entreprise, nous sommes des conseillers atypiques car nous sommes souvent les seules personnes extérieures à leur proposer un point de vue désintéressé, puisque nous ne leur vendons rien. Ils savent qu’ils peuvent être en confiance. »

Katia Delaval

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