DOSSIER

Pas facile pour une TPE d’accepter d’être dans le programme TMS Pros alors qu’elle pense déjà au bien-être de ses salariés. Mais les dirigeants d’Astic, une société auvergnate de nettoyage, ont su se laisser convaincre par la Carsat Auvergne.

Avant même d’atteindre l’étape 3, Astic a proposé des solutions à ses salariés, comme des manches téléscopiques au bout desquels peuvent être fixées des lingettes.

Avant même d’atteindre l’étape 3, Astic a proposé des solutions à ses salariés, comme des manches téléscopiques au bout desquels peuvent être fixées des lingettes.

Il est 6 h 30 ce matin-là. Cela fait déjà une demi-heure que Christelle et Diana, agents de nettoyage, ont commencé leur travail dans un cabinet d’architectes au cœur de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme. 1 400 m2 sur deux étages, avec un planning de tâches à effectuer réparties sur cinq jours de la semaine, à raison de deux heures par jour. Sauf les blocs sanitaires et les poubelles qui doivent être faits quotidiennement. Christelle et Diana travaillent en binôme pour la société Astic, une TPE de 30 salariés, soit 27 équivalents temps-plein, qui réunit essentiellement des agents d’entretien, mais aussi des personnes chargées du lavage de vitres, du nettoyage de fin de chantier, de la gestion de conteneurs et de l’entretien des espaces verts... Des métiers particulièrement sollicitants pour les articulations.

« Quand on a reçu, en 2014, une invitation de la Carsat Auvergne (https://www.carsat-auvergne.fr/) pour se rendre à une réunion d’information sur la démarche TMS Pros, on ne s’est pas vraiment sentis concernés... et nous n’y sommes pas allés », explique sans détour Angel Encinas, le dirigeant d’Astic. Cette entreprise a donc fait partie des 10 % d’entreprises ciblées par le programme TMS Pros en Auvergne à ne pas s’être rendues à l’une des réunions organisées par la Carsat. Autant dire que la partie était loin d’être gagnée. Mais c’était compter sans la ténacité de la Carsat : « Nous avons fait le pari d’accompagner individuellement les 153 entreprises ciblées dans notre région », précise Remi Gigoux, contrôleur de sécurité à la Carsat, en charge alors d’Astic.

Il se déplace pour expliquer la démarche à Angel Encinas et sa fille Marion, assistante de gestion dans l’entreprise. Ceux-ci acceptent de se rendre à la formation « pilote de projet » à la Carsat, « à deux car on ne savait pas très bien comment ça allait se passer », précise la jeune femme. À l’issue de cette réunion, au cours de laquelle Remi Gigoux a très vite senti « la réactivité, l’intelligence et la complémentarité » de ce duo père-fille, se pose la question du choix de la personne ressource. « Soit l’entreprise considère qu’elle n’a personne en interne et elle fait appel à l’externe, ce qui est souvent le cas dans les TPE, remarque Christophe Bonnaud, pilote TMS Pros à la Carsat Auvergne. Soit elle fait le choix de former quelqu’un en interne, ce qui représente un gage d’engagement dans le temps. » C’est finalement Marion Encinas qui sera la personne ressource d’Astic.

Cette jeune diplômée d’une école de commerce commence par une formation de deux jours, en octobre dernier, délivrée par un organisme habilité. Et prise en charge à hauteur de 60 % par la Carsat Auvergne. Elle réalise ensuite un état des lieux des TMS dans la société et reçoit la visite du formateur-ergonome pendant une demi-journée. En décembre 2015, a eu lieu la deuxième session de formation, consacrée au diagnostic. « Depuis, j’ai ciblé les postes d’agents d’entretien, explique Marion Encinas. J’ai établi des questionnaires et en ai déjà rempli six avec les salariées. J’effectue également des phases d’observation. » Le formateur viendra faire un point d’une demi-journée, avant la dernière session de formation, consacrée à la restitution, qui était prévue en mars. « Cette formation et cette démarche ont participé à une prise de conscience de l’enjeu des TMS au sein de notre entreprise, même si nous y étions déjà sensibilisés, estime l’assistante de gestion. Mais cela demande du temps et de l’investissement. »

Des répercussions sur le terrain

Déjà, des actions ont vu le jour. Dans le cabinet d’architectes, les tables sont particulièrement profondes. Astic a donc proposé à ses salariées des manches télescopiques au bout desquels des lingettes à poussière peuvent être fixées. L’entreprise demande également que les poubelles soient mises le soir sur les tables pour éviter aux salariées d’Astic de trop se baisser. Un balai ergonomique et télescopique est également en cours de test pour limiter l’usage de l’aspirateur. « Il est générateur de bruit, de chaleur et fait courber le dos aux salariés », remarque Angel Encinas, qui a lui-même commencé comme agent d’entretien. Un chiffon coudé permet aussi d’épousseter facilement le dessus des armoires, nombreuses dans ce cabinet d’architectes...

 

LES AIDES FINANCIÈRES

1Les entreprises de moins de 50 salariés peuvent bénéficier, de la part de leur Caisse régionale, d’une aide financière pour avancer dans le programme TMS Pros. Ce soutien peut prendre la forme d’une subvention partielle de la formation des référents, comme cela a été le cas pour l’entreprise Astic. Sous condition de présentation d’un diagnostic et du plan d’action qui en découle, la subvention peut servir au recrutement d’un consultant ou au financement de l’évolution des postes identifiés à risque.
Ce dispositif d’aide n’est pour le moment pas déployé sur l’ensemble du territoire national, mais il le sera à terme. Pour en savoir plus, les entreprises peuvent contacter leur Caisse régionale.

Rendez-vous ensuite avec Nam, qui travaille de 6 h à 12 h 30 dans une copropriété, activité qu’elle complète par une intervention dans des bureaux, pour boucler son plein-temps. « C’est super, s’exclame-t-elle tout sourire. Avant, je travaillais pour un grand groupe de nettoyage et je courais d’un endroit à un autre, mon temps de transport n’étant pas compté. Ici, tout mon travail est regroupé dans un périmètre de 200 m ! » Elle apprécie de faire partie de la société Astic qui ne répond pas aux appels d’offres remis en cause tous les trois ans, et qui font peser le risque pour les salariés de changer d’employeur à chaque fois. Sans compter l’autonomie que laisse le dirigeant à chacun de ses salariés dans l’organisation du travail.

Dans le quartier de Beaulieu, Astic emploie six personnes pour l’entretien de plusieurs copropriétés. Teresa s’étant plaint de l’épaule, elle travaille le plus souvent possible en binôme avec sa fille, Andrea, de façon à faciliter la polyvalence. « Si vraiment elle a trop mal et qu’elle ne s’arrête pas, une personne extérieure vient l’aider, souligne le gérant. Mais il faut aussi veiller à ce que cette personne ne fasse pas tous les gestes les plus sollicitants car ce serait déplacer le problème... et ça n’est pas jouable sur le long terme. » Un peu plus loin, dans le même quartier, Rosa travaille au chaud, dans une résidence pour personnes âgées. « J’avais souvent mal à l’épaule, au poignet. Lorsque le poste dans cette résidence s’est libéré, j’ai dit que j’étais intéressée : ça me soulage. » En fin de journée cependant, elle doit complèter par des interventions dans des bureaux deux fois par semaine.

Balais télescopiques, chiffons coudés, chariots… mais aussi autonomie ou travail en binôme, Astic cherche à améliorer les conditions de travail de ses salariés en jouant sur plusieurs facteurs. « Pour prévenir les TMS, insiste Christophe Bonnaud, il ne faut pas seulement se focaliser sur les outils ou la gestuelle. Ces solutions ne fonctionnent que si les marges de manœuvre et une certaine autonomie dans l’organisation du travail sont laissées aux salariés. Car les TMS résultent de sollicitations biomécaniques, mais aussi d’aspects psychosociaux et organisationnels. Astic l’a bien compris. »

Aujourd’hui, les dirigeants d’Astic semblent totalement convaincus de la nécessité d’avoir du personnel en bonne santé et de préserver son savoir-faire. 

INTERVIEW

Christophe Bonnaud, ingénieur-conseil à la Carsat Auvergne, pilote du programme TMS Pros au sein de la Carsat

« En Auvergne, 153 établissements – de la TPE de 20 salariés à la grande entreprise – sont ciblés par le programme TMS Pros. Je reconnais que cette cible est bien adaptée à la taille de notre Carsat et à nos effectifs… et donc que nous avons pu, quand cela s’est avéré nécessaire, faire de l’accompagnement personnalisé. Parmi ces 153 entreprises, 30 % étaient des entreprises que nous connaissions, qui menaient déjà des actions de prévention. 30 % étaient des entreprises que nous connaissions moyennement et qu’il a fallu accompagner dans la démarche. Et enfin, environ 30 % étaient des entreprises que nous ne connaissions pas, et qu’il a fallu apprendre à connaître et convaincre surtout. C’était le cas d’Astic qui a déjà franchi l’étape 2 de la démarche et qui s’est déjà attaquée à la troisième étape. »

Delphine Vaudoux

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