DOSSIER

Monoprix vient d’équiper ses 9 000 hôtes et hôtesses de caisse de sièges et repose-pieds ergonomiques. Ce déploiement à l’échelle nationale fait suite à un travail concerté avec les représentants du personnel et à la mise en place de tests dans des magasins pilotes.

Le siège doit répondre à des exigences essentielles pour le poste, telles que le soutien lombaire, qui doit être assuré, ou encore la rapidité et la facilité de mobilité pour l’agent.
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<br/>© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

Le siège doit répondre à des exigences essentielles pour le poste, telles que le soutien lombaire, qui doit être assuré, ou encore la rapidité et la facilité de mobilité pour l’agent.

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

C’est l’une des devises de l’enseigne : « Votre confort, on ne va pas s’asseoir dessus. » Ce message, Monoprix l’a récemment porté auprès de ses chefs de caisse, eux-mêmes chargés de le relayer auprès des hôtes et hôtesses de caisse. Il accompagne l’arrivée de 3 200 sièges et repose-pieds ergonomiques, fruits d’un long travail collaboratif ayant pour objectif de sélectionner l’équipement offrant un confort maximal aux salariés affectés à ces postes. La caisse est depuis toujours un secteur sensible.

En prenant ses fonctions, il y a quatre ans, Anne-Solen Lahaye, chargée des conditions de travail et de l’innovation sociale chez Monoprix, s’est appuyée sur les constats croisés de l’entreprise, d’études d’ergonomes, de médecins du travail et de contrôleurs de la Cramif. « Nous avons fait le pari de constituer un groupe de travail paritaire avec les représentants de l’ensemble de nos syndicats. Différentes personnes, volontaires et issues de nos magasins de Paris et de province, représentatives de celles et ceux qui travaillent au secteur caisse, ont été réunies, se souvient-elle. Dès 2011, nous sommes partis voir ensemble ce qui se faisait ailleurs, dans d’autres enseignes. »


Recherches et expérimentation

Patricia Virfolet, représentante syndicale, employée libre-service et ancienne hôtesse de caisse, faisait partie de l’aventure. « Dès le départ, nous avons souhaité que la Cramif soit intégrée au groupe, afin de bénéficier d’un regard extérieur expert en prévention. Nous avons été entendus », indique-t-elle. « Toute la difficulté, pour les membres du groupe, était de tendre vers une approche globale, sans pour autant perdre de vue les problématiques, nombreuses, qui sont spécifiques à chaque magasin », précise Agnès Grimoin, contrôleur de sécurité à la Cramif, chargée de suivre le projet.

La démarche a été longue et s’est construite dans le temps. « Nous avons identifié la nécessité de travailler avec des magasins pilotes, pour permettre une phase d’expérimentation, ajoute Anne-Solen Lahaye. Deux magasins différents de ceux dont les collaborateurs constituant le groupe paritaire étaient issus ont donc été choisis. Situés à Paris ou à proximité, pour faciliter les échanges, l’un à côté de la Porte de la Chapelle, l’autre à Neuilly-sur-Seine, ils sont assez représentatifs des multiples configurations rencontrées en termes d’environnement de travail. » Un cabinet d’ergonomie est également associé au projet.

DES BÉNÉFICES MULTIPLES

Les hôtes et hôtesses de caisse de Monoprix ont reçu une information sur les gestes clés à adopter pour récolter tous les bénéfices du nouveau matériel en matière d’assise et de confort de travail. Quatre repères pour bien se positionner :
● Régler sa hauteur d’assise et son repose-pied. Bénéfice : éviter de lever les bras.
● S’asseoir dans le fond du siège, le dos en appui sur le dossier. Bénéfice : reposer les muscles du bas du dos au niveau des lombaires, juste au-dessus de la ceinture.
● Approcher le siège de la caisse, en réduisant la distance entre le corps et le tiroir-caisse. Bénéfice : éviter de tendre les bras.
● Une fois installé, faire pivoter le siège pour accéder à la balance, à l’imprimante ou aux antivols, toujours en prenant appui sur le repose-pied. Bénéfice : limiter les torsions du dos et éviter de tendre les bras vers l’arrière.

Concernant le matériel, il apparaît que le siège est indissociable du repose-pied. Plusieurs fournisseurs sont consultés, une dizaine de modèles examinés. À l’issue d’une sélection, deux modèles sont retenus pour être testés dans les magasins pilotes. Pascal Poiron, contrôleur de sécurité à la Cramif, revient notamment sur l’un d’entre eux : « Dans les supermarchés, on observe, suivant les enseignes, une grande diversité de sièges de caisse. Au cours de mes visites dans ces établissements, j’ai noté une tendance à faire de plus en plus grand, de plus en plus rembourré. Pour autant, ces sièges ne sont pas adaptés au travail des hôtes et hôtesses de caisse, qui ne sont, la plupart du temps, pas en appui lombaire », explique-t-il.

« Devant ce problème, je m’étais tourné vers les fournisseurs, poursuit le contrôleur de sécurité de la Cramif. L’un d’entre eux avait accepté de développer un prototype de siège à partir d’un cahier des charges défini, notamment pour sa partie arrière. » Ce siège, doté d’une fonction « col de cygne », vient chercher la zone lombaire, quelle que soit la taille de la personne. La profondeur d’assise est réglable de 32 à 42 cm. Un prototype a d’abord été testé dans le magasin Casino d’Asnières-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, et a bénéficié de retours positifs. Intégré au panel lors du travail de sélection mené chez Monoprix, le siège est retenu pour la phase de tests dans les magasins pilotes.

Le choix des salariés

« Au cours de ces tests, il a fallu faire la part des choses et dissocier ce qui relevait de perceptions individuelles et des véritables bénéfices vis-à-vis des conditions de travail. Les interlocuteurs extérieurs nous ont aidés dans ce sens », affirme Anne-Solen Lahaye. Car à la clé, il s’agit surtout de faire le bon choix qui satisfera l’ensemble du personnel. Pour le cabinet d’ergonomie qui suit le projet, l’erreur est d’imaginer qu’il existe une posture idéale. Plusieurs postures peuvent être bonnes, à partir du moment où l’hôte ou l’hôtesse peut les choisir ou les adapter au moment souhaité, que ce soit par rapport à lui-même ou au travail. Le siège doit en revanche répondre à des exigences essentielles pour le poste, telles que le soutien lombaire, qui doit être assuré, ou encore la rapidité et la facilité de mobilité pour l’agent.

INTERVIEW

Anne-Solen Lahaye, chargée des conditions de travail et de l’innovation sociale chez Monoprix
« Lorsque mon poste a été créé, il y a quatre ans, il a fallu établir des constats. Ceux-ci ont notamment concerné la nécessité d’améliorer les conditions de travail aux postes de caisse, les outils de pilotage et les indicateurs. Des priorités ont été fixées. Aujourd’hui, les nouveaux concepts développés par Monoprix doivent être mieux-disants commercialement comme en termes de conditions de travail. Dans ce domaine, il faut mener des actions au long cours, mais également savoir enclencher rapidement une dynamique. Notre culture des fondamentaux en santé et sécurité au travail doit sans cesse être alimentée. La communication est essentielle pour que chacun des collaborateurs s’investisse. »

Dans les magasins pilotes, tous les collaborateurs concernés ont pu tester les deux types de sièges. « Le fait d’être un magasin test a été vécu comme un honneur. Les sièges que l’on nous a proposés étaient très différents. Le premier était très proche de ce qui existait avant, contrairement au second, qui demandait un réglage plus fin, mais offrait une meilleure précision dans l’assise et plus de confort. C’est ce dernier qui, chez nous, a fait l’unanimité », indique Abdel Zarkani, chef de caisse au Monoprix de la Porte de la Chapelle. C’est également le siège répondant au cahier des charges défini par la Cramif.

« Tout se fait sans effort. Le repose-pied est réglable, comme le dossier. Je suis à l’aise et peux me tourner rapidement s’il le faut », poursuit Natalia Dos Reis, l’une des hôtesses de caisse du magasin. « Il est primordial que les gens puissent choisir leur matériel, apprendre à s’en servir et à le régler. Ils acceptent mieux le changement. Je crois surtout que, de cette façon, ils ont eu le sentiment que Monoprix faisait quelque chose pour eux », estime Patricia Virfolet.

Autre point fondamental de la démarche : la rapidité du déploiement dans l’ensemble des magasins. Le principe du « quick win », comme l’appelle Anne-Solen Lahaye. « Sur un tel sujet, il nous a paru déterminant d’être visibles vite et partout », affirme-t-elle. 3 200 sièges et repose-pieds ont été déployés, des travaux d’aménagement devant parfois être prévus pour accueillir le dispositif. En parallèle, les chefs de caisse ont été formés par des référents régionaux et un kit de déploiement mis à disposition : vidéos, affiches, dépliants… Grâce à ces différents supports, on apprend notamment les gestes clés pour bien régler son siège. De quoi faire l’événement autour de la livraison du matériel et pouvoir, à tout moment, former et informer les nouveaux hôtes ou hôtesses de caisse accédant à ce poste.

Grégory Brasseur

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