DOSSIER

© Gaël Kerbaol / INRS

La société d’économie mixte Nantes-métropole Gestion Équipements s’est penchée sur la question de la qualité de l’air dans les parkings souterrains dont elle a la gestion. Diverses mesures ont été prises ces dernières années pour limiter l’exposition du personnel de nettoyage et d’exploitation aux émissions de particules polluantes.

Balayeuses automatiques et autolaveuses limitent la remise en suspension des poussières lors des opérations de nettoyage.

Balayeuses automatiques et autolaveuses limitent la remise en suspension des poussières lors des opérations de nettoyage.

Parking Commerce, centre-ville de Nantes. Ce parc de stationnement souterrain construit en 1988 sur sept niveaux et comportant 538 places de stationnement est géré par NGE (Nantes-métropole Gestion Équipements). En 2008, il a fait l’objet de mesures d’exposition du personnel aux polluants issus des moteurs diesels (carbone, oxydes d’azote, dioxyde de soufre, particules) et des moteurs à essence (CO et CO2) ainsi qu’aux poussières de silice cristalline (celle-ci est classée substance cancérogène par le Circ (Centre international de recherche sur le cancer), ces dernières provenant de la dégradation des sols en béton. « C’est à la suite d’une demande formulée par le CHSCT, en 2007, qu’ont été préconisées des mesures des niveaux d’exposition du personnel aux polluants dans les parkings que l’on gère », relate Guillaume Morillon, chargé de missions sécurité sûreté à NGE.

NGE, ENTRE PARKINGS ET LOISIRS

Nantes-Métropole Gestion Équipements est une société d’économie mixte ayant des actionnaires publics majoritaires (ville de Nantes pour 38 %, Nantes-métropole pour 38 %). Outre le stationnement, elle gère également depuis 1976 des équipements de loisirs : piscines, patinoires, campings, petits ports de plaisance. Elle participe également en tant que maître d’ouvrage au financement et à la gestion de centrales photovoltaïques dans le cadre de l’accompagnement à la transition énergétique.

Cette société d’économie mixte emploie 160 salariés et gère 23 parkings sur l’agglomération nantaise, dont 20 publics. Soit plus de 6 000 places de stationnement. Le Lico (laboratoire interrégional de chimie de l’Ouest, rattaché à la Carsat Pays-de-la-Loire) y est alors intervenu. Les mesures ont porté plus spécifiquement sur les agents d’entretien, les plus exposés, en particulier lors des opérations de balayage qui remettaient en suspension dans l’air les particules déposées au sol. Des prélèvements ont parallèlement été réalisés dans le local d’exploitation où est posté le personnel d’accueil. Les résultats obtenus pour les différents polluants étaient tous sous les seuils autorisés et l’exposition aux poussières silicogènes qualifiée de modérée.

Afin de se situer à des niveaux d’exposition les plus bas possibles, ces résultats se sont néanmoins accompagnés de la mise en œuvre de préconisations : généralisation du port de masques FFP3 lors des opérations de nettoyage, apport d’air frais provenant de l’extérieur dans le local d’exploitation afin de l’assainir. Dans un deuxième temps, des équipements ont été acquis par le gestionnaire : trois balayeuses automatiques et des autolaveuses ont été achetées, afin que le nettoyage soit réalisé sans remise en suspension des poussières. Parallèlement, les locaux où travaille le personnel d’exploitation ont commencé à être mis en surpression, afin de limiter l’entrée de polluants.

Ce travail a été effectué dans certains parkings et est programmé sur d’autres sites. « Nous nous inscrivons dans un plan d’action, précise Richard Cantin, directeur délégué général, les actions décidées sont réalisées progressivement. » Et ce, d’autant plus que les parcs de stationnement ne présentent pas tous les mêmes configurations et sont plus ou moins contraignants pour les personnels y intervenant. « Nous avons notamment obtenu il y a quelques années, à la suite d’une mise en concurrence, la gestion d’un parc qui présentait des conditions particulières pour le personnel, poursuit-il : le sol n’était pas lisse et pas peint, d’où une remise en suspension des particules plus importante lors du nettoyage. »

De nouvelles actions correctives

En 2013, à la demande de l’inspection du travail, deux nouvelles séries de mesures ont été effectuées au parking Commerce, en juillet puis en décembre. Les résultats ont confirmé les bénéfices des mesures prises. De nouvelles actions correctives ont été menées. L’installation d’un parking pour cycles de 100 places et d’un atelier de réparation pour des vélos de location près du bureau d’exploitation a nécessité une réorganisation de la circulation : une voie de circulation pour voitures a été condamnée pour être réservée aux piétons et aux cyclistes, le sens de circulation des véhicules a été inversé. Le local d’exploitation s’est retrouvé éloigné du flux de véhicules, donc moins exposés aux émissions de particules diesel.

INTERVIEW

Dominique Guérin, agent d’entretien
« Nous sommes une équipe de q© Gaël Kerbaol/INRSuatre personnes au nettoyage. Sur une journée, nous intervenons dans plusieurs parcs de stationnement. Une intervention dure en moyenne deux heures. Avant, avec les balais, on était beaucoup plus exposés aux poussières. L’arrivée des balayeuses pour nettoyer les rampes et des autolaveuses a nettement amélioré nos conditions de travail. On continue à porter les masques FFP3, en particulier lorsqu’il faut vider les balayeuses, où la poussière est encore présente. Mais ça n’a plus rien à voir. Une amélioration pourra à terme être envisagée sur les autolaveuses, qui sont tractées alors qu'il existe des modèles autoportés. »

Agent de stationnement depuis six ans, Serge Sebadji a vu les évolutions de son poste. « L’ergonomie a également beaucoup changé. Avant on avait huit petits écrans de contrôle en noir et blanc, désormais ce sont des écrans en couleur beaucoup plus grands et confortables, explique-t-il. Une petite cuisine a été aménagée, de l’air frais est soufflé en permanence dans le local. » Des détecteurs de CO et NO2 ont été installés. En cas de dépassement de niveaux prédéfinis pour ces différents gaz, le système de ventilation se met en route automatiquement sur tout le parking. Des procédures plus ponctuelles sont mises en œuvre selon les besoins. « Le parking à proximité de la Cité des congrès connaît à certains créneaux horaires un fort trafic en peu de temps, lors des sorties de spectacles, explique Richard Cantin. La ventilation est alors forcée de façon anticipée pour limiter les effets des émissions de particules. » Sur ces questions, NGE est amenée à échanger sur les bonnes pratiques ou les matériels avec d’autres sociétés d’économie mixte confrontées aux mêmes problématiques de gestion de parcs de stationnement.

FNMS ET QUALITÉ DE L’AIR

Dans le prolongement de recommandations formulées par l’Afsset (devenue l'Anses depuis) en 2007, la Fédération nationale des métiers du stationnement (FNMS) a rédigé sa propre charte de qualité de l’air dans les parkings, illustrant sa volonté d’être proactive sur ces questions. Le rapport de 2007 sur les risques liés à la qualité de l’air pour les professionnels y travaillant montrait en effet que les risques sanitaires ne pouvaient « être considérés comme négligeables au vu des concentrations des polluants mesurés » dans les quatre parcs inspectés à l’époque. Les risques liés aux expositions aiguës étaient dus notamment au monoxyde de carbone et au dioxyde d’azote, les risques liés aux expositions chroniques principalement dus au benzène et au dioxyde d’azote, ainsi que dans une moindre mesure aux particules fines (PM10) et au formaldéhyde.

Céline Ravallec

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