DOSSIER

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

Pour des prestations classiques ou plus exotiques, les coiffeurs utilisent des produits présentant parfois des risques pour la santé. Avec l’aide technique des centres de mesures physiques des régions Ile-de-France et Midi-Pyrénées, deux salons de coiffure ont installé des systèmes d’aspiration adaptés à leurs activités afin de capter à la source les substances en cause.

Avec l’aide du Centre de mesures physiques de la Cramif, le poste de travail de préparation des produits de coloration et de décoloration est maintenant équipé d’une enceinte ventilée dans laquelle sont réalisées toutes les opérations.

Avec l’aide du Centre de mesures physiques de la Cramif, le poste de travail de préparation des produits de coloration et de décoloration est maintenant équipé d’une enceinte ventilée dans laquelle sont réalisées toutes les opérations.

Magalie Aquino applique sur les cheveux d’une habituée une préparation pour décoloration. Coiffeuse depuis près de vingt ans, elle est gérante de Fashion coiffure, un salon situé sur la place de la mairie de Quincy-Voisins, en Seine-et-Marne. Salarié depuis un an, Jérémy Lomel commence de son côté le brushing d’une cliente après un shampoing et une coupe de cheveux. Un apprenti les rejoindra sûrement à la rentrée pour les épauler dans ces activités quotidiennes.

Rien ne semble distinguer à première vue ce salon des dizaines de milliers d’autres que compte l’Hexagone. Magalie Aquino y a pourtant mené une démarche de prévention des risques professionnels récompensée par un trophée Cramif en 2012. Objectif : limiter les risques chimiques et d’allergies lors de la préparation des produits de coloration et de décoloration, réalisée dans une petite pièce adjacente.

Alertée par l’inspection du travail sur ces risques, Magalie Aquino fait appel à la Cramif en 2011. Leur réflexion les mène à envisager un captage à la source des émanations toxiques de ces produits. L’intervention du Centre de mesures physiques (CMP) de la Cramif aboutit l’année suivante à l’installation d’une ventilation financée en partie par la Caisse. « L’idée était de concilier santé au travail et absence de contrainte sur l’activité et ainsi respecter la clientèle », précise Olivier Poisson, contrôleur de sécurité à la Cramif. « J’avais peur que le système de ventilation soit bruyant et que cela gêne la clientèle. Ce n’est pas le cas », se réjouit la coiffeuse, qui n’avait jamais connu de tel système ni lors de sa formation, ni dans les salons de coiffure où elle avait précédemment travaillé.

Les préconisations du CMP ont été scrupuleusement suivies : une vitesse d’air de 0,5 m/s au minimum dans le plan d’ouverture du dispositif, un rejet vers l’extérieur du bâtiment après filtration, absence de coudes dans les tuyaux pour une efficacité optimale, accessibilité du filtre depuis le faux plafond pour en faciliter le nettoyage… Situé dans une petite pièce attenante au salon, le poste de préparation des produits de coloration et de décoloration consiste en une petite enceinte ventilée. Afin de tester son ergonomie avec les utilisateurs, un prototype en carton est dans un premier temps proposé par l’installateur. Cette précaution s’avère utile puisqu’ils rejettent cette première version. L’ouverture n’était pas suffisante et les coiffeurs ne se sentaient pas à l’aise pour préparer les mélanges, que ce soit pour les décolorations, où il faut peser la poudre et ajouter l’oxydant ou pour les colorations, quand le coiffeur dilue une crème en tube. La version suivante, avec son ouverture agrandie, est acceptée par les trois coiffeurs de l’époque. Après l’installation du système, le CMP procède à la vérification de son efficacité, en calculant notamment le débit de ventilation, après avoir mesuré les vitesses d’air avec un anémomètre.

Le système se déclenche dès que les mains passent devant l’ouverture de la hotte. Il s’arrête automatiquement quelques minutes après la fin de l’utilisation, ce qui permet d’aspirer les émanations résiduelles et de réduire l’inhalation de sub-stances indésirables sans ajouter de contrainte aux salariés. Les coiffeurs n’ont plus à penser qu’à une chose : mettre des gants jetables en nitrile pour se protéger du risque chimique et des allergies par contact cutané. Des EPI qu’ils conserveront quand ils appliqueront la préparation sur la chevelure des clients.

Jérémy Lomel apprécie également le système qu’il trouve aussi pratique que celui qu’il utilisait au centre de formation d’apprentis (CFA) de Meaux : un bras articulé relié à la ventilation installé au-dessus du bac dans lequel  est réalisé le mélange. « L’inconvénient de ce type d’appareil est qu’il faut positionner le bras suffisamment près de la préparation pour que les polluants soient efficacement captés », avertit le contrôleur de sécurité.

Capter les fumées de lissage à la source

À plus de 600 km de là, dans le centre-ville de Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, Hair M.S. Studio  bénéficie d’une ventilation installée en 2013. La spécialité de ce salon ouvert en 2008 : les lissages, permanents ou non – brésilien, japonais, au collagène végétal, à la kératine… mais toujours sans formaldéhyde (lire l’encadré ci-dessous). Le lissage est la passion de Maryse Saby, coiffeuse depuis 32 ans et gérante du salon. Ses deux salariées  et elle-même réalisent régulièrement ce type de soin en plus de toutes les prestations classiques d’un salon de coiffure. C’est pour cette activité qu’une aspiration s’est avérée nécessaire. Si les produits utilisés diffèrent selon le type de lissage, le procédé reste le même après leur application : la coiffeuse passe un fer à lisser, mèche à mèche. Cette étape dure plusieurs heures et émet des fumées irritantes et dégageant une odeur très forte, qui dérange salariées et clients.

« Mon mari, qui a travaillé longtemps en tant que technico-commercial dans le domaine des aciéries, m’a suggéré d’installer un système de captage des émissions », souligne la coiffeuse. L’Union nationale des entreprises de coiffure (Unec) l’oriente vers la Carsat Midi-Pyrénées en 2013. Le Centre de mesures physiques de Midi-Pyrénées (C2MP) l’accompagne dans sa démarche. En moins de trois mois, la ventilation est fonctionnelle. « Nous lui avons conseillé de capter les fumées à la source, avec un rejet d’air vers l’extérieur et une vitesse d’extraction de 0,5 m/s », se souvient Nathalie Morais, contrôleur de sécurité au C2MP.

Moins de gêne et plus de plaisir

À cela s’ajoutent des contraintes d’ordre pratique et esthétique afin que l’appareil s’intègre dans le salon. La coiffeuse opte pour un bras articulé avec une embouchure semi-sphérique transparente captant les fumées au plus près de leur émission, c’est-à-dire au niveau des cheveux du client, tout en n’obturant pas la vue sur la tâche en cours. Le système a été installé par son mari, bricoleur, bien que le fournisseur propose également cette prestation. « La ventilation n’est pas bruyante car le moteur a été encoffré dans le faux plafond », souligne la coiffeuse. Elle a été financée partiellement par la Carsat Midi-Pyrénées et le C2MP a vérifié son efficacité.

L’installation plaît à tout le monde… y compris aux clients. « J’ai même reçu un courrier de remerciement d’une habituée du salon », s’amuse la contrôleur de sécurité. Maryse Saby et ses salariées ne sont plus gênées. Marion Haristouy a découvert le captage à la source lors de son embauche au salon, il y a à peine un an, après sa formation en CAP dans un CFA qui n’en possédait pas. « L’avantage, c’est l’absence de fumée et d’odeur », souligne‑t‑elle.

« Ici, le matériel est confortable », poursuit la jeune femme. Plutôt grande, elle apprécie tout particulièrement les bacs de lavage réglables en hauteur, financés en partie par la Carsat Midi-Pyrénées. Ils lui évitent d’être penchée lors des shampoings. La prévention des troubles musculosquelettiques est aussi une préoccupation de Maryse Saby. Dès l’ouverture du salon, elle s’est aussi équipée en sièges de coupe et tabourets réglables en hauteur, permettant de mettre en adéquation la taille du client et celle de la coiffeuse. « J’ai récemment remplacé les sièges par des modèles pouvant descendre 10 cm plus bas. Je peux désormais couper et sécher les cheveux des clients les plus grands sans lever les bras », souligne-t-elle. Elle a également fait l’acquisition d’outils de travail légers, notamment des sèche-cheveux et des ciseaux.

LES TMS, PRINCIPALE CAUSE DE MALADIE PROFESSIONNELLE RECONNUE CHEZ LES COIFFEURS

« Adopter les bonnes positions et les bons gestes pour bien vieillir au travail » : tel est le principal message retenu par Jérémy Lomel, coiffeur depuis un an, en termes de prévention des risques professionnels. Au cours de sa formation initiale au CFA de Meaux, il a suivi une heure d’enseignement dédiée à ce sujet en CAP et une demi-journée en Brevet professionnel. « Nous étions également corrigés sur nos positions par les enseignants pendant les cours dits de pratique », souligne-t-il. Les TMS représentent 83 % des maladies professionnelles chez les coiffeurs.

SUPPRIMER LES SUBSTANCES DANGEREUSES N’EST PAS TOUJOURS AISE

À la suite de deux expositions à des produits chimiques en 2003, Maryse Saby est devenue fragile au niveau des poumons. Elle est particulièrement attentive à la prévention du risque chimique. La coiffeuse a notamment opéré certaines substitutions dans les cosmétiques qu’elle utilise. Pour les permanentes, elle emploie des produits sans ammoniaque, un irritant oculaire et respiratoire. « Peu de fournisseurs en proposent », regrette-t-elle. Pour les lissages, elle utilise des produits sans formaldéhyde, classé irritant et cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction (CMR). Cette substance est autorisée à une concentration maximale de 0,2 % dans les cosmétiques.

En savoir plus : www.ansm.sante.fr

INTERVIEW

Thibaud Alazard, ingénieur au Service paritaire de santé au travail du Tarn

« Le Service paritaire de santé au travail du Tarn (SPSTT) mène une action spécifique sur le risque chimique chez les coiffeurs, qui fait partie de notre projet de service. Elle a été initiée en 2015 par un groupe de travail pluridisciplinaire au sein du SPSTT. Un partenariat a été passé avec l’Union nationale des entreprises de coiffure du Tarn afin de valoriser notre démarche auprès des acteurs de la coiffure. La visite des 189 salons de coiffure adhérents ainsi que la distribution d’un questionnaire sur leurs habitudes de travail nous ont permis de réajuster nos messages de prévention sur ce risque. Les chefs d’entreprise nous ont également beaucoup sollicités pour les accompagner dans la rédaction du document unique d’évaluation des risques professionnels. Afin de diffuser largement notre message de prévention auprès des professionnels de demain, nous intervenons depuis 2017 dans les quatre écoles de coiffure du département. Les enseignants sont également sensibilisés. À ce jour, 179 apprentis ont déjà été formés. »

Katia Delaval

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