DOSSIER

La technique des parois moulées est utilisée sur tous les chantiers de construction des gares du Grand Paris Express (GPE) et de l’essentiel des ouvrages annexes. Ce projet a été l’occasion de généraliser les protections collectives pour limiter les risques de chutes.

Les garde-corps sont aujourd'hui les protections standard sur tous les chantiers de parois moulées du Grand Paris Express.

Les garde-corps sont aujourd'hui les protections standard sur tous les chantiers de parois moulées du Grand Paris Express.

Sur la commune de Saint-Denis, au pied du squelette de la tour Pleyel, structure de 129 m de haut promise à une réhabilitation luxueuse, la future gare de Saint-Denis Pleyel est en phase de fondations jusqu’à la fin de l’année. Ici convergeront à terme les lignes 14, 15, 16 et 17 du métro. La gare, d’une superficie de 8 000 m2 en surface, aura son radier à une profondeur de 34 m et les quais à 28 m de fond.

Pour préparer l’excavation du terrain, la technique des parois moulées est employée. Il s’agit de creuser des panneaux d’épaisseur variable (1,50 m ou 1,80 m) et de 55 m de profondeur qui délimitent le pourtour du futur bâtiment. Celles-ci sont forées par des bennes à câbles pour la partie supérieure (jusqu’à 25 m) et par des hydrofraises dans leur partie inférieure. Pour maintenir leur stabilité, une boue appelée bentonite est injectée au fur et à mesure du creusement. Des armatures métalliques y sont ensuite glissées, manutentionnées par des grues, puis le béton définitif y est coulé à la place de la bentonite. Cela revient à couler un mur dans la terre. Ces parois matérialisent le périmètre du terrain qui sera ensuite dégagé par des pelles mécaniques.

Ici, 101 panneaux en parois moulées vont être nécessaires pour constituer le périmètre de la gare. Certains sont rectangulaires, d’autres en forme de T. De plus, 36 barrettes préfondées sont également en train d’être creusées suivant la même technique. D’une taille de 6,10 m de long et 1,80 m de large, elles correspondent à des appuis intermédiaires pour les reprises de dalle. Des garde-corps délimitent toutes les zones en cours de forage. « Aucun compagnon ne pénètre dans le périmètre défini par les garde-corps », insiste Benoît Montat, ingénieur travaux chez Eiffage Génie Civil, car le risque de chutes d’ouvriers avec cette technique de parois moulées est réel. Plusieurs accidents ont déjà été recensés sur des chantiers franciliens.

Un environnement fonctionnel

« Pendant longtemps, les protections collectives autour des parois moulées n’ont pas été dans les habitudes des entreprises de fondation, relate Nathalie Gicquel, contrôleur de sécurité à l’antenne 93 de la Cramif. Ces parois étaient le plus souvent protégées par des caillebotis. Mais ici, les dimensions sont beaucoup plus importantes. Ça représente des “piscines” de bentonite de l’ordre de 500 m3. C’est sur les chantiers du GPE que la pose de garde-corps s’est vraiment généralisée. Nous nous sommes réunis avec tous les fondeurs de la ligne 16 en amont du projet pour discuter de leurs problématiques et trouver des solutions ensemble. » Passé l’état de prototype, les protections collectives sont aujourd’hui présentes sur tous les chantiers de parois moulées.

CHANTIERS ET INTERVENANTS

Chantier de la gare Saint-Denis-Pleyel

  • Maîtrise d’ouvrage : SGP
  • Maître d'œuvre : Egis - Tractebel
  • Groupement : Eiffage Génie Civil, Eiffage Rail, TSO, TSO Caténaires
  • Mandataire du groupement : Eiffage Génie Civil

Chantier du Kremlin-Bicêtre Hôpital

  • Maîtrise d’ouvrage : RATP
  • Maître d'œuvre : Groupement Elios
  • Groupement : Vinci Construction, Vinci Construction Grands Projets, Botte Fondations, Spie Batignolles Génie Civil, Spie Batignolles Fondations
  • Mandataire du groupement : Dodin Campenon Bernard

Et, plus largement, tout l’environ-nement de travail sur ce chantier a été pensé pour être le plus fonctionnel possible. La parcelle centrale a été bétonnée, afin de faciliter le déplacement des grues, des camions, des piétons, de limiter les risques de glissade et de maintenir la propreté du site. « On a même une balayeuse qui peut passer ici, complète Benoît Montat. Et la dalle de béton simplifie la pose durable des garde-corps. » Quatre machines de forage et trois grues de manutention fonctionnent sur le site. Autour de chacune d’elles, un périmètre est délimité par des barrières amovibles. De cette façon, tous les postes de travail sont également bien balisés.

De l’autre côté de Paris, dans le Val-de-Marne, entre l’entrée des urgences de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre et l’autoroute A6, va être construite la future gare Kremlin-Bicêtre Hôpital. D’une longueur de 120 m, elle occupera une surface de 3 000 m2 sur une hauteur de 25 m. Le projet en est lui aussi à la phase des fondations. La configuration est globalement la même, avec une dalle bétonnée sur l’emprise du chantier – dotée d’un caniveau drainant les eaux – pour faciliter les déplacements d’engins et de piétons et le déroulement du chantier.

Des protections collectives sont également positionnées autour des parois moulées, qui mesurent ici 1,50 m de large pour 50 m de profondeur. Les garde-corps ont été fixés sur les murettes-guides coulées avant le creusement. « Poser des garde-corps sur des murettes-guides, en soi c’est facile, commente Jean-Philippe de Carvalho, contrôleur de sécurité à l’antenne 94 de la Cramif. Mais leur maintien dans la durée, tout au long de la phase de production, implique, au préalable, une étude minutieuse de chaque poste de travail afin de valider l’adéquation de cette protection collective avec toutes les phases de réalisation d’une paroi moulée. » « Ces protections sont devenues le standard depuis le début du projet GPE, souligne Frédéric Hidoin, également contrôleur de sécurité à l’antenne 94 de la Cramif. Certaines entreprises de fondations spéciales sont en train de développer des racks de protections spécifiques pour réaliser ces travaux en sécurité. Nous sommes associés à ces réflexions. »

Tester des améliorations

Des cheminements en caillebotis métalliques ont été installés. L’environnement de la centrale de traitement des boues témoigne d’une propreté inhabituelle. « Avec une telle organisation, les compagnons peuvent s’occuper sereinement de la production et de la maintenance, sans regarder en permanence où ils marchent », poursuit Jean-Philippe de Carvalho. Comme l’indique Stéphane Gilbert, ingénieur travaux parois moulées chez Spie Batignolles fondations, « la sécurité est à faire vivre et progresser en permanence », et le GPE est l’occasion de faire germer et de tester des idées d’améliorations constamment.

Autre illustration : pour maintenir les parois moulées lorsque l’excavation des gares progresse, un système de butons – des étais horizontaux – est le plus souvent installé. La pose de renforts métalliques, appelés liernes, s'avère parfois nécessaire. Il a été décidé d’ajouter ces renforts en amont, directement dans les armatures métalliques des parois moulées pour qu’il n’y ait plus à poser ces renforts sous dalle de couverture. « Le choix d’une telle méthode a été motivé par le planning – on gagne du temps, on gagne de l’espace – mais surtout vis-à-vis de la sécurité, explique Nicolas Boiteau, directeur de travaux chez Vinci Construction. Car moins on apporte de matériel, moins on a de manutentions. » 

Céline Ravallec

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