DOSSIER

L’installation d’un drive E. Leclerc associé à un espace de vente a fait l’objet d’une conception rigoureuse sur la commune de Crozon. Le projet a pris en compte les besoins et les contraintes liés à ces deux activités professionnelles, en s’appuyant sur les préconisations définies pour ce type de bâtiment.

Toutes les préparations se font en sacs, avec des chariots spéciaux pour lesquels un travail a été réalisé avec le fabricant. Ils comportent deux niveaux : le lourd et l’encombrant positionné en bas, le léger au-dessus. 
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<br/>© Gaël Kerbaol/INRS

Toutes les préparations se font en sacs, avec des chariots spéciaux pour lesquels un travail a été réalisé avec le fabricant. Ils comportent deux niveaux : le lourd et l’encombrant positionné en bas, le léger au-dessus.

© Gaël Kerbaol/INRS

En cette fin d’après-midi, l’heure de sortie des écoles est synonyme d’arrivée de clients au drive E. Leclerc de Crozon, dans le Finistère. Ceux-ci viennent retirer leurs achats commandés au préalable sur internet. La sonnerie d’un scanner vient de se déclencher dans la poche du « driveur ». Elle annonce l’arrivée d’un client à l’arrière de l’établissement. Il part vers la zone de réserve pour effectuer la livraison. Une scène classique ici. Nous sommes dans un tout nouveau bâtiment, ouvert en avril 2014 à l’entrée de Crozon, sur la presqu’île homonyme. Ce drive déporté est rattaché à l’hypermarché de la commune, situé à quelques kilomètres.

Sa localisation, au niveau d’un nœud routier qui compte une moyenne de 12 000 passages par jour sur l’année, a beaucoup joué sur la conception du projet. « Le lieu était idéal pour avoir à la fois un drive et un point de vente de proximité », présente Alain Tournier, adhérent de la Scarmor (la centrale d’achats coopérative Leclerc en Bretagne) et P-DG de l’hypermarché E. Leclerc de Crozon. Le drive tire sa particularité de son association à un supermarché express attenant. « Nous souhaitions apporter des services qui nous différencient d’autres commerces », poursuit-il. C’est ainsi que sont notamment à disposition un accès wifi, un espace détente avec distributeur de boissons et, sur le parking, une borne électrique, un distributeur de billets, un service de machines à laver, un réservoir d’eau pour les camping-cars ou encore un distributeur automatique de bouteilles de gaz. Une sorte « d’aire d’autoroute » sur la presqu’île de Crozon.

LES CHIFFRES

1,65 m,

c’est la hauteur limite des rayonnages. Cette hauteur facilite le travail lors de la mise en rayons et lors des opérations de commandes. Elle est également appréciée des clients, cet espace de vente s’adressant à une clientèle de proximité plutôt âgée.

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drives E. Leclerc sont associés à un espace de vente sur la zone de la Scarmor : outre celui de Crozon, il y en a un à Landerneau et un à Kervignac. Le concept associant un point de vente à un drive est relativement récent. Celui de Crozon a intégré toutes les préconisations en matière de conception et de santé et sécurité au travail.

50 %

de consommation d’énergie en moins par rapport à un magasin comparable. C’est le résultat de la mise en œuvre de la réglementation thermique (RT) 2012 lors de la conception du bâtiment. Cela procure une température ambiante de confort pour le personnel.

L’activité drive et l’activité vente sont étroitement imbriquées dans leur organisation. La conception du bâtiment de 2 900 m2 a pris en compte les besoins et les contraintes respectifs. La partie de 800 m2 ouverte aux clients sert de zone de picking pour les préparateurs de commandes. L’espace a été organisé en conséquence : hauteur des rayonnages limitée à 1,65 m, allées de 2,10 m de large pour laisser la place au passage d’une palette et d’un chariot. Et les allées sont courtes (4 m) pour limiter les déplacements.

La réserve en forme de U épouse la zone de vente. Les produits sont positionnés au plus près de la zone où ils doivent être mis en rayon, limitant là encore les déplacements pour le personnel. Les réserves « frais » et « congelés » sont chacune sur un côté de la surface de vente. Les armoires vitrées pour la vente, qui délimitent les deux zones, peuvent ainsi être chargées par l’arrière au niveau de la réserve. « Dans une mise en rayons classique, on compte jusqu’à cinq reprises de produits, complète Pierre-Yves Le Gall, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne. Ici, il y en a une ou deux, en fonction des dates limites de consommation. »

La préparation des commandes se fait par l’avant pour les produits surgelés, côté espace de vente. « Ça permet aux salariés de faire la préparation des produits surgelés à température ambiante, c’est un plus indéniable », souligne Erwan Trémintin, le directeur. Le contenu des commandes reçues est organisé par un logiciel en fonction de l’emplacement des produits. Cela optimise le parcours des préparateurs et réduit les allers-retours. Les produits les plus fréquemment achetés sont au plus près des allées et dans les zones de confort des rayonnages, à savoir entre 0,4 et 1,10 mètre de haut.

Plus de polyvalence, moins de répétitivité

La réserve « frais » communique avec la réserve « surgelés ». Les produits lourds et encombrants sont stockés dans un local spécifique sur une palette au sol. Dans l’attente des livraisons, les sacs de surgelés préparés sont mis dans des congélateurs coffres. La réserve à température ambiante est à part. À l’opposé, le quai de réception dessert directement les réserves « froid » et « ambiant ».

Le drive emploie 15 salariés, l’équipe est jeune. L’effectif passe à 21 personnes l’été, du fait de l’activité saisonnière dans cette région. « On est polyvalents, on sait à la fois faire du drive et du magasin, y compris la caisse, remarque David Guihard, responsable du drive. La diversité du travail fait qu’il y a moins de répétitivité de gestes et moins de traumatismes. Le contact avec les clients est aussi apprécié. »

UN GROUPE DE TRAVAIL « CONCEPTION »

Un groupe de travail associant la Scarmor (centrale d’achat des adhérents E. Leclerc du Finistère et d’une partie des Côtes-d’Armor et du Morbihan), plusieurs magasins volontaires, la Carsat Bretagne et des services de santé au travail (comprenant le STI Brest, le STRM Morlaix (Finistère), Amiem (Morbihan) et AIDAMT (Côtes d’Armor)) s’est penché sur les problématiques en santé et sécurité au travail dans les drives. En amont des travaux a été signée une convention entre les différents participants. Un rapport présente des préconisations à intégrer dans la conception et l’organisation des drives. Elles portent entre autres sur les livraisons, la préparation à l’aide de chariots, la préparation informatique, les mises en rayons. Elles encouragent également la polyvalence et les rotations des équipes, l’adéquation du nombre de salariés avec l’activité et le chevauchement des équipes, des sols parfaitement plats
et lisses, des portes intérieures motorisées avec partie transparente, etc. Le résultat de ces travaux a permis de rédiger un référentiel national pour la conception des drives E. Leclerc.

Toute préparation se fait en sacs, avec des chariots spéciaux. Un travail sur ceux-ci a été réalisé avec le fabricant. Ils comportent deux niveaux : le lourd est positionné en bas, le léger au-dessus. « C’est pratique, à hauteur, les manutentions sont moins contraignantes », explique encore David Guihard. « Ce modèle donne satisfaction au personnel ici mais il en existe d’autres sur le marché », présente David Constans, risk manager à la Scarmor. L’éclairage du bâtiment est constitué à 100 % de leds, avec allumage et extinction automatiques dans les réserves. La majorité des espaces bénéficie de la lumière naturelle, excepté les réserves « froid », au centre du bâtiment.

À ce jour, aucun accident du travail n’a été recensé depuis l’ouverture du drive. « C’est très parlant, observe Alain Tournier. Pour parvenir à ce résultat, la conception du drive a fait l’objet de réflexions s’appuyant sur les préconisations d’un groupe de travail. Cela s’est traduit dans de multiples petits détails. » Une charte a en effet été signée entre la Scarmor et la Carsat Bretagne en 2011, avec pour finalité la prise en compte de la prévention des risques dans les concepts drive des magasins E. Leclerc. L’adhérent a ainsi intégré ici toutes les recommandations qui ont été édictées dans le document. « Le but de ces démarches est de donner des préconisations pour éviter des erreurs, d’apporter suffisamment de connaissances et de retours d’expériences pour prévenir notamment les risques de troubles musculosquelettiques », conclut Jean-Marie Rousselet, ingénieur-conseil à la Carsat Bretagne.

Céline Ravallec

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