DOSSIER

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

L’action nationale de l’Assurance maladie-risques professionnels portant
sur les émissions de moteurs diesel a ciblé les centres de contrôle technique poids lourds et véhicules légers. Elle visait notamment à les inciter à s’équiper d’extracteurs de gaz d’échappement pour réduire l’exposition du personnel aux particules diesel. Le réseau CTA MP a su adapter des solutions techniques à chaque site.

Les locaux très contraints d’Autosur, au cœur de Toulouse, obligent les salariés à passer beaucoup de temps à déplacer les véhicules en passant par le boulevard.

Les locaux très contraints d’Autosur, au cœur de Toulouse, obligent les salariés à passer beaucoup de temps à déplacer les véhicules en passant par le boulevard.

En ce moment, on n’arrête pas, reconnaît Patricia Muller, P-DG du Contrôle technique automobile Midi-Pyrénées (CTA MP). Tout le monde veut faire contrôler sa voiture avant le changement de législation, fin mai (NDLR : le reportage a été réalisé dans le courant du mois de mai dernier). » En effet, dès qu’une voiture sort, une autre la remplace. Et ainsi de suite toute la journée. 45 minutes sont nécessaires pour réaliser les quatre étapes du contrôle technique : contrôles pollution et freinage, éclairage et inspections visuelles. Les deux premières sont effectuées moteur en marche, exposant les salariés aux émissions de gaz d’échappement. Notamment ceux qu’émettent les moteurs diesel et qui sont classées « agent cancérogène avéré pour l’homme » par le Circ.
Face au risque que représente une telle exposition, l’Assurance maladie-risques professionnels a mené, de 2014 à 2017, un plan d’action national « Prévention de l’exposition aux émissions de moteur diesel » accompagné d’une aide financière, Airbonus  (voir encadré). En Midi-Pyrénées, 55 établissements de la région ont été ciblés. « Chacun de ces établissements a fait l’objet d’un suivi et de conseils par les contrôleurs de sécurité de la Carsat, explique Nadège Pascaud, ingénieur-conseil à la Carsat Midi-Pyrénées, qui a piloté cette action . La très grande majorité d’entre eux ont bénéficié d’Airbonus. »
Patricia Muller a fondé CTA MP en 2015, en reprenant douze centres de contrôle technique (sous les enseignes Autovision, Autosur, DSM…) en Midi-Pyrénées. « On avait conscience du problème des émissions de moteurs diesel, commente Anaïs Sévrin, responsable commerciale du réseau : nous essayions alors de limiter l’exposition des contrôleurs 2 en réalisant les contrôles pollution au droit du portail et en éteignant le moteur dès que possible. Mais on s’est rendu compte que ça n’était pas suffisant. » Les solutions techniques envisagées par certains réseaux ne correspondaient pas aux attentes. « Cela répondait à un cahier des charges standard, pas à nos besoins précis. Trop souvent, ils proposaient un extracteur fixe alors que le véhicule est fréquemment déplacé dans le centre... ». 

DIESEL ET CANCERS

Les particules émises par la combustion du gasoil se caractérisent par leur très petite taille qui leur permet d’atteindre des alvéoles pulmonaires et par la présence de composés organiques cancérogènes comme certains hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Le risque de cancer du poumon est alors augmenté. « L’enquête Sumer de 2010 avait montré que 800 000 salariés étaient exposés aux émissions de moteurs diesel en France, tous secteurs d’activité confondus, explique Xavier Farel, pilote de l’action Émissions de moteurs diesel. Les centres de contrôle technique nous sont apparus intéressants comme interlocuteurs, car leur organisation en réseaux structurés nous permet dans certains cas de démultiplier l’action vers les 11 000 salariés particulièrement exposés, en mettant en œuvre des partenariats avec les enseignes. » Sur 600 établissements du secteur ciblés, 385 avaient atteint l’objectif fin 2017. L’action se poursuit en 2018.

Anaïs Sévrin demande alors aux contrôleurs et chefs de chaque centre de faire remonter leurs besoins, leurs contraintes. Une réunion est organisée à la Carsat avec le Centre de mesures physiques pour valider techniquement chaque installation sur plan. « Puis nous avons eu des réunions avec deux fournisseurs, de manière à comprendre les devis et solutions techniques proposés, poursuit Patricia Muller. Et nous avons négocié et finalisé les plans avec l’un d’eux. » Entre mars et novembre 2016 ont eu lieu les installations.

Rails et équilibreurs

Route de Seysses, à Toulouse, le centre de contrôle technique Autovision est un des établissements du CTA MP. Il possède deux pistes permettant chacune de faire un contrôle technique complet. Généralement, le véhicule passe d’abord au contrôle de pollution. « Il faut réaliser trois ou quatre accélérations franches, avec un moteur chaud, explique Didier Durrieu, contrôleur de sécurité à la Carsat Midi-Pyrénées. C’est surtout lors de cette phase qu’il est important d’utiliser un extracteur. » Fixé sur la sortie du pot d’échappement, il capte les fumées et limite leur dispersion dans le local. Sur ce site, trois capteurs directs ont été installés, deux sur rails, et un fixe. Tous trois sont reliés à une gaine en réseau et à un ventilateur, garantissant un débit d’extraction de 400 m3/h sur chaque bouche en simultané.
« Ils ont pris en compte le travail réel, souligne Didier Durrieu. Ici, les contrôleurs avaient l’habitude de commencer les vérifications par la gauche, l’extracteur a donc été branché du même côté. » Pour aider les contrôleurs à s’approprier le matériel facilement, la notice, qui pouvait s’avérer complexe, a été réécrite en interne. Quant aux rails, s’ils présentent un surcoût (cela double le prix de l’installation), ils facilitent le travail, tout comme les équilibreurs qui allègent la prise en main des outils et évitent de laisser les tuyaux à terre. Le rail, qui fait ici une douzaine de mètres, permet au conduit de suivre le véhicule lors de sa progression aux différentes phases de contrôle.

AIRBONUS

Airbonus est une aide financière du réseau Assurance maladie-risques professionnels, destinée aux entreprises de moins de 50 salariés. D’un montant forfaitaire de 50 % de l’investissement hors taxes (40 % sur la première version qui a été essentiellement déployée…), elle est destinée à la mise en place d’un système de captage neuf ou à la rénovation d’un système existant.

Autre centre du CTA Midi-Pyrénées, cette fois au cœur de Toulouse, boulevard des Minimes. Cette enseigne Autosur est située sous un immeuble d’habitation. « Nous sommes dans des locaux extrêmement contraints, souligne Nadège Pascaud. Il a fallu faire au mieux avec l’existant ! » Le centre compte trois postes de contrôle, mais un seul banc de freinage et un seul pour le réglage des phares. Deux postes fixes d’extraction ont été installés, sans rail. Compte tenu de l’exiguïté des locaux, les voitures n’avancent pas. Les deux contrôleurs déplacent sans cesse les véhicules d’un poste à l’autre, en passant par le boulevard. Mickaël Garis, l’un d’eux, branche systématiquement l’extracteur. « C’est surtout destiné à nous protéger des particules de diesel mais, parfois, les vieux moteurs essence crachent des fumées vraiment noires. Alors je ne me pose pas de question, je le branche sur tous les véhicules. »
Le centre dispose d’une seule entrée-sortie pour les véhicules, compliquant l’évacuation des fumées. Celle-ci a été positionnée au plus bas, côté rue. Enfin, des rappels sont régulièrement effectués par la direction pour que les systèmes d’extraction soient utilisés. « Lors de chaque réunion annuelle sur les risques liés aux fumées d’échappement, nous pensons à faire intervenir des personnes extérieures (médecine du travail, Carsat… ) pour que le discours soit plus percutant », précise la P-DG du CTA Midi-Pyrénées. En Midi-Pyrénées, 80 % des 55 centres de contrôles techniques visés par la démarche se sont équipés d’extracteurs. 

REPÈRES

CTA Midi-Pyrénées en chiffres

  • 12 centres de contrôles techniques
  • 39 salariés
  • 62 000 contrôles par an, 70 % de véhicules au diesel et 30 % à l’essence

Delphine Vaudoux

Haut de page