DOSSIER

L’abattage de volailles expose aux poussières liées aux plumes et aux fientes, surtout quand leur élevage en plein air les a rendues particulièrement vivaces. Une problématique à laquelle LDL Cavol, à Loué, s’est attaqué à l’occasion de l’agrandissement de son site. Les bénéfices en termes de conditions de travail qui sont constatés aujourd’hui sont le fruit d’un travail conjoint avec la Carsat et son centre de mesures physiques.

L'accrochage des volailles est effectué dorénavant dans une cabine fermée munie d'un système de ventilation qui capte les poussières et les plumes.

L'accrochage des volailles est effectué dorénavant dans une cabine fermée munie d'un système de ventilation qui capte les poussières et les plumes.

DE 100 000 à 120 000 volailles passent chaque jour sur la chaîne de l'abattoir LDC Cavol à Loué, dans la Sarthe. Une production en augmentation qui répond à la demande croissante de poulets labellisés français. En deux ans, la surface du site a doublé, passant de 12 000 à 24 000 m2. Et les travaux de modernisation se poursuivent. Ces agrandissements ont été l'occasion de refondre des ateliers en s'inspirant des nouvelles technologies disponibles et de mieux prévenir certains risques, notamment liés à l'inhalation des poussières dégagées par les plumes et les fientes des volailles.

Dans les abattoirs, le déchargement des volailles du camion, ou encore l’accrochage font partie des étapes clés devant faire l’objet d’une attention particulière pour prévenir le risque d'exposition à la poussière. Le déchargement est automatisé chez LDC Cavol, qui a concentré ses efforts sur le poste d'accrochage des volailles. « Il existait auparavant un système d'aspiration des poussières datant du milieu des années 2000, relativement efficace même s'il pouvait être amélioré. Dans le cadre de l'agrandissement du site, de nouveaux process ont été adoptés », explique Muriel Dehoux, contrôleur de sécurité à la Carsat Pays-de-la-Loire.

Les poulets sont désormais étourdis avant d'être suspendus à un convoyeur. De cette façon, les volailles - d'une moyenne de 2,2 kg et particulièrement vivaces puisqu'il s'agit d'animaux élevés en plein air - ne se débattent pas, ce qui permet de limiter considérablement le risque de générer des poussières. « Avec ce nouveau système, les conditions de travail sont facilitées, c’est plus facile d’accrocher les volailles. Aujourd'hui, on est beaucoup moins sales », raconte Jean-Luc, qui exerce comme accrocheur.

De fait, les vêtements des accrocheurs ne sont couverts ni de salissures ni de poussières. Et les quelques plumes qui s'échappent restent plaquées aux parois, car la ventilation a été également repensée. Depuis novembre 2018, l'activité d'accrochage est désormais cloisonnée, dans une cabine fermée, réduisant également le risque d'exposition aux poussières pour les autres salariés du site. Un système d'aspiration placé derrière le convoyeur et donc derrière les volailles évacue l’air chargé de poussières, tandis qu'une gaine de diffusion d'air de compensation renouvelle l'air en permanence.

Le groupe et le site ont pris en compte toutes les préconisations qui leur avaient été adressées.

Jamais sans mon masque
« Nous avons fixé à LDC Cavol un objectif de 0,5 m/s puisque le site pratique l'étourdissement des volailles avant accrochage, ce qui génère moins de poussières. Lors des mesures faites à la réception de la nouvelle installation, j'ai relevé une vitesse d’air moyenne dans le plan d’accrochage (au droit des étriers) de 0,7 m/s, ce qui est au-delà de l’objectif fixé », détaille Samuel Morin, contrôleur de sécurité au Centre interrégional de mesures physiques de l'Ouest.

« Grâce à l'étourdissement des volailles et à la mise en place d'une ventilation efficace, les risques liés aux poussières sont réduits. Mais le risque d’ornithose ne peut être totalement écarté », observe Isabelle Balty, experte en risques biologiques à l'INRS. Ainsi, chez LDC Cavol, la consigne est de continuer à porter des masques de type FFP2. « Nous ne voulons pas que les employés perdent cette bonne habitude. En effet, si un jour le nouveau système ne fonctionnait pas, il serait momentanément remplacé par l’ancien : ils seraient alors déjà équipés si des poussières se dégageaient », fait remarquer Tony Texeira, responsable de l'atelier abattoir.

Pour Muriel Dehoux, l'installation de LDC Cavol est exemplaire et résulte du travail conjoint de l'entreprise avec la Carsat et son centre de mesures physiques. « Le groupe et le site ont su prendre en compte toutes les préconisations qui leur avaient été adressées. Et ils ont su faire remonter ces exigences auprès de leurs fournisseurs », détaille la contrôleur de sécurité. Lors des mesures effectuées mi-février 2019 à la suite de la réception de la nouvelle installation, la gaine de diffusion d'air à l'intérieur du local ne correspondait pas exactement aux exigences de la Carsat. « Le technicien a rappelé directement le fournisseur de gaines et ils ont travaillé ensemble à la fabrication d'une gaine qui puisse conduire au résultat attendu », indique David Le Manour, le directeur du site.

REPÈRES

Ventilation des postes d'accrochage en abattoir de volailles, INRS, ED 6279.
À retrouver sur www.inrs.fr.

LA MAÎTRISE DU RISQUE D'ORNITHOSE

© Patrick Delapierre pour l’INRSLes poussières provenant des plumes et des fientes des volailles peuvent contenir de nombreuses bactéries. « Leur inhalation peut provoquer des maladies, parmi lesquelles l'ornithose, une infection pulmonaire pouvant présenter des formes graves », note Isabelle Balty, spécialiste des risques biologiques à l'INRS. Une pathologie qui peut conduire au décès dans les cas les plus graves. « Une ventilation efficace ne réduit pas seulement le risque d’ornithose, mais permet également de réduire le risque d’inhalation de poussières organiques à l’origine de symptômes respiratoires », poursuit Isabelle Balty.

La solution retenue a été celle d'une gaine micro-perforée afin de diffuser l'air sans créer de sensations de courants d'air au niveau de la nuque des salariés. Une solution mise en place début mai. « L'installation ainsi que la taille des microperforations sont adaptées à la dimension de la cabine d'accrochage », complète Julien Dujardin, responsable du service santé, sécurité, environ­nement du site.
Les bénéfices de cette installation vont au-delà de la réduction du risque d’exposition à des poussières riches en agents biologiques et se traduisent également par des avancées dans les conditions de travail des salariés, « tant sur l’environnement de travail que sur le poste lui-même », confirme Martin Foulon, secrétaire du CHSCT. Le poste d’accrochage est devenu moins pénible. « En fin de journée, je me sens moins fatigué et j'ai moins de douleurs aux poignets », témoigne Jean-Luc.
Par ailleurs, les accrocheurs n'ont plus besoin de travailler en lumière bleue - une couleur qui calme les animaux. « Le poste d'accrochage est donc en lumière blanche, ce qui est l'un des principaux bénéfices perçus par les équipes », commente Julien Dujardin. En effet, ce confort visuel facilite grandement le travail. En complément, la gaine de compensation d'air a été équipée d'un système de régulation des températures, qui permet de refroidir en été et de chauffer en hiver.

L'ERGONOMIE REPENSÉE

L'adoption du nouveau process d'accrochage a été aussi l'occasion pour LDC Cavol d'améliorer l'ergonomie des postes de travail en s'appuyant sur les remarques des salariés. Désormais, les postes individuels sont aménagés le long de la chaîne d'accrochage, séparés par des barrières arrondies. « Alors qu'auparavant ils avaient tendance à s'avancer et à travailler plus rapprochés les uns des autres, ils disposent désormais chacun d'un espace propre et peuvent évoluer librement à l'intérieur de celui-ci », fait remarquer Muriel Dehoux.
Les plates-formes individuelles sur lesquelles sont installés les accrocheurs sont également adaptables en hauteur. « Les employés nous ont demandé un système facile à utiliser. Il peut être réglé grâce à une visseuse-dévisseuse avec embout », souligne Tony Texeira. Par ailleurs, la façade du convoyeur a été bombée de façon qu'on puisse y faire reposer le haut des cuisses et la taille, ce qui permet de moins faire supporter par le dos les charges soulevées.

Gaëlle Ginibrière

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