DOSSIER

L’Aquitaine compte près de 500 Ehpad. De nombreux projets de rénovation ou de reconstruction sont en cours. La Carsat Aquitaine, à travers sa cellule conception des lieux et situations de travail, propose une offre de services spécifique pour les accompagner.

Plutôt qu’une nouvelle rénovation, l’Ehpad Sainte-Élisabeth a bénéficié d’une reconstruction programmée en plusieurs phases. Les vastes couloirs ont été dotés de recoins près de chaque chambre pour stocker temporairement les chariots de linge, de soins ou de ménage.

Plutôt qu’une nouvelle rénovation, l’Ehpad Sainte-Élisabeth a bénéficié d’une reconstruction programmée en plusieurs phases. Les vastes couloirs ont été dotés de recoins près de chaque chambre pour stocker temporairement les chariots de linge, de soins ou de ménage.

Opérations du syndrome du canal carpien et d’une hernie pour une lingère, épaule blessée pour une aide-soignante après des chutes en manipulant des résidents… Les exemples d’accidents et maladies professionnels dont est victime le personnel travaillant en Ehpad ne manquent pas. Et il n’est pas rare de voir le personnel travailler dans des conditions dégradées, car de nombreux Ehpad ont besoin d’être rénovés. Les opérations de rénovation s’annoncent souvent complexes et certains optent pour la reconstruction. « Chaque projet est différent, avance Xavier Dotal, contrôleur de sécurité à la Cellule conception des lieux et situations de travail de la Carsat Aquitaine. Cela dépend du statut de l’Ehpad – public, associatif, ou privé –, du mode de financement, mais aussi et surtout de l’engagement de la direction et des salariés. » L’Aquitaine compte près de 500 Ehpad.

L’Adgessa est une association qui compte 17 établissements et services spécialisés dans l’accompagnement des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ainsi que des enfants et adolescents dans le cadre de la protection de l’enfance. Aujourd’hui, sept sont en cours de reconstruction ou rénovation. Une « aubaine » pour Karima Durand, directrice d’établissement et chargée de mission « patrimoine, conduite de projet et recherche » au sein du pôle appui-conseil de l’association et qui intervient en fonction des besoins (lire les encadrés ci-dessous). Pour chaque projet, un comité de pilotage est mis en place, composé du maître d’œuvre, du maître d’ouvrage, d’un administrateur, du directeur de l’établissement, si l’établissement existe, sinon Karima Durand le représente. Son objectif : veiller à prendre en compte la maîtrise d’usage.

Dans la mesure du possible, la Carsat intervient dès la phase de programmation. « Nous essayons à la fois de capitaliser sur les bonnes pratiques au sein de l’association, d’écouter les salariés, d’avoir un regard extérieur avec la Carsat et, enfin, d’avoir une veille sur les nouvelles technologies », explique le directeur général d’Adgessa, Thomas Guitton. Même lorsque les projets d’Ehpad de l’Adgessa atteignent 110 lits, ils sont organisés en unités de vie de 9 à 10 lits. Un parti pris pour le bien-être aussi bien des résidents que des salariés. Les flux sont aussi étudiés en amont pour limiter le nombre de pas des salariés. Selon les projets, des déplacements verticaux (avec ascenseurs) sont privilégiés pour les flux logistiques. « Sur un projet, on a pu diviser par deux le nombre de pas », s’enthousiasme Karima Durand. Toutes les chambres sont équipées de rails en H. Les moteurs sont acquis et installés en fonction de l’évolution de l’autonomie des résidents. Une salle de bains témoin est testée par les salariés – et modifiée si nécessaire – avant sa généralisation. Xavier Dotal espère que, bientôt, ce sera une chambre complète qui sera testée.

C’est ainsi qu’a procédé l’Ehpad associatif Sainte-Élisabeth, situé à Saint-Palais, dans les Pyrénées-Atlantiques, pour sa reconstruction. « C’est un établissement ancien datant de 1864, souligne Catherine Bareigts, directrice de l’Ehpad. Il a d’abord accueilli un orphelinat, puis tout un tas de structures avant de devenir une maison de retraite en 1955 et un Foyer occupationnel pour personnes porteuses d’un handicap en 1999. » En 2006, la Carsat Aquitaine « débarque », car elle a remarqué une recrudescence du nombre d’accidents du travail. Christophe Lataillade, responsable technique et maintenance et membre du CHSCT, avance des explications : l’exiguïté des locaux, de nombreuses chambres dépourvues de salle de bains, la répétitivité des gestes, le niveau de dépendance des résidents qui ne cesse de progresser. Par ailleurs, chacun reconnaît que, depuis des années, les bâtiments vieillissaient. Certes, des réparations, voire des rénovations étaient effectuées, mais c’était du « bricolage », selon Christophe Lataillade.

Une chambre témoin testée et modifiée

Ces éléments conduisent la direction à étudier différentes solutions (reconstruction, rénovation, restructuration…) et à consulter un programmiste. Celui-ci l’incite à tout démolir, arguant du fait que cela coûterait moins cher qu’une réhabilitation. La décision est prise en 2009, puis différentes phases sont programmées de façon à d’abord construire un bâtiment, avant de déplacer 56 des 123 résidents, et ainsi de suite. 

VALORISER LES COMPÉTENCES INTERNES

Thomas Guitton, directeur de l’Adgessa, a créé au sein de l’association un pôle « appui-conseil », qui réunit plusieurs missions :

  • droit des usagers ;
  • achats, logistique et contrats de maintenance ;
  • réponse aux appels à projets ;
  • patrimoine, conduite de projets et recherche.

Chargée de mission au sein de ce pôle, Karima Durand qui, il y a quelques mois, dirigeait un Ehpad, vient de prendre la direction d’un établissement pour personnes handicapées. En raison de sa formation d’ergothérapeute et de son travail sur l’adaptation des logements des personnes, c’est fort logiquement que le directeur de l’Adgessa a pensé à elle pour ce pôle.

Xavier Dotal intervient sur ce projet dès la phase « Esquisse ». « La Carsat a apporté des recommandations sur le programme et les plans. De même que Bernadette Sallato, aide-soignante depuis 36 ans au sein de l’établissement et formatrice Prap-2S (NDLR : prévention des risques liés à l’activité physique sanitaire et social), qui a suivi de près le projet. En parallèle, Christophe Lataillade a réalisé une chambre témoin sur les conseils de la Carsat », précise la directrice. La chambre, construite au sous-sol avec les moyens du bord, est équipée de rails, d’une salle de bains et du mobilier habituel (lit, bureau, étagère, etc.). Bernadette Sallato y réalise ses formations Prap-2S pendant un an, afin de recueillir les remarques des personnes amenées à y travailler. Elle les restitue ensuite à sa direction qui modifiera la place du moteur du rail, l’agencement de l’armoire, le poussoir de la chasse d’eau, la hauteur du seuil de porte…

Au final, 110 chambres (sur les 123) seront équipées d’un rail droit et 50 d’un moteur. « Les moteurs sont mis dans les chambres selon les besoins, explique la directrice. Notre objectif, en équipant de rails la quasi-totalité des chambres, était non seulement d’aider les soignants dans leur travail, mais également de ne pas déménager les résidents lorsque l’usage du rail s’avère nécessaire… c’est trop traumatisant. » Coût des 110 rails et 50 moteurs : 100 000 euros.

Les couloirs ont été dotés de recoins près de chaque chambre où stocker temporairement les chariots de linge, de soins ou de ménage. Les chariots de distribution de repas, plus maniables, ont été allégés en supprimant le moteur embarqué. Enfin, la cuisine centrale bénéficie dorénavant d’un espace plus grand, d’un sol antidérapant référencé par la CnamTS et de lumière naturelle. Ses flux ont été revus. L’aération en revanche ne satisfait pas totalement Xavier Dotal : « On a ici la démonstration que, pour des aspects très techniques, quand les cahiers des charges ne sont pas assez précis en termes d’objectifs de résultat, on se retrouve souvent avec des dysfonctionnements par la suite.

LES INNOVATIONS TECHNIQUES AU SERVICE DE LA PRÉVENTION ?

Une partie de l’activité de Karima Durand au sein du pôle appui-conseil de l’Adgessa consiste à effectuer une veille sur les nouvelles technologies : « Nous sommes par exemple en train de réfléchir à ce que pourrait apporter un sol intelligent : il s’agit d’un sol qui alerte l’équipe soignante si un résident chute. » Autre sujet de réflexion : les dispositifs d’alerte auxquels le soignant peut répondre, où qu’il soit. « Lorsqu’un résident appelle, cela permet au soignant de lui répondre pour savoir si c’est urgent ou non et de temporiser éventuellement… et ainsi de diminuer la charge mentale pour le soignant. » Enfin, l’Adgessa a mis en place dans un de ses Ehpad des robinets infrarouges. Parfaits pour les résidents souffrant de troubles cognitifs comme la maladie d’Alzheimer, car ces malades ont tendance à être en mouvement et donc à ouvrir – et pas forcément fermer – le robinet d’eau. En revanche, pour les résidents avançant en âge, il peut être compliqué de comprendre qu’il faut maintenir la main devant le détecteur pour que le lavabo se remplisse. « Et dans ce cas, ils appellent les soignants… ça n’est pas le but ! sourit le directeur. On s’interroge : est-ce qu’on leur laisse le temps de s’y habituer ou est-ce que l’on considère que c’est une mauvaise idée ? » 

 « Plus que les nombreux outils techniques mis en place dans cet Ehpad, c’est la démarche qui est intéressante, souligne Éric Boutin, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine : réflexion dès l’avant-projet sommaire, intervention de la Carsat à travers un contrat de prévention, tests in situ grâce à une chambre témoin et association des salariés au projet. » « On a travaillé sur plans, poursuit Joëlle Guéraçague, membre du CHSCT, ancienne aide-soignante reconvertie en assistante de soins en gériatrie. En tant que membres du CHSCT, on a été écoutés, mais on a su s’imposer aussi. » Il a fallu former les salariés aux nouveaux outils. « Il faut les convaincre qu’en les utilisant, ils se font moins mal, estime Bernadette Sallato. Je suis persuadée que si les salariés vont bien, les résidents vont bien, et vice versa. »

Les interventions ultérieures sur ouvrage, à ne pas négliger

À 200 km de là, l’Ehpad du Clos Lafitte, à Fagues-Saint-Hilaire, en Gironde, accueille 87 résidents. En 2006, le groupe DomusVi rachète l’établissement et prend très vite la décision de le reconstruire. La Carsat est informée du projet en 2010 lors d’une visite de l’établissement par Jean-Baptiste Bortoluzzi, contrôleur de sécurité. La formatrice Prap-2S interne est associée à la réflexion. Le nouveau bâtiment étant organisé en secteurs, en fonction de la dépendance des résidents, des rails courbes encastrés équipent un tiers des chambres. Le contrat de prévention qui accompagne le projet a permis de prendre en compte les interventions de maintenance sur ouvrages. « Une vraie réflexion avec l’agent de maintenance est née, à cette occasion », se souvient Jocelyne Noguero, directrice régionale pour le groupe DomusVi. Ainsi, les accès en toitures ont été débattus avec la Carsat, afin de faciliter les interventions ultérieures sur ouvrage : l’architecte a modifié un accès et réalisé un escalier extérieur, avec des garde-corps sur toute la périphérie des toitures. « Car l’agent de maintenance a besoin d’aller très souvent sur les toits, remarque Guillaume Géraud, directeur de l’Ehpad. De nombreuses installations techniques y sont présentes, comme le traitement de l’air, la climatisation, etc. »

À l’extérieur toujours, les flux des voitures (visiteurs et salariés) sont séparés de ceux des livraisons. La conception de la lingerie n’est pas en reste. « J’ai eu de gros problèmes de santé, liés à mes précédentes conditions de travail, relate Marie-Noëlle Plana, lingère. Dans les nouveaux locaux, il y a la lumière du jour, une table à repasser réglable en hauteur, des séchoirs encastrés pour diminuer le bruit, des bacs à fond relevable… ça n’est que du bonheur ! » La nouvelle cuisine bénéficie de lumière naturelle directe ou en second jour et d’une hotte à double flux dans la zone cuisson. Le plafond du restaurant et des parties communes a été traité phoniquement. « Le cadre de vie des résidents et des salariés est sans commune mesure avec ce qu’il y avait avant », reconnaît Marie-Sophie Cahuzac, médecin coordonnateur. Dans ces nouveaux locaux, la sinistralité est en nette baisse. « On le ressent aussi sur le climat social, estime le directeur. Nous travaillons dans la sérénité. » 

LES CHIFFRES

 Accueil Sainte-Élisabeth, Saint-Palais, Pyrénées-Atlantiques

  • 11 000 m2.
  • Établissement associatif.
  • 120 salariés en CDI.
  • Ehpad de 125 places dont 14 Alzheimer, 3 lits en hébergement temporaire et 2 en accueil de jour.
  • Foyer de vie pour 33 adultes handicapés mentaux, dont 1 lit en hébergement temporaire.
  • Cuisine et lingerie intégrées.
  • Coût total de la reconstruction : 16 millions d’euros.

Clos Lafitte, Fargues-Saint-Hilaire, Gironde

  • 4 800 m2.
  • Propriété du groupe DomusVI.
  • 48 ETP.
  • 87 places.
  • Cuisine intégrée, une partie du linge sous-traitée.

Delphine Vaudoux

Haut de page