DOSSIER

Depuis 1937, la ligne de métro 11 n’avait pas subi de modifications. En 2022, elle devrait s’enrichir de six stations supplémentaires dont quatre souterraines. Des travaux conséquents ont été initiés, sous l’œil attentif de la Cramif, du responsable prévention du groupement d’entreprises et du coordonnateur SPS.

Des caillebotis verts ont été posés sur le ferraillage pour faciliter les déplacements. Bien qu'assez lourds, ils sont préférés par les équipes car plus pratiques pour circuler et apporter des outils ou les barres de ferraillage.

Des caillebotis verts ont été posés sur le ferraillage pour faciliter les déplacements. Bien qu'assez lourds, ils sont préférés par les équipes car plus pratiques pour circuler et apporter des outils ou les barres de ferraillage.

Ligne 11 du métro parisien. Cette « petite » ligne de 6,286 km a été ouverte le 28 avril 1935. Elle dessert actuellement treize stations. D’ici à 2022, six nouvelles gares devraient faire leur apparition, en direction de l’Est. Le groupement d’entreprises Alliance, composé de NGE (mandataire), Demathieu Bard (gestionnaire), Implenia, Pizzarotti, Franki Fondation et Atlas Fondation, a remporté un des marchés de gros œuvre. Au programme de ce lot : trois kilomètres de tunnel, trois ouvrages de ventilation, d’importants travaux de terrassement et de parois moulées, et quatre stations.

« Nous avons été associés dès le lancement de l’opération, souligne Corinne Henriot-Laplanche, contrôleur de sécurité à l’antenne 93 de la Cramif. En 2016, on a rencontré les principaux interlocuteurs du groupement ainsi que la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et le coordonnateur SPS. On a pu faire passer les grands messages de prévention avant le démarrage du chantier, notamment sur la base-vie, la ventilation, l’organisation des chantiers, la coactivité… »

« Quand je suis arrivé, complète Ludovic Germond, responsable prévention chez Alliance, nous avons mis en place les “non-discutables”… des règles incontournables. » Elles vont du port des protections auditives en permanence – rendu nécessaire par le niveau sonore combiné de l’activité et de l’environnement du chantier – aux cordes de guidage pour les charges sur les activités de levage de déplacement, en passant par la prévention des addictions. Des règles que l’ensemble de l’équipe du chantier s’efforce de faire respecter au quotidien.

Bonnes pratiques pour les futures gares

Sur le site de la future gare Montreuil-Hôpital, les parois moulées sont terminées, une dalle a été réalisée. Un vaste espace accueille un mât de bétonnage. « Électrique, remarque Corinne Henriot-Laplanche. Car sur  l’ensemble de ce chantier, dès que c’est possible, le matériel électrique est préféré au matériel thermique pour limiter les fumées de diesel notamment, qui sont nocives pour la santé. » L’ouverture laisse passer une lumière zénithale qui est complétée par un éclairage avec des LED. Les travaux de ferraillage d’une dalle située à 5 m sous la couverture sont en cours : un tapis rouge et des barrières ont été installés, pour bien identifier les chemins piétonniers. « Il faut penser à changer régulièrement les tapis, car ils s’abîment vite », remarque Sarah Farjan, ingénieure travaux chez Demathieu Bard Construction.

LES NON-DISCUTABLES

 « Ces règles ont été établies à partir d’observations de terrain, remarque Ludovic Germond, responsable prévention chez Alliance. Elles sont affichées en français, en portugais et associées à des dessins pour que chacun puisse les comprendre : port de tous les EPI et tout le temps ; ceinture de sécurité obligatoire dans tous les engins et véhicules ; guidage obligatoire des engins en marche arrière ; corde(s) de guidage obligatoire(s) pour les levages et déplacements ; interdiction d’utiliser les téléphones dans les engins et véhicules ; travail sur échelle et escabeau interdit ; consommation de drogue interdite ; armoires électriques fermées ou plastronnées et intervenants formés ; règle de colisages et d’utilisation de panier 5 faces. » En cas de non-respect, la personne est immédiatement rappelée à l’ordre par sa hiérarchie.

À l’extrémité du chantier du sous-sol, une dizaine de compagnons, portant tous leurs EPI, s’activent pour mettre en place le ferraillage. Des caillebotis verts ont été posés sur celui-ci pour faciliter les déplacements des différentes équipes qui interviennent. « C’est très bien d’avoir mis en place ces caillebotis, mais ils sont assez lourds, il faut trois ou quatre personnes pour les déplacer », remarque la contrôleur de sécurité. « On préfère ce type de caillebotis, assez larges mais du coup assez lourds : ils sont plus pratiques pour circuler et apporter des outils ou les barres de ferraillage », répond un conducteur de travaux. Bientôt, un pont roulant va d’ailleurs arriver pour réaliser les manutentions en taupe.

Direction la gare suivante, celle de la place Carnot, située à la limite des communes de Noisy-le-sec et Romainville. Tout comme pour celle de Montreuil-Hôpital, le chantier est particulièrement contraint : chaque mètre carré est compté. Les accès sont réglementés, les places de parking limitées. Des écrans acoustiques ont été dressés pour protéger les riverains des nuisances sonores. Sur les conteneurs de chantier, les élingues sont à demeure, ainsi que les garde-corps en toiture des bungalows de la base-vie.

Il s’agit ici de réaliser une chambre souterraine – la station et ses deux quais. Elle se fait par creusement traditionnel, à 30 m sous terre. Une pelle-butor – une machine d’attaque ponctuelle – électrique creuse environ 80 cm par jour. Un brumisateur ou un jet d’eau permettent de limiter les émissions de poussières. « L’évacuation des déblais n’est pas optimisée, car nous venons de commencer cette phase de creusement traditionnel », explique Philippe Conrad, coordonnateur SPS chez Degouy.

LE CHANTIER : ÉLÉMENTS CLÉS

  • Durée totale prévisionnelle : 76 mois.
  • Montant global du marché : 276 millions d’euros.
  • Maître d’ouvrage: RATP (maîtrise d’ouvrage conjointe exercée par le Stif et la RATP).
  • Maître d’œuvre: groupement ARS – Artélia, Richez Associés, Systra (mandataire).
  • Groupement Alliance : NGE Génie Civil, Demathieu Bard, Implenia, Pizzarotti, Franki Fondation et Atlas Fondation.
  • Effectif sur le chantier : 240 personnes.
  • 4 gares pour le lot GC01, 6 pour l’ensemble du prolongement.
  • 3 ouvrages annexes (ventilation et accès pompier).
  • Tunnelier de 9 m de diamètre et 100 m de long.

Une fois l’excavation quotidienne réalisée, une couche de béton à prise rapide est projetée sur le front de taille pour sécuriser la suite des opérations : la mise en place de boulons, de cintres, et leur remplissage pour le soutènement des parois. Chaque jour, le béton à prise rapide est à nouveau cassé par la pelle-butor pour faire avancer le front de taille. Mini-pelle, mini-chargeur, pelle-butor…, les engins de chantier sont nombreux dans cet espace réduit, la gestion de la coactivité un véritable enjeu de prévention. « Dans ce type de chantier, nous travaillons dans des conditions proches de celles des mineurs, remarque Nabil Chouachi, assistant conducteur de travaux. Nous devons être très vigilants. »

À Dhuys, les premières pièces du tunnelier devraient arriver d’ici à quelques semaines. Une grue mobile de 700 tonnes va être montée afin de déplacer les 80 colis allant jusqu’à 110 tonnes. Quatre mois seront nécessaires pour assembler le tunnelier. Il faut cependant tout anticiper. Déjà, Ludovic Germond a prévu de doter les intervenants de puces, afin de les géolocaliser dans le tunnel au mètre près. De plus, un important système de ventilation, s’appuyant sur les conseils de la Cramif, va être installé. Et si tout va bien, au printemps 2021, le tunnelier ressortira à la station Serge-Gainsbourg. Après être passé par Montreuil-Hôpital et Place Carnot. 

Delphine Vaudoux

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