DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS

Les travaux en cours au Théâtre du Châtelet, à Paris, ont été l’occasion améliorer la prévention des risques pour les cintriers, techniciens et habilleuses qui exercent dans la prestigieuse salle de la capitale.

Si la salle de spectacle a bénéficié de travaux essentiellement d’embellissement, ceux-ci ont été à l’origine de multiples améliorations sur <br/>le plan technique.<br/>

Si la salle de spectacle a bénéficié de travaux essentiellement d’embellissement, ceux-ci ont été à l’origine de multiples améliorations sur
le plan technique.

Fermé pour rénovation depuis mars 2017, le Théâtre du Châtelet, à Paris, devrait accueillir son prochain spectacle en juin 2019. « Le théâtre faisait jusque-là l’objet de travaux tous les dix ans, mais qui se superposaient les uns aux autres. Après deux départs d’incendie dans des armoires électriques, il devenait important de déposer toutes les anciennes installations électriques avant de remettre à neuf le bâtiment », indique Jacques Ayrault, le directeur technique du théâtre. Ce chantier d’envergure – qui concerne également les bureaux – a été l’occasion de moderniser la mécanisation du plateau, et ainsi de renforcer la prévention des risques auxquels sont exposés les techniciens, mais aussi les habilleuses, tous au service de la réussite des spectacles.

Un nouveau système de pilotage des porteuses – les perches permettant de porter les éléments de décor suspendus – entrera en fonction à la réouverture de la salle. « Nous avons demandé à la ville de Paris, qui finance la majorité des travaux, que ce nouveau système de pilotage atteigne le niveau de sécurité SIL3 (Safety Integrity Level) : il permet d’appréhender un maximum de risques », note Jacques Ayrault. Alors que les anciennes porteuses électriques (au nombre de 60) pouvaient lever une charge de 500 kg à une vitesse maximale d’1,2 m/s, les nouvelles porteuses (toujours au nombre de 60) auront une capacité de 750 kg et atteindront une vitesse maximale d’1,6 m/s.

Là où plusieurs porteuses étaient jumelées pour les éléments de décor les plus lourds, une seule pourrait désormais suffire, limitant ainsi les risques lors de la manutention des décors suspendus. Par ailleurs, tous les éléments mobiles de la cage de scène (porteuses et treuils) seront désormais contrôlés par un seul système de pilotage, ce qui évite la multiplication des commandes et réduit les risques d’erreurs. « Avec ce système de sécurité du pilotage, tous les organes de sécurité sont redondants, ce qui limite, voire supprime, le risque d’erreur. C’est donc un système très performant », souligne le directeur technique.

La fin du « coltinage »

Reste maintenant à accompagner cette mutation technologique auprès des personnels. De ce point de vue, les cintriers (machinistes qui manipulent les cintres, partie supérieure de la cage de scène du théâtre, où l’on remonte les décors) sont des salariés particulièrement bien formés. Le Théâtre du Châtelet privilégie le recrutement de cintriers qui maîtrisent la manipulation de cintres manuels, à qui sont ensuite dispensées des formations aux outils informatiques de pilotage. D’ailleurs, les cinq cintriers du théâtre sont des permanents. « Nous n’embauchons pas d’intermittents sur ce poste, car ils ne sont pas formés à notre système propre. Si un cintrier est absent, il est remplacé par un technicien permanent du plateau, qui connaît notre mode de fonctionnement.
Et nous recourons alors à un technicien intermittent pour le remplacer », explique Jacques Ayrault.

 

UN PARTENARIAT ÉTROIT AVEC LA CRAMIF

Au Théâtre du Châtelet, la prévention des risques est depuis longtemps un sujet majeur de réflexion, menée en association avec la Cramif. Il y a six ans, elle avait porté sur les produits chimiques et pyrotechniques. Depuis, les quantités de produits sont strictement proportionnées aux besoins des spectacles et une attention particulière est portée au stockage séparé des produits pouvant entrer en interaction, charges et systèmes d’allumage par exemple. « Les ateliers de construction des décors situés à Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne, ont été aussi réaménagés en 2016 », indique Nathalie Giacomo, adjointe technique du responsable de l’atelier décors. L’activité menuiserie a été isolée de l’atelier serrurerie et le système d’aspiration des poussières de bois a été changé. Un local de stockage des produits chimiques avec une extraction adaptée a également été aménagé. Dans le théâtre, des presses à repasser équipées de contrepoids ont aussi été adoptées pour faciliter le travail des habilleuses.

Cette organisation perdurera après la réouverture du théâtre et ce, même si l’ensemble des équipes techniques est passé de 80 à 50 permanents, à la demande de la ville de Paris. Autre nouvel équipement de la cage de scène : l’installation d’un carrousel, qui permet de remonter, entre autres, les costumes au 3e étage à la buanderie. Un moyen d’éviter le « coltinage » des costumes (le fait de se coltiner le transport des costumes d’un lieu à un autre), alors qu’à l’occasion de comédies musicales, jusqu’à 150 costumes peuvent être nettoyés chaque jour.

D’autres améliorations concernent la salle de spectacle. Les travaux, principalement d’ordre « cosmétique », ont en effet fourni l’occasion de revoir l’emplacement de locaux ou installations techniques. Les projecteurs servant à éclairer la face, jusque-là manipulés par les techniciens avec une ligne de vie accessible parfois au prix de postures contraignantes, sont désormais totalement automatisés et positionnés en hauteur à l’amphithéâtre haut.

La question du démontage-remontage des fauteuils pour installer au gré des spectacles le local de vidéo projection et la régie son a également été résolue. « La salle est désormais équipée d’un local pérenne de vidéo projection et d’emplacements pour la régie son : le matériel reste donc sur place ; plus besoin de le manutentionner », poursuit Jacques Ayrault.

Par ailleurs, deux locaux posaient des problèmes de chaleur. « Le local de poursuite et celui de projection, où la température pouvait avoisiner les 60 °C, rendaient les conditions de travail très difficiles », détaille Nathalie Giacomo, l’adjointe technique du responsable de l’atelier décors, et élue CSE (comité social et économique). Pour remédier à cette situation, deux locaux de poursuite ont été installés de part et d’autre des fauteuils des spectateurs à l’amphithéâtre et un local de projection créé en corbeille. Chacun disposant d’un nouveau système de ventilation.

UN COMITÉ DE PILOTAGE COORDONNE LES PRODUCTIONS DE DÉCOR

Membres de la CSSCT (commission santé, sécurité et conditions de travail, ex-CHSCT), animateur sécurité externe, chefs des services décors, accessoires, sons, lumières, direction technique, direction du théâtre, production, bureau d’études et régisseurs... c’est un comité de pilotage très large qui se réunit systématiquement pour intégrer des éléments de prévention dans la conception des décors, leur montage et leur manipulation pendant les représentations. Et ce, dès la réception de la maquette. « Dans le spectacle, les créateurs nous poussent à aller toujours plus loin, mais il faut savoir rester dans les limites de la prévention des risques », reconnaît Jacques Ayrault. L’enjeu de ce comité de pilotage est donc de souligner les caractéristiques du décor qui pourraient être source de risques et d’apporter des solutions. Par ailleurs, lors de la première répétition, 30 à 45 minutes sont consacrées à sensibiliser les artistes, en français et en anglais, aux bonnes pratiques – afin d’éviter les accidents.

Gaëlle Ginibrière

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