DOSSIER

© Philippe Castano pour l’INRS

Fréquentes et aux conséquences parfois dramatiques, les chutes de hauteur sont un risque majeur dans de nombreuses entreprises. Et ce quel que soit le secteur d’activité. Pourtant, de tels accidents n’ont rien d’une fatalité. Que ce soit en intervenant sur l’organisation du travail, le choix du matériel ou encore à travers la formation de différents acteurs de l’entreprise, il est tout à fait possible de les prévenir.

Même d’une faible hauteur, les chutes présentent un danger : chaque année, de nombreux accidents du travail sont dus à des chutes depuis des échelles et des escabeaux.

Même d’une faible hauteur, les chutes présentent un danger : chaque année, de nombreux accidents du travail sont dus à des chutes depuis des échelles et des escabeaux.

Sur un chantier, une échelle glisse, un ouvrier chute de 4 mètres et décède. Dans une entreprise de fabrication de carrosserie, une opératrice est hospitalisée à la suite d’une chute de 2,5 mètres depuis une passerelle où un garde-corps était manquant. Un conducteur de camion glisse sur les marches en descendant de sa cabine et se fait une entorse à la cheville. Avec des conséquences qui peuvent s’avérer dramatiques, les chutes de hauteur surviennent dans des situations de travail très variées et parfois tout à fait banales.

En 2016, les salariés du régime général de la Sécurité sociale ont payé un lourd tribut à la suite de chutes de hauteur : 26 décès et 3 273 incapacités permanentes. Les accidents graves arrivent le plus souvent au cours d’interventions en toitures, en terrasses, sur une verrière ou une charpente. Une situation similaire est observée par la Mutualité sociale agricole (MSA) qui a enregistré 12 décès dus aux chutes de hauteur et 922 incapacités permanentes, pour huit fois moins de travailleurs (lire l’encadré « les chutes de hauteur mortelles lors des réparations de toiture »).

Il n’est donc pas surprenant que les chutes de hauteur soient un enjeu majeur des plans santé au travail du régime général depuis 2010. « C’est l’un des six risques prioritaires ciblés par le Plan santé sécurité au travail actuellement en cours (NDLR : 2016-2020) », précise Magalie Cayon, responsable du département Prévention des risques professionnels à la MSA. Une campagne de communication a ainsi été menée en 2014 par l’ensemble des acteurs du réseau prévention (DGT, Cnam, INRS, OPPBTP, MSA et RSI). Intitulée « Travaux en hauteur, pas droit à l’erreur », elle rappelle que l’organisation du travail, le choix du matériel adapté à la situation et la formation des salariés à tous les niveaux de l’entreprise constituent des moyens de prévention efficaces contre ce risque. Que ce soit pour les assurés du régime général, de la MSA ou encore du Régime social des indépendants (RSI), cette campagne de communication s’est accompagnée de multiples actions de terrain.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes

C’est dans le BTP que l’on retrouve la plus grande proportion d’accidents graves liés aux chutes de hauteur. Ce secteur enregistre à lui seul, selon la Cnam, 69,2 % des décès et 29,1 % des incapacités permanentes causés par ce risque. Les évolutions du matériel offrent pourtant un large panel de solutions pour prévenir ce risque, notamment en termes d’échafaudage.

REPÈRES

La réglementation ne donne pas définition précise du travail en hauteur. Il est communément admis que  la chute de hauteur se distingue de la chute de plain-pied par l’existence d’une dénivellation.

En 2004, une recommandation a été adoptée par le Comité technique national du bâtiment et des travaux publics (CTN B), afin de sécuriser le montage, l’utilisation et le démontage des échafaudages de pied. En 2011, le CTN B a également adopté une recommandation pour les échafaudages roulants s’adressant là encore aux monteurs, aux vérificateurs et aux utilisateurs. Mais les faits sont têtus : selon la Cnam, les chutes de hauteur dans le secteur sont dues majoritairement à la perte d’équilibre du salarié monté sur des échelles mobiles, fixes et des escabeaux, ou dans des escaliers. Pourtant, l’article R. 4323-63 du Code du travail précise qu’il est interdit d’utiliser des échelles, escabeaux ou marchepieds comme postes de travail. La majeure partie des décès résultent essentiellement, d’après l’OPPBTP, de l’absence de protections ou de la rupture du support sur lequel les victimes se trouvaient.

Chutes depuis des véhicules

Dans tous les secteurs, le risque de chute de hauteur doit être anticipé et pris en considération dès la conception des locaux de travail. Que ce soit pour l’activité que les locaux sont censés abriter ou pour les opérations de maintenance liées au bâtiment en lui-même. Dans l’idéal, la prévention passe par la mise en place d’équipements fixes de protection collective, par exemple, des plans de travail ou des passerelles sécurisés par un garde-corps permanent. L’utilisation d’équipements collectifs non pérennes, comme les plates-formes élévatrices mobiles de personnel (PEMP), peut également être envisagée. À noter que ne sont habilitées à conduire une PEMP que les personnes en possession d’une autorisation de conduite, établie et délivrée par leur employeur sur la base d’une évaluation effectuée par ce dernier.

CHIFFRES

47 887 accidents du travail avec arrêt ont été déclarés à la suite d’une chute de hauteur.

22 072 accidents du travail avec arrêt ont été déclarés à la suite d’une chute dans un escalier.

3 273 incapacités permanentes à la suite de chutes de hauteur ont été reconnues.

26 décès ont été causés  par les chutes de hauteur.

Les chutes de hauteur peuvent aussi se produire depuis des postes de travail « mobiles ». Bien que leur gravité soit modérée, les chutes depuis un véhicule sont par exemple responsables de près d’un quart des accidents du travail dans le secteur des transports. C’est lors de la montée et la descente de véhicule ou de machine que le risque de chute est le plus élevé chez les exploitants agricoles. Des travaux sont en cours dans ces secteurs avec les constructeurs.

Plus récemment, afin de réduire la sinistralité liée aux chutes dans le BTP, une action nationale a été engagée en 2015 pour quatre ans. Mené par la Cnam en partenariat avec l’OPPBTP, le Programme prioritaire de prévention contre les chutes dans la construction (P3C3) cible 3 600 entreprises à forte sinistralité de 20 à 49 salariés. Le point de départ est un diagnostic réalisé par les conseillers en prévention des Carsat et de l’OPPBTP. Il permet de définir des pistes d’action en prévention, portant sur l’organisation des chantiers, les compétences des salariés et les équipements de travail. Le plan prévoit un accompagnement de ces entreprises sur trois ans et la possibilité d’aides financières ciblées.

LES CHUTES DE HAUTEUR MORTELLES LORS DES RÉPARATIONS DE TOITURE

À la MSA, 10 % des accidents mortels d’exploitants sont liés à des chutes de hauteur. « Les accidents mortels surviennent essentiellement lors de chantiers de couverture ou de réparation de toitures de bâtiments d’exploitations. Et en particulier, les bâtiments d’élevage qui sont hauts (de 6 à 9 mètres) et dont la toiture est constituée de plaques en fibres-ciment pour laisser passer la lumière. Ces dernières sont sensibles aux conditions climatiques et se fragilisent avec le temps, souligne Coralie Hayer, conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA.

Nous recommandons de mettre en place des protections collectives à leur niveau, des chemins de circulation avec garde-corps dans l’idéal, pour sécuriser ces interventions. Une autre possibilité est d’intervenir à partir d’un appareil de levage sécurisé de type nacelle, soit en le louant auprès d’une coopérative, soit en faisant appel à une entreprise spécialisée. »

Katia Delaval

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