DOSSIER

En Haute-Savoie, la Carsat Rhône-Alpes, un service de santé au travail, des formateurs en prévention des TMS et des branches professionnelles ont œuvré de concert, pour proposer aux entreprises locales une offre de services TMS Pros riche et basée sur une expérience régionale solide.

Dans l’entreprise Pilot, les postes d’emballage, comme la mise sous blister des stylos, ont fait l’objet d’améliorations. Parmi celles-ci, la pose de réglettes pour réhausser les coudes.
<br/>© Guillaume J. Plisson pour l’INRS

Dans l’entreprise Pilot, les postes d’emballage, comme la mise sous blister des stylos, ont fait l’objet d’améliorations. Parmi celles-ci, la pose de réglettes pour réhausser les coudes.
© Guillaume J. Plisson pour l’INRS

Lors du lancement du programme TMS Pros, en 2014, nous avions déjà un vivier d’entreprises mobilisées et des personnes ressources formées », explique d’emblée Jennifer Malterre, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes et référente TMS pour la Haute-Savoie. En effet, en matière de prévention des TMS, un travail considérable de montée en compétences et de déploiement des démarches et outils de prévention est effectué depuis plus de douze ans par la Carsat Rhône-Alpes, en lien avec des branches professionnelles et services de santé au travail. « Depuis 2009, avec le service interentreprise de santé au travail, l’AST 74 , nous avons élaboré un dispositif de formation et d’accompagnement pluridisciplinaire pour la prévention des TMS », poursuit Jennifer Malterre. Ce dispositif doit permettre à des personnes ressources d’animer un projet de prévention des TMS dans leur entreprise.

« Notre connaissance des entreprises, des plaintes et des pathologies des salariés en lien avec les TMS contribue au repérage précoce de ceux-ci, indique le Dr Corinne Berthet, médecin du travail à l’AST 74. Le travail collaboratif entre la Carsat et notre service de santé permet de mobiliser tous les acteurs. » Des réunions de sensibilisation sont ainsi régulièrement organisées dans les établissements. « Nous proposons un véritable partenariat basé à la fois sur les compétences de la Carsat et sur l’appui du service de santé, en termes d’analyse des postes de travail. Notre objectif commun est de rendre l’entreprise actrice dans sa démarche de prévention des TMS », rapporte Julie Bouchez, ergonome et IPRP à l’AST 74. « Le plus important est que l’entreprise soit volontaire pour entreprendre une réelle démarche de prévention des TMS », rappelle Jennifer Malterre.

Un accompagnement permet à l’entreprise d’acquérir les prérequis indispensables : motivation, capacité à mobiliser des ressources internes (un responsable pour piloter le projet, un animateur de projet pour analyser la situation de travail et suivre le bon déroulement du plan d’actions, éventuellement des moyens supplémentaires comme les méthodes ou achats en cas d’investissement important…). « Depuis 1999, nous travaillons avec les entreprises de la région sur la prévention des TMS avec l’outil Ritms, explique Alain Balsière, ergonome à la direction des risques professionnels de la Carsat Rhône-Alpes. Notre objectif est ambitieux car la mise en discussion du travail ne se décrète pas, elle implique de réussir la construction sociale du projet et d’enrichir le regard des différents participants. Nous retravaillons au fil des ans notre guide méthodologique et ses supports téléchargeables. »

Chez Pilot, on participe

L’usine de stylos Pilot d’Allonzier-la-Caille, aux environs d’Annecy, est ciblée par la démarche TMS Pros. La prévention des TMS, au sein de ce site, a cependant déjà commencé il y a quelques années à travers une démarche participative, mue par une direction engagée, avec l’appui de la Carsat et du service de santé au travail. « Nous avons identifié les postes devant faire l’objet d’améliorations du point de vue de la sécurité et de la santé des salariés, explique Patrice Domeur, le directeur industriel de Pilot. Pour l’heure, nous avons effectué des changements sur ceux considérés comme prioritaires par l’entreprise, le CHSCT, la Carsat et l’AST 74 : les machines de production des stylos et les postes de mise sous emballage. »
Deux animateurs de prévention des TMS ont été formés il y a cinq ans par la Carsat en partenariat avec l’AST 74. Philippe Leleu, responsable de développement nouveaux projets et process, est l’un d’eux : « En fonction des priorités définies et discutées avec le CHSCT, nous avons modifié, chaque année, un poste de travail dans chaque atelier. Cela peut représenter des investissements importants. Aussi, nous budgétisons dans le détail les études et changements de postes. »

La méthode est chaque fois sensiblement la même : un groupe de travail est constitué, incluant les responsables et les opérateurs du poste ; des entretiens sont menés avec des opérateurs ; des analyses ergonomiques des postes et situations de travail sont réalisées préalablement à l’étude, avec l’appui de l’ergonome du SST au besoin ; des plans sont dessinés et rediscutés afin de trouver les meilleures dispositions. Des tests sont ensuite effectués pour vérifier la validité des solutions retenues. Le groupe projet et les membres du CHSCT assurent le suivi lors de réunions trimestrielles.

LA MÉTALLURGIE SE MOBILISE EN HAUTE-SAVOIE

« L’arrivée du programme national TMS Pros a demandé un effort particulier envers les entreprises pour les mobiliser », se souvient Jennifer Malterre. En Haute-Savoie, une partie importante des entreprises travaille dans le secteur de la métallurgie. « Il fallait éviter de stigmatiser certaines professions, dont les établissements étaient particulièrement ciblés par TMS Pros, en proposant une offre de services à toutes les entreprises du département, au-delà de nos adhérents », relate Pierre Staehlé, responsable de prévention des risques à la Chambre syndicale départementale de la métallurgie. Philippe Delhoume, directeur d’AFPI-Etudoc, organisme de formation de la profession résume le questionnement : « Comment passer d’une obligation subie à une dynamique volontaire ? ». La Carsat Rhône-Alpes et ses partenaires ont travaillé à une offre de formation et d’accompagnement à laquelle a été associée Martine Milleret, ergonome, consultante du Cabinet Ethic Ergonomie et formatrice certifiée INRS pour la formation de personnes ressources. Des réunions de sensibilisation ont été organisées en co-animation auprès des entreprises du secteur dans les locaux de l’AFPI-Étudoc.

En production, la machine de fabrication de stylos de la gamme V5, qui produit plusieurs milliers de pièces à l’heure, a été étudiée et modifiée. « Avant, la machine était plus proche du sol. On avait souvent des maux de dos, d’épaules…, se souvient  Benjamin, opérateur sur la V5. La nouvelle machine est surélevée, ce qui est beaucoup plus agréable. On a aussi décidé d’installer une estrade qui réduit la fatigue lors de l’approvisionnement. Le magasin d’“appro” en tubes est automatisé, ce qui limite les gestes répétitifs. C’est nettement plus confortable ! » Les salariés affectés à la production ont suivi une formation à la prévention des risques liés aux activités physiques. Pour l’approvisionnement en encres, l’étude a permis de conserver des bidons de grande taille, en achetant un lève-fûts, tout en réduisant les manipulations : « L’étude de certains postes de travail peut aussi rejaillir sur l’amélioration d’autres », signale Sonia Hutteau, contrôleur de sécurité à la Carsat.

Aux postes « blisters », la même méthode a permis d’améliorer les postes existants (élévation de poste de travail, mise à disposition des composants…) et futurs : « Sur la dernière ligne de blistérisation, nous sommes intervenus dès la conception en partant des conclusions d’une autre étude effectuée sur ce type de machine, le passage des jambes des opérateurs a été optimisé, de nombreuses manipulations manuelles supprimées et la concentration mentale pour tenir le poste de sortie a été diminuée », précise Patrice Domeur. Un bandeau a été ajouté pour mieux positionner les bras et les poignets. Le chargement du magasin de cartes d’emballage a été également revu et une formeuse de caisses a été acquise pour limiter les manutentions.

L’étude TMS réalisée chaque année prend également en compte d’autres facteurs comme l’organisation et l’ambiance au poste. « En achetant une étiqueteuse, nous avons remarqué que cessait un conflit récurrent entre équipes lors de la passation des consignes de fin de poste, sur le stock de caisses étiquetées manuellement à l’avance entre équipes. Mais nous avons aussi travaillé avec les chefs d’équipes sur l’organisation, les relations entre opérateurs, de façon à être vigilants sur les relations de travail entre les personnes et l’ambiance de travail sur machine », indique Philippe Leleu. 

PILOT EN CHIFFRES ET EN DATES

● Groupe japonais, n° 2 mondial des matériels d’écriture.
● Usine d’Allonzier-la-Caille : début de production en 1996-97.
● Effectif : 240 salariés dont 100 en production ; volant d’intérimaires important pendant les pics d’activité.
● Activités : production (presses plastiques, assemblage) ; environ 40 millions de stylos par an ; mise
sous emballage (« blisters ») et service logistique.
● Création en 1918 (construction de l’usine européenne en 1996).
● 1984 : lancement de la gamme « liquid -ink» (dont le « V5 »).
● 1999 : lancement à l’usine du stylo G2 « encre gel avec grip », principale production actuelle.
● 2006 : lancement de la gamme Begreen en matériaux recyclés (préconsumer – post-consommation = à partir de bouteilles d’eau minérale pour le B2P). Certifications ISO 14001 et EMAS.

Antoine Bondéelle

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