DOSSIER

Au sein du groupe Carrefour, un magasin de Suresnes de la division Market (supermarchés de ville) a mis en place deux équipements indispensables à l’amélioration des conditions de travail dans les magasins : des chariots de manutention, à niveau constant, et des plates-formes de mise en rayons.

Après dix-huit mois de conception et d’essais, le résultat est là : aujourd’hui, entre six et sept mille plates-formes de mise en rayons équipent les Carrefour Market, au niveau national.
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<br/>© Patrick Delapierre pour l’INRS

Après dix-huit mois de conception et d’essais, le résultat est là : aujourd’hui, entre six et sept mille plates-formes de mise en rayons équipent les Carrefour Market, au niveau national.

© Patrick Delapierre pour l’INRS

Chez Carrefour Market, les manutentions ont connu une amélioration continue depuis quatre-cinq ans. De la dépote au sol et de l’utilisation des transpalettes ou rolls aux tables à niveau constant, pour l’approvisionnement du magasin ; des pieds d’éléphant et autres casiers à bouteilles vides aux plates-formes (ou tours) de mise en rayons mobiles… Selon Patricia Villeroy, directrice ressources humaines adjointe de l'enseigne Market pour l'Île-de-France, « les choses ont bien changé. Nous travaillions déjà depuis plusieurs années, en lien avec notre direction régionale, sur l’amélioration de l’organisation et sur les conditions de travail en particulier. À l’occasion d’une réunion de CHSCT au magasin de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, en 2010, nous avons soumis aux élus, ainsi qu’au représentant de la Cramif, un projet de travail sur l’acquisition de nouveaux matériels. Il s’agissait d’améliorer les manutentions entre les réserves et le magasin notamment, mais aussi à la mise en rayons ».

Pascal Poiron, contrôleur de sécurité à la Cramif, anciennement en charge du secteur, se souvient : « Lorsque Carrefour Market m’a demandé un appui pour les aider à limiter les risques dus aux manutentions, je me suis tourné dans un premier temps vers un fournisseur que je connaissais. Il proposait, sur d’autres secteurs d’activité, des chariots ou tables à « niveau constant », évitant aux travailleurs de se plier en deux à la moindre occasion. » Après accord du CHSCT sur le plan d’action, la direction a mis en place un groupe de travail. Celui-ci comprenait, outre Patricia Villeroy, Pascal Poiron et le représentant du fournisseur (Safil), des représentants de toutes les composantes de l’entreprise impliquées dans le projet : « J’y ai été invité en tant que cadre responsable de l’amélioration de l’organisation, précise Cédric Boutias, directeur régional. Il y avait également des personnes du CHSCT, des salariés futurs utilisateurs des équipements, le service achats, le directeur du magasin de l’époque, un représentant de la direction santé au travail, ainsi que Vincent Corlier, de la Cramif… »

FAITS ET CHIFFRES

● Le magasin Carrefour Market de Suresnes emploie 110 salariés, sur une surface de 2 430 m2.
● Le CHSCT a accompagné les changements de façon constructive : au niveau national, un CNHSCT (Comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) anime les échanges et débats autour de la santé et de la sécurité au travail.
● Le magasin utilise 14 chariots à tables niveau constant.
● Tous les deux mois, un audit, sous forme de verbatim, permet de recueillir les remarques des salariés sur les équipements de travail, en vue d’améliorations ultérieures.
● Afin d’améliorer les conditions de travail, Carrefour Market a également fait progresser la préparation par les fournisseurs et la logistique, afin de mieux ajuster les conditionnements (palettes, cartons) parvenant aux magasins et aux salariés.

Le groupe a collaboré étroitement autour du projet chariots. Jean-Pierre Zitouni, l’un des salariés qui ont participé aux travaux de groupe, est formel : « La première table était trop longue, pas assez maniable. La nouvelle est plus légère, plus facile à déplacer. » Il restait à simplifier et fiabiliser le matériel : « La conception ou le choix des roues, des vérins… de toutes les petites pièces soumises à de fortes contraintes pendant les activités, doivent être envisagés au plus tôt dans la démarche, remarque Pascal Poiron. C’est l’une des conditions sine qua non d’acceptation de nouveaux équipements par le personnel. » Après une série de tests qui ont donné entière satisfaction, les nouveaux chariots à niveau constant ont été adoptés pour le magasin. La démarche, jugée exemplaire, a été généralisée auprès de tous les magasins de la division : « Chaque magasin dispose de cinq à vingt chariots à hauteur, selon sa taille. Nous en sommes à 6 550 sur l’ensemble du territoire », se félicite Patricia Villeroy.

Travaux communs

Concernant la mise en rayons en hauteur, les représentants de la Cramif et du magasin nourrissaient aussi des ambitions : « Afin de mieux analyser le travail, j’ai filmé les salariés en situation de travail réel, détaille Pascal Poiron. Le constat était le même qu’ailleurs. Trop de salariés travaillaient en tension, avec des postures de travail non adaptées, et utilisaient des équipements non prévus à cet effet : pieds d’éléphant, casiers à bouteilles vides, retournés, posés au sol… » Si ces équipements sommaires permettent une hauteur et, dans le cas des casiers, une surface de travail parfois suffisantes, leur utilisation, confirmée par l’analyse des conditions de travail réel à l’aide de la vidéo, posait des problèmes bien connus des ergonomes : bras trop en extension, contraintes sur le dos et la colonne vertébrale, positions instables, fragilité… De nouveau, le CHSCT se prononce pour une amélioration de la mise en rayons.

La direction décide de capitaliser le travail déjà accompli autour des chariots de manutention et contacte, avec le même groupe de travail, un autre fournisseur. « Nous avons travaillé en identifiant des fonctions, correspondant aux tâches à accomplir et aux contraintes rencontrées : tablette pour poser les produits, pieds et échelons, déplacement des plates-formes et roulage, signale Pascal Poiron. En particulier, un certain nombre d’échanges ont eu lieu autour de la tablette : elle ne devait pas être trop large, afin d’éviter les gestes trop amples pour la mise en rayons. » Les prototypes ont été testés de nouveau par les salariés : « La mise en rayons est plus facile, plus économique pour le corps », confie Roger Makongue, un salarié qui a été associé au groupe de travail.

Aujourd’hui, les nouveaux équipements font l’unanimité auprès du personnel. « Un travail qui semblait de longue haleine, reprend le directeur régional. Mais qui, après dix-huit mois de conception et d’essais dans le magasin de Suresnes, suivis de tests sur cinq magasins, connaît un réel succès : aujourd’hui, entre six et sept mille plates-formes de mise en rayons équipent les Carrefour Market, au niveau national. » Bien sûr, comme lors de tout changement, il a fallu vaincre quelques résistances. Les salariés ont été formés à l’utilisation des nouveaux équipements.

Mais les premiers chiffres s’annoncent prometteurs : « En 2013, un tiers d’accidents ou d’incidents du travail en moins en lien avec le dos a été constaté, précise Cédric Boutias. On attend de voir ce que cela va donner, mais la tendance semble se confirmer, ce qui est plutôt bon signe. » Il reste encore des pistes de travail : « Nous continuons, notamment avec la Cramif, de plancher sur d’autres aspects : la conception des caisses, le travail en hauteur, les chariots dans les drives… », confie la DRH adjointe.

DU BISPHENOL DANS LES TICKETS DE CAISSE

En 2013, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait un rapport d’expertise collective concernant l’évaluation des risques du bisphénol A sur la santé humaine. Le rapport identifiait notamment des risques potentiels pour les enfants à naître de femmes exposées à cette substance pendant la grossesse.

En France, le bisphénol A, utilisé notamment comme révélateur dans les papiers thermiques, est interdit depuis le 1er janvier 2015 dans tous les contenants alimentaires. Le bisphénol S, un produit de structure chimique proche, est l’un des substituts les plus utilisés dans les papiers thermiques, bien que les données sur les effets biologiques de ce dernier ne soient pas encore stabilisées. Dans ce contexte, l’INRS a entrepris en 2013 une étude visant à déterminer le niveau d’imprégnation en bisphénols A et S des agents de caisse par la réalisation de dosages urinaires. Cette étude, dont les résultats seront très prochainement publiés dans des documents scientifiques et techniques de l’INRS, devrait permettre de vérifier, par des données de terrain, les hypothèses émises lors des précédentes évaluations sur la contamination des professionnels.

Antoine Bondéelle

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