DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS

À Surgères, dans le département de la Charente-Maritime, l’Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou regroupe deux laboratoires spécialisés pour les analyses du lait et des produits alimentaires. Occupant des bâtiments anciens, elle s’est engagée dans un large projet de rénovation visant à améliorer les conditions de travail.

Un nouveau support pour les paniers remplis d’échantillons permet de simplifier l’identification des codes-barres avec la douchette. Il reste néanmoins toujours des manipulations pour extraire les flacons sélectionnés.

Un nouveau support pour les paniers remplis d’échantillons permet de simplifier l’identification des codes-barres avec la douchette. Il reste néanmoins toujours des manipulations pour extraire les flacons sélectionnés.

À la fin du XIXe siècle, c’est l’arrivée d’un insecte, le phylloxera, qui, après avoir détruit la vigne, provoque un tournant dans l’économie agricole de la région. L’élevage laitier s’implante alors, donnant naissance à la coopération laitière. Constituée en 1893, l’Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou, dont l’objet est la défense des intérêts des coopératives laitières régionales, a accompagné le développement du mouvement. Installée à Surgères, dans le département de la Charente-Maritime, elle regroupe une dizaine de laiteries qui traitent près de 1,5 milliard de litres de lait par an.

Ses deux laboratoires, le laboratoire interprofessionnel laitier du Centre-Ouest (Lilco) et le laboratoire d’analyses des produits laitiers du Centre-Ouest (Labco), occupent des bâtiments anciens dans lesquels d’importants travaux ont été engagés dernièrement. Sécurisation des accès, stockage des produits chimiques, travail sur la marche en avant, prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS) ou encore du risque routier : la constitution du CHSCT, lorsque l’entreprise a passé le seuil des 50 salariés, a permis de donner l’impulsion nécessaire pour avancer sur de nombreux chantiers. « Nous avions beaucoup à faire, reconnaît Joseph Giraud, le directeur. Il a fallu reprendre en main le document unique, pour en faire un outil vivant et définir une ligne directrice. En accord avec les représentants du personnel, nous avons établi le plan d’action. »

Une approche globale

Parmi les priorités, la gestion des flux de circulation sur le site a été remise à plat. Deux entrées permettent d’accéder au site. Les camions se succèdent. Une signalétique et des marquages au sol ont été récemment adoptés. Un nouveau quai de déchargement est en cours d’aménagement, au plus près des laboratoires. Tous les jours, à la mi-journée, les camions réfrigérés partent faire la tournée des laiteries (lire l’encadré ci-dessous). Ils reviennent le soir avec les échantillons à analyser dès le lendemain matin au Lilco.

« Très tôt, des opératrices devaient tirer des chariots lourds dans de longs couloirs sinueux, pour finalement réaliser les opérations d’encodage dans un espace étroit, au milieu du passage des salariés accédant au laboratoire », explique Bénédicte Renard, médecin du travail à l’Association de santé au travail en agriculture des Charentes. Outre le rapprochement du quai, pour faciliter leur travail, des parois ont été abattues à l’intérieur du bâtiment. Les déplacements sont ainsi plus simples. Une nouvelle zone de travail est en cours d’aménagement pour l’encodage : tables à hauteur variable, espace ouvert, éclairage adapté… « On a hâte d’y être ! », s’exclame Catherine Michaud-Moueix, opératrice à l’encodage et au traitement des résultats.

Par ailleurs, un nouveau support pour les paniers remplis d’échantillons permet de simplifier l’identification des codes-barres avec la douchette. « Comme les échantillons prélevés dans les laiteries sont analysés de façon aléatoire, il reste toujours des manipulations pour extraire les flacons sélectionnés », reprend la salariée. « Nous avons eu de nombreux problèmes d’épaules à ce poste », indique le médecin, soulignant la forte implication du CHSCT dans la réflexion globale sur le circuit des échantillons. « Les contraintes liées à l’ancienneté du bâtiment ont été intégrées. Les salariés ont exprimé leurs besoins », ajoute Gérald Fouga, conseiller en prévention à la MSA des Charentes. Et le sujet n’est pas clos. « La difficulté, pour la structure, est de continuer à assurer sa mission pendant les travaux. Néanmoins, il faudra poursuivre la réflexion sur la réduction des contraintes gestuelles à ce poste », affirme le directeur.

Encourager la polyvalence

La réalisation d’un centre d’accueil destiné aux clients est également prévue. Car pour certaines urgences, des agriculteurs amènent eux-mêmes des échantillons. « Il était important de mieux contrôler les flux et de sécuriser les accès », affirme Yohann Gobin, responsable du Labco, où l’on travaille sur l’hygiène et la qualité des produits. Dans son laboratoire, la prévention des TMS occupe également une place essentielle. « Nous avons installé un automate pour PCR (polymerase chain reaction) dans l’unité de bactériologie, poursuit-il. À mon sens, la machine ne doit pas remplacer les techniciens. Elle constitue un complément, pour prendre en charge les tâches répétitives qui n’ont aucune valeur ajoutée. »

La machine constitue un complément pour prendre en charge les tâches répétitives qui n’ont aucune valeur ajoutée.

TRANSPORT DES ÉCHANTILLONS

« En moyenne, je fais douze à quinze points de collecte en laiterie par jour, soit entre 400 et 500 km », affirme Thomas Chailloux, l’un des chauffeurs. Sur de telles distances, le confort ne doit pas être en option et François Villeneau, responsable collecte, y est particulièrement attentif. « Nous avons acquis des sièges ergonomiques, réglables horizontalement et verticalement, sur tous nos véhicules, explique-t-il. La climatisation a été installée. » Il y a quelques mois, la Commission nationale de l’industrie laitière a demandé des changements de paniers pour le ramassage du lait. « Nous sommes passés de paniers de 60 tubes de 50 ml à des paniers de 32 tubes de 60 ml, explique le responsable. Ce changement a été pris en compte dans la réflexion sur l’aménagement du poste de réception au Lilco. Pour les chauffeurs, qui gèrent le chargement et le déchargement, ça va dans le bon sens. Encore faut-il ne pas soulever 15 paniers d’un coup ! On en parle. La prévention, c’est aussi de la pédagogie. »

Concernant les équipes, la polyvalence est encouragée. « Tout ce qui permet de ne pas subir la pression du quotidien et de maintenir un niveau d’éveil et d’intérêt est bénéfique et va aussi dans le sens d’une meilleure conscience des risques », enchaîne Yohann Gobin. Aux postes d’ensemencement, l’informatisation des données et l’édition de codes-barres ont permis de faciliter la tâche des techniciens et de réduire le stress lié aux erreurs. Partout, les zones de travail sont délimitées en fonction des opérations qui ont lieu.

Les quelques manipulations pouvant générer des bioaérosols sont effectuées sous un poste de sécurité microbiologique, de type II. «  Le flux laminaire vertical descendant offre une zone de travail sûre pour les techniciens », souligne Yohann Gobin. En matière de risque biologique, tout est fait pour éviter le contact direct avec les agents pathogènes potentiellement présents.

Une chimie maîtrisée

Enfin, en termes d’organisation, pour le Labco comme le Lilco, la grande révolution a été l’énorme travail réalisé sur l’inventaire et le stockage des produits chimiques. « Avant, les bidons étaient entreposés un peu partout, sans gestion précise. Certains produits étaient périmés », se souvient Johanne Beausse, responsable du service chimie au Labco et membre du CHSCT. Un espace stockage a donc été aménagé et un poste de magasinier a été créé.

LES LABORATOIRES

Le Lilco gère plus de 12 millions de doses pour déterminer le prix du lait en fonction de sa qualité chimique et microbiologique. Le lait provient de 9 000 élevages bovins et caprins répartis sur une large zone géographique. Il s’agit de la deuxième station française pour ce type de dosages. Le Labco travaille pour les entreprises laitières de la région et a étendu son activité aux secteurs agroalimentaire et restauration. Il a été accrédité pour le dépistage de l’encéphalopathie spongiforme bovine en 2002, pour la microbiologie des eaux et recherche de légionelles en 2007, la physicochimie des produits laitiers en 2009 et celle des produits carnés et plats cuisinés en 2014. Il réalise environ 400 000 analyses par an.

Sur place, des zones de stockage codifiées pour chaque laboratoire ont vu le jour, ainsi que des armoires fermées pour les produits les plus dangereux (comme les acides), une chambre froide… En cas de nécessité, un point d’eau est à disposition. « Finie la gestion aléatoire des produits. Les feuilles de commande arrivent tous les jours, explique Joachim Guillemoto, le magasinier. J’enregistre tout dans le logiciel et je gère les approvisionnements et la distribution, ce qui permet de réduire la coactivité. Le personnel des laboratoires n’a plus à faire des allers-retours pour récupérer ou rapporter les produits. Il peut rester concentré sur les analyses. »

CHSCT

L’instance a été constituée il y a deux ans et ses membres, issus des différents services et laboratoires, ont été formés à la MSA. Plans de circulation, évacuation, inventaire des produits, stocks... Le CHSCT s’est penché sur les aspects généraux liés à l’organisation avant de regarder, poste par poste, quelles pouvaient être les améliorations à apporter.

Grégory Brasseur

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