DOSSIER

L’Ehpad résidence Adeline est situé à Pierre-Buffière, dans le département
de la Haute-Vienne. Il a constitué un CHSCT dynamique et structuré dont les actions font l’objet d’un suivi rigoureux. Ici, un maître mot : le dialogue.

Entre les études de postes et les analyses d’accident du travail, en passant par une bonne connaissance des métiers et des problèmes quotidiens <br/>des salariés, le CHSCT possède de nombreux outils qui lui permettent d’être efficace.

Entre les études de postes et les analyses d’accident du travail, en passant par une bonne connaissance des métiers et des problèmes quotidiens
des salariés, le CHSCT possède de nombreux outils qui lui permettent d’être efficace.

Il ne faut rien s’interdire. Le propre du CHSCT est d’être une force de proposition. La réponse à une problématique d’amélioration des conditions de travail nécessite d’intégrer les dimensions technique, financière et organisationnelle. Parfois, avant d’obtenir l’accord pour adopter une solution durable, des aménagements temporaires peuvent être mis en place. L’important est de ne jamais rompre le dialogue. » Secrétaire du CHSCT depuis sa création en juillet 2013, Thierry Bordes plante le décor. À la résidence Adeline, un Ehpad de 60 lits d’hébergement permanent situé à Pierre-Buffière, en Haute-Vienne, il est responsable du service technique, chargé sécurité incendie et référent santé sécurité.

Une position qui lui confère une bonne connaissance des métiers et des problèmes quotidiens des 55 salariés de l’établissement, mais également des obstacles rencontrés lors de la recherche de solutions. « Nous avons une direction à l’écoute, qui n’hésite pas à associer les représentants du personnel sur les projets importants. En 2016, des travaux d’extension ont eu lieu. Les membres du CHSCT se sont rapprochés des salariés pour recueillir les besoins. Puis la direction m’a mandaté sur toutes les réunions de chantier afin d’assurer un suivi », explique-t-il. Avec, à la clé, des réalisations concrètes qui améliorent le confort des résidents comme les situations de travail : l’agrandissement des lieux de vie – en prêtant attention aux accès pour les fauteuils roulants –, l’installation de douches dans toutes les salles de bain, la réfection des sols en cuisine, ou encore la création d’un pôle logistique.

Une instance réactive

Depuis la mise en place du CHSCT, Chantal Lornac, chargée des ressources humaines et invitée permanente aux réunions trimestrielles, suit l’instance en tant que référente qualité : « Cette approche m’a permis d’introduire des outils de planification et de suivi. Tout est formalisé, structuré, de façon que rien ne soit oublié. » Lors du projet d’agrandissement, certains outils comme les fiches qualité, rédigées sur des points susceptibles de conduire à des « événements indésirables », ont servi à définir les besoins à intégrer au cahier des charges. Rapidement, il a également fallu promouvoir le rôle de l’instance et œuvrer pour que les représentants désignés soient - autant que possible - issus des différents services.

DES ACTEURS EXTERIEURS

Les réunions de CHSCT ont lieu une fois par trimestre, en présence si possible du contrôleur de sécurité de la Carsat, un partenaire essentiel selon Émilie Gravillon, la directrice de l’Ehpad, « pour son regard extérieur et sa connaissance des outils ». L’inspecteur du travail et le médecin du travail, également invités, sont rarement présents. « Nous avons une convention de partenariat avec le CHU de Limoges, où il n’y a à l’heure actuelle que deux médecins du travail pour 12 000 salariés. Notre médecin du travail est donc peu disponible et nous ne le voyons qu’à l’occasion des visites médicales », regrette la directrice. D’autant que sur certains sujets, comme la prévention des risques psychosociaux ou des addictions, un regard médical permettrait d’être « mieux armés ». « Pour les salariés, un message émanant du médecin a toujours plus de poids, ajoute Chantal Lornac, chargée des ressources humaines. Son expertise pourrait également nous aider dans la gestion des secondes parties de carrière. Aujourd’hui, 67 % de l’effectif de l’établissement a plus de 40 ans. »

Les membres titulaires ou suppléants du CHSCT sont aujourd’hui le chargé de sécurité et de l’entretien des installations, une cuisinière, un agent de service de nuit, une infirmière hygiéniste, un agent hôtelier et une animatrice. Cette représentativité, au sein d’une structure de petite taille, est vécue comme un atout. « Le CHSCT est réactif et n’attend jamais la réunion trimestrielle pour se saisir d’un problème. Pour autant, il ne faut pas confondre rapidité et précipitation. Il est important de se donner le temps de l’analyse », souligne Chantal Lornac.

Les membres du CHSCT ont tous été formés à la Carsat Centre-Ouest sur deux sessions de deux jours, d’abord sur le thème « obtenir des compétences de base en prévention », puis pour « dynamiser le fonctionnement du CHSCT ». « Il s’agit de formations-actions qui permettent de resituer les rôles et missions de chacun et d’acquérir des outils, une méthode, pour préparer la visite d’une unité de travail par exemple, ou recueillir des informations après un incident », explique Catherine Malichier, contrôleur de sécurité à la Carsat Centre-Ouest. ( http://www.carsat-centreouest.fr/carsatpubv2/index.php ) L’occasion également d’entrer en contact avec d’autres élus représentants du personnel. « On s’enrichit de nos échanges », affirme Chantal Lornac.

La réalisation des études de postes a commencé sur les secteurs les plus touchés par les accidents du travail ou en fonction de priorités identifiées dans le document unique d’évaluation des risques professionnels. En cuisine, en soins et en lingerie, trois études ont déjà été menées par un binôme du CHSCT, suivant un protocole défini : 45 minutes d’observation suivies de 15 minutes de débriefing. Les solutions sont présentées lors de la réunion trimestrielle et tout est tracé dans un plan d’action global.

Une direction qui donne le cap

Lorsque survient un accident du travail, une analyse basée sur l’utilisation de l’arbre des causes est programmée en présence d’un représentant du personnel et de la direction. Elle prévoit un temps d’échange avec la victime et les personnes du service. « Les faits, rien que les faits. C’est l’un des enseignements essentiels des formations : ne jamais adopter une posture de jugement », souligne Chantal Lornac. « On travaille beaucoup sur les causes profondes. Sur ce qui crée un environnement qui conduit à un moment de précipitation ou à la mauvaise utilisation d’un dispositif de manutention, par exemple, afin d’en tirer les enseignements pour proposer les mesures adaptées », ajoute Thierry Bordes.

« Le CHSCT fonctionne très bien dans l’établissement et un lien s’est créé avec la Carsat. Elle nous soutient dans nos actions, estime Émilie Gravillon, directrice depuis 2014. De mon côté, j’estime qu’il y a toujours des choses à apprendre. J’ai donc prévu de suivre la formation proposée par la Carsat à l’attention des présidents de CHSCT. » Une démarche qui, si elle est « loin d’être systématique, est pourtant essentielle », selon Catherine Malichier, qui regrette de voir « trop peu de présidents de CHSCT inscrits, alors qu’ils sont décisionnaires des politiques de prévention menées ».

Ne pas être en décalage permet d’éviter les dysfonctionnements du dialogue social au sein du CHSCT. L’instance peut plus facilement trouver sa place pour exercer ses missions au sein de l’établissement. « Je dirige un autre Ehpad, à Saint-Germain-les-Belles, sur lequel un projet de mise en place d’un CHSCT est en cours. J’espère y trouver la personne relais qui tiendra le rôle qu’a eu Chantal Lornac ici dans sa structuration, reprend la directrice. Cette formation est aussi l’occasion de se donner les moyens de partir sur de bonnes bases. »

ANALYSE DE POSTE : LA LINGERE

« Lors de l’analyse du poste de la lingère, nous avons mis en évidence une organisation qui avait dévié par rapport à ce qui était défini, notamment en ce qui concerne le trajet emprunté pour le transfert du linge entre les établissements de Pierre-Buffière et de Saint-Germain-les-Belles, par les petites routes et non l’axe principal. Plusieurs problèmes étaient également liés à la place dans le véhicule et aux manutentions », explique Thierry Bordes. Un certain nombre d’actions de prévention ont donc été définies et mises en œuvre. Parmi celles-ci, la redéfinition des trajets en communiquant les numéros à joindre en cas de problème, la mise à disposition d’un téléphone dans le véhicule, le réaménagement intérieur du véhicule, la mise à disposition de chariots à hauteur constante dans la lingerie (pour réduire les risques liés aux manutentions), la réorganisation de l’espace lingerie…

Grégory Brasseur

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