DOSSIER

© Rodolphe Escher pour l’INRS

Dore Emballage fabrique du carton ondulé. La bonne santé économique de cette cartonnerie du Puy-de-Dôme est intimement liée à celle de ses salariés.

Les salariés ont la possibilité de signaler les situations qu’ils jugent dangereuses, de proposer des suggestions d’améliorations mais également d’indiquer ce qui les empêche de bien travailler.

Les salariés ont la possibilité de signaler les situations qu’ils jugent dangereuses, de proposer des suggestions d’améliorations mais également d’indiquer ce qui les empêche de bien travailler.

Un paysage vallonné, entre bocages, forêts et rivières : le Parc naturel régional (PNR) Livradois-Forez propose un véritable décor de carte postale. Au sein du PNR auvergnat se trouvent aussi des industries florissantes. Leur dynamisme repose sur leur capacité à attirer des salariés. Installée à la sortie du village de Dousson-la-Rivière, dans le Puy-de-Dôme, la cartonnerie Dore Emballage en est le parfait exemple.

Le site compte aujourd’hui 57 salariés, soit huit de plus que l’an passé. Il développe et produit des emballages en carton ondulé très dense (jusqu’à 2,8 kg/m2), à forte valeur ajoutée : emballages à température dirigée, remplaçant ceux en polystyrène ; emballages grand format, très solides, supportant jusqu’à 1,5 tonne par gerbage pour le stockage en entrepôt...

« Depuis la création de l’entreprise, nous avons régulièrement une croissance de notre chiffre d’affaires annuel à deux chiffres, se réjouit Brigitte Pineau, directrice générale de Dore Emballage depuis 2006, arrivée en tant que comptable à l’ouverture du site, en 1978. Nous embauchons de nouveaux salariés tous les ans car notre carnet de commandes est bien rempli. »

Garder les salariés et en attirer de nouveaux est une nécessité pour cette entreprise située loin des grandes agglomérations. Et qui veille donc à leur bien-être, d’autant que la bonne santé économique de la cartonnerie est liée à celle de ses salariés. « En plus de réduire les risques professionnels, prendre soin des salariés encourage leur engagement dans l’entreprise, ce qui contribue à la faire progresser », soutient-elle. Et cela semble fonctionner car il y a peu de turnover.

UN FABRICANT INDEPENDANT DE PEINTURE EN BATIMENT

Unikalo compte 560 collaborateurs sur toute la France. En 2001, l’entreprise a créé son propre réseau de distribution : elle possède 72 points de vente en propre, 80 magasins adhérents au réseau et une soixantaine de points de vente indépendants. Son activité de recherche et développement mobilise 21 personnes pour un budget de 1,5 million d’euros par an. Elle met au point en moyenne cinq innovations chaque année (nouvelle gamme, nouvelle formulation…). En 2008, elle a obtenu la certification Iso 14001. Sa production connaît une croissance très nette : de 13 000 tonnes produites en 2010, elle a frôlé les 30 000 tonnes en 2018, ce qui en fait le premier fabricant indépendant français de peinture en bâtiment. 94 % de son chiffre d’affaires est réalisé en France.

Le carton ondulé est fabriqué à partir de grosses bobines de papier kraft et de papier recyclé, puis coupé au bon format sur l’onduleuse. Sept salariés travaillent sur cette machine de 140 mètres de long particulièrement bruyante. Pour faciliter les échanges entre eux, ils sont équipés depuis une dizaine d’années de casques antibruit et communicants. « Nous prévoyons de remplacer la partie de l’onduleuse la plus bruyante en 2020 », précise Mathilde Chappat, responsable QHSE. En sortie d’onduleuse, les cartons peuvent ensuite passer dans d’autres machines, afin d’être redécoupés, imprimés, collés ou agrafés.

Dore Emballage a été rachetée en 2005 par le groupe Smurfit Kappa, qui possède 247 usines de transformation de papier et de carton, en Europe et en Amérique. « Notre intégration au groupe a impulsé une nouvelle culture sécurité sur notre site, davantage axée sur les remontées de terrain, témoigne Isabelle Saillot, salariée de Dore Emballage depuis vingt ans et membre du CHSCT. Cela a permis d’aller encore plus loin dans la prévention des risques professionnels, mais aussi de progresser dans la qualité de notre production en développant de nouveaux produits. »

Le terrain, encore et toujours

Un système de fiches de presqu’accidents permet à l’ensemble des salariés de faire remonter des situations qu’ils jugent dangereuses. Elles peuvent être ainsi corrigées, grâce aux suggestions des opérateurs ou lors des réunions du CHSCT. « Aujourd’hui, les salariés font également remonter ce qui les empêche de bien travailler », remarque Brigitte Pineau. « En plaçant l’humain au cœur des décisions, la prévention de la santé au travail est intégrée au fonctionnement de l’entreprise », constate Pierre-Loïc Sabetay-Sabin, contrôleur de sécurité à la Carsat Auvergne.

Dore Emballage œuvre en continu à l’amélioration des conditions de travail. « Tous les ans, nous investissons dans l’entretien des espaces de travail, bureaux compris, puisque 20 salariés y travaillent ! », précise la directrice. En 2018, l’espace de stockage des pièces détachées pour la maintenance, auparavant situé à l’étage, est déplacé à côté des ateliers, ce qui évite aux salariés de monter et descendre des escaliers en portant des pièces. À cette occasion, le système a été informatisé et facilite le travail des quatre salariés du service maintenance. Pour un confort visuel optimal, des LED sont installées progressivement dans l’atelier. Les bureaux sont équipés de lumières individuelles ajustables, et du parquet, plus chaleureux et moins glissant que le carrelage, y a été posé.

RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE DES ENTREPRISES ET PERFORMANCE

La performance d’une entreprise ne repose pas seulement sur sa capacité à vendre mais aussi sur sa capacité à répondre à l’ensemble des attentes des clients, notamment en termes de respect des principes sociaux, environnementaux et économiques du développement durable. C’est ce qu’on appelle la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). « Une démarche RSE s’inscrit dans la stratégie globale de l’entreprise : les conditions de travail en font partie. Notre Parc naturel régional (PNR) valorise la RSE de son territoire car elle représente un facteur de performance pour les entreprises, et d’attractivité pour de nouveaux salariés, explique Étienne Clair, responsable du pôle développement économique du PNR Livradois-Forez. Depuis juin 2017, le PNR finance donc les entreprises qui ont signé des contrats de prévention avec la Carsat Auvergne. Grâce à des fonds européens visant à développer la ruralité, une dizaine d’entreprises en ont déjà bénéficié. »

Les évolutions technologiques ont permis d’automatiser certaines tâches pénibles et de limiter les gestes répétitifs, à risque de troubles musculosquelettiques (TMS). « La plupart des machines dépilent aujourd’hui automatiquement, évitant aux opérateurs de charger les cartons à la main », souligne la responsable QHSE. Pour les deux machines encore chargées manuellement, des tables élévatrices évitent aux salariés de se pencher quand la pile de cartons diminue. L’entreprise a par ailleurs signé un contrat de prévention avec la Carsat Auvergne qui a contribué au financement d’une aspiration systématique des chutes de cartons en sortie de ligne. Celle-ci supprime les descentes dans la fosse avec un risque de chute et aussi le risque de TMS. Avant leur expédition, les piles de cartons sont mises sur palettes automatiquement grâce à un appareil appelé taqueur, entré en fonction cette année.

« Les nouvelles machines intègrent de plus en plus de protections pour les opérateurs, avec des grilles par exemple », précise Cyril Jambon, responsable production et maintenance. Le risque machines est également bien pris en compte lors des opérations de maintenance : consignations empêchant leur redémarrage en cas d’intervention, formation des opérateurs aux modes opératoires, dont la version simplifiée est affichée sur les machines et la version intégrale est disponible au poste de travail.

« Les machines dans notre profession ont beaucoup évolué. Il existe maintenant des filets de découpe du carton anti-coupe-main, ce qui évite aux opérateurs et aussi aux clients de se blesser avec le carton », souligne Brigitte Pineau. Si la directrice se réjouit du chemin parcouru par l’entreprise, « rien n’est jamais acquis, tempère-t-elle. Et pour continuer à avancer tous ensemble, et rapidement, les réunions du CHSCT sont organisées selon un rythme mensuel ». 

Katia Delaval

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