DOSSIER

À Nancy, en Meurthe-et-Moselle, l’atelier Kael Hairspa est un salon de coiffure pas comme les autres. Tourné vers la nature, cet espace créatif met en avant la qualité de vie au travail des salariés et embarque ses clients pour un rendez-vous loin du stress quotidien.

En pénétrant dans le salon, on ouvre une parenthèse hors du temps. Du trompe-l’œil pour couvrir la porte intérieure à l’omniprésence de plantes, de l’immense cage à oiseaux centrale aux terrasses fleuries, tout est fait pour plonger les clients et les coiffeurs dans un environnement de jardin botanique. Ce n’est pas un hasard : c’est la passion du patron. Kevin Feeser a ouvert l’atelier Kael Hairspa il y a quatre ans, non loin du centre de Nancy.

Loin du stress de la ville et du métier qu’il pratique depuis 17 ans, il avait besoin d’autre chose. « Le surmenage et l’usure psychologique sont de plus en plus courants dans la profession. Je voulais revenir à des choses logiques, saines et équilibrées. Travailler différemment, en prenant le temps de se recentrer sur l’humain », explique-t-il. Les quatre coiffeurs passent une heure environ par client, soit deux à trois fois plus que dans un salon traditionnel. Un pari, à l’heure où les cadences effrénées sont légion.

Fabienne Poisot, l’une des salariées, s’installe face à sa cliente. « J’ai une responsabilité vis-à-vis d’elle. Il faut écouter son désir, la conseiller. Le salon est conçu comme un jardin qui évolue au fil des saisons, mais qui est toujours créatif et nous permet de le rester, assure la coiffeuse. C’est nécessaire pour bien faire ce métier. » Mais l’histoire ne se cantonne pas au décor. Pour le gérant, l’un des enjeux était de penser ergonomie au quotidien : limiter les gestes répétitifs et les postures contraignantes.

C’est notamment le cas à l’« espace détente », où Morgan Ferry, un apprenti, installe sa cliente : « Le bac à shampoing est réglable en hauteur. Je dispose d’un bel espace et grâce au siège à roulettes, je me tourne facilement pour accéder aux produits qui sont tous à portée de main. » L’ambiance sonore, la douceur de l’éclairage réglable et les maquettes de montgolfières qui s’évadent vers un plafond couleur ciel font le reste. « J’ai débuté dans un salon classique, où c’était la rentabilité à tout prix. Ici, on m’a fait comprendre que la priorité était le bien-être. Celui du client comme le mien », reprend l’apprenti. Côté chimie, la maison travaille avec un prestataire unique, qui propose un axe bio et un axe écoresponsable (lire l’encadré « une chimie maîtrisée »).

« La transmission des savoirs est importante, reprend Kevin Feeser. Il faut accompagner les apprentis pour qu’ils adoptent les bonnes habitudes de travail, comme éviter le travail debout prolongé. Nous avons des sièges réglables, du matériel léger, mais ça ne se limite pas à ça. Dans beaucoup de salons, on ne parle que de cadences. Les coiffeurs sont pressés en permanence. On voit de plus en plus de burnout. J’estime qu’il faut de l’énergie et du temps pour faire ce boulot et que l’on peut être exigeant sans faire n’importe quoi. J’ai par exemple proposé la semaine de 35 heures sur quatre jours, car se laisser du temps pour autre chose participe aussi à l’équilibre recherché. » Si le gérant dit apporter la couleur, l’énergie de départ, le salon doit rester le fruit d’une dynamique collective. Pour une meilleure qualité de vie au travail, chacun apporte sa touche. 

UNE CHIMIE MAÎTRISÉE

« Les coiffeurs utilisent des substances chimiques dangereuses, en particulier des produits de coloration et décoloration, susceptibles de provoquerdes affections respiratoires et cutanées, indique Christine Kolczynski, ingénieur-conseil à la Carsat Nord-Est. Pour cet établissement, le choix de partenariat avec le fournisseur s’est fait après analyse de la gamme de produits proposée. » Pour Kevin Feeser, il s’agissait d’« utiliser une chimie maîtrisée, avec un partenaire qui propose un axe bio et un axe écoresponsable ». Il s’est notamment aidé d’une application professionnelle sur laquelle sont répertoriés les produits allergisants couramment employés. 

Grégory Brasseur

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