DOSSIER

À l’Ecam Lyon, on forme les ingénieurs et managers de demain en s’appuyant sur le lean, et en considérant la santé au travail comme une composante forte de la performance globale et durable des entreprises… avec de nombreuses mises en situation et des interventions de la Carsat Rhône-Alpes.

L’Ecam domine tout Lyon depuis son emplacement sur la colline de Fourvière. Elle accueille chaque année 1 500 étudiants, qui suivent un cursus de cinq ans après le bac. Mais aussi des personnes en formation continue, pour des masteres spécialisés ou des formations de quelques jours. « Nous sommes une école d’ingénieurs généraliste, cependant nous n’avons pas une approche mécaniste : nos valeurs sont plutôt humanistes », souligne Christophe Collette, directeur de l’Ecam Expert. Il poursuit en mettant en avant l’apprentissage basé sur la pratique en conditions réelles, ainsi que sur l’importance du ressenti et de l’expérience des participants au service du collectif.

Le lean notamment occupe une place centrale dans les enseignements. Mais attention, prévient le directeur : « Un lean au service du terrain. » « J’explique par exemple, complète Jean-François Caron, responsable du pôle management industriel, que lorsque l’on met en place une démarche lean, on doit faire deux colonnes : une mentionnant les délais, l’autre la qualité – juste la qualité, pas de sur-qualité. Si on ajoute une troisième colonne “coûts”, alors on se transforme en cost killer, et ça n’est pas le but visé. Quant à l’amélioration de la performance globale, elle découle naturellement de cette approche. »

ATELIER ECAM EXPERT, UNE LAVERIE ASSOCIATIVE

Douze salariés d’une même entreprise doivent faire fonctionner l’Atelier Ecam Expert. Il s’agit de laver et rendre triées des chaussettes de tailles et couleurs différentes à deux clients. 15 minutes de mise en situation. « Vous avez compris votre travail ? », demande celui qui joue le manager. « J’ai rien à laver… », se plaint un participant. Au bout de 4 min 30, le transporteur passe. Pour rien. Les lots ne sont pas prêts… « Stop, c’est fini, annonce David Simeray, l’enseignant. Les clients ne sont pas satisfaits. Vous avez dix minutes pour proposer deux actions d’amélioration. »
Là, commencent les discussions. Chacun prend la parole pour convaincre. Les actions sont mises au vote. Elles seront testées lors du deuxième tour. Ainsi, chacun fait l’expérience du débat autour du travail et de son organisation, de la dynamique coopérative et de l’intelligence collective.  

Des collaborations ont été instaurées entre la Carsat Rhône-Alpes et l’Ecam, « de façon à rendre le lean plus humain, plus proche de la réalisation du travail, explique Luc Thomasset, contrôleur de sécurité à la Carsat, et à instiller de la santé et sécurité au travail tout au long des cursus ». Il dénonce ainsi les méfaits d’une démarche lean mal appliquée, qui considérerait les temps de dialogue ou de régulation entre collègues comme du gaspillage… ce qui favoriserait la survenance de maladies professionnelles de type TMS ou burnout par l’intensification et l’appauvrissement du travail.

Décloisonner

« Je vais être un peu provocateur, lance Jean-François Caron. Mais le fait que les heures d’enseignements de SST diminuent ne me choque pas. Au contraire. Car pour intégrer ces notions, pour que les managers de demain les aient en tête, il ne faut pas trop de cours théoriques. Il en faut un peu dans chaque cours, de manière à décloisonner. » Tout au long des enseignements, des mises en situation, des regards croisés sont proposés. Notamment à travers deux usines-écoles présentes à l’Ecam.

Là, les étudiants ou les personnes en formation continue participent soit à un atelier de montage d’horloges, soit à une laverie associative. « Ces mises en situation sont très instructives, relève Luc Thomasset. Car cela permet de démontrer que le principe de participation ne suffit pas... Il faut amener les personnes à se parler, à jouer collectif, à coopérer et à collaborer autour du travail. C’est exactement ce que l’on veut démontrer dans la démarche “prévention et performance”, en revisitant l’organisation et les fonctionnements des collectifs. » L’objectif étant de parvenir, que ce soit avec le lean, la qualité, ou l’excellence, à des transformations concrètes en termes d’organisation qui donnent au final davantage d’autonomie et d’agilité aux entreprises comme aux salariés.

« Le lean, j’étais contre… jusqu’à ce que je comprenne l’essence de la résolution de problèmes, remarque David Simeray, consultant en management de la performance et intervenant à l’Ecam. J’ai pris conscience que le lean, c’était surtout de l’intelligence collective et un moyen d’impliquer les hommes dans leur quotidien de travail à travers l’amélioration continue. » 

Delphine Vaudoux

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